MERCURE
Le mercure est un poison violent à lélat de métal et en combinaison salineavec différents corps. A l'état de métal, il dégage à toutes les températures, même à des températures très basses (à — 44"), des vapeurs toxiques pour Ihomme et pour les animaux qui les respirent. Ces vapeurs sont d'aulanl plus dangereuses que leur diffusibilité est très grande et qu'elles exercent leur action à grande distance, comme on le voit dans les pays où se fait l'extraction du mercure et dans les ateliers où on travaille ce métal pour les usages industriels ('). En combinaison saline, le mercure a une puissance toxique dune intensité variable, excessive pour certains composés, tels que le bichlorurc^ de mercure (sublimé corrosif) et le cyanure de mercure. La grande toxicité du sublimé corrosif, et son emploi fréquent en chirurgie expliquent la fréquence des empoisonnements par ce sel de mercure. L'empoisonnement par le sublimé est le plus connu -^t le plus fréquent des empoisonnements criminels ou accidentels par le mercure. Aussi nous prendrons cet empoisonnement comme type de description. Mialhe a d'ailleurs montré que. conformément à l'opinion de Hunter, toutes les préparations mercurielles introduites dans l'organisme se transforment en bichlorures sous l'influence des chloruresalcalins.
Le sublimé corrosif est toxique à très faible dose. Parfois 15 centigrammesde sublimé ont suffi pour amener la mort {^). Cependant, dans quelques observations, des doses bien plus considérables auraient été absorbées sans amener d'accidents mortels. D'une manière générale, on peut admettre que l'absorption de 25 centigrammes de sublimé corrosif suffit pour causer les accidents les plus graves.
La toxicité des autres sels de mercure (bioxyde, iodures, cyanure, sulfures de mercure, nitrate acide, protochlorure de mercure, calomel) est également très grande. Elle varie, cependant, dans des limites assez étendues, pour chacun de ces composés.
Les causes de l'empoisonnement par le mercure sont : criminelles, accidentelles, thérapeutiques et professionnelles.
L'empoisonnement criminel par le mercure est assez rare. D'après Tardieu,
<») Merget, Thèse de Bordeaux, 1888-1889. (-) Journal de chimie médicale, ISÔi.
[H. HICHARDIÈREJi
il se rencontre 1 fois sur 100 empoisonnements de ce genre. En France, et en
50 ans, on n"a observé que 8 empoisonnements criminels par les sels de mercure (Hugounenqj. C'est surtout le bichlorure de mercure qui est en cause dans cet empoisonnement. Le cyanure de mercure, qu'on peut se procurer assez facilement, a été employé dans quelques empoisonnements criminels.
Les empoisonnements accidentels par le mercure sont peu fréquents. Ils sont presque toujours le résultat d'une erreur dan- l'emploi d'un médicament, et particulièrement d'une solution antiseptique de sublimé. Exceptionnellement, ils peuvent être dus à des transformations subies dans l'économie paides préparations mercurielles. ordinairement peu solubles. C'est ainsi que le calomel, sous l'influence de l'acide chlorhydrique ou du chlorure de sodium, pourrait se transformer en bichlorure ('). Le calomel. mélangé à des amandes amères, peut amener la formation de cyanure de mercure. Rappelons qu'il peut être dangereux d'associer dans un traitement les préparations mercurielleinsolubles aux préparations iodiques.
Les sels de mercure sont d'un emploi journalier en thérapeutique. Leur merveilleuse efficacité dans le traitement de la syphilis en fait des médicaments dont il serait impossible de se passer. Autrefois, quand on croyait que le mercure, pour agir efficacement, devait être donné à doses assez fortes pour occasionner des s\TQptômes d'intoxication (la stomatite, par exemple;, l'empoisonnement par le mercure, administré dans un but thérapeutique, était relativement fréquent. On sait actuellement qu'il n'est pas nécessaire d'arriver aux phénomènes toxiques pour que le mercure agisse: aussi les cas d'empoisonnements par traitement mercuriel sont-ils devenus très rares. Ils n'ont cependant pas complètement disparu.
Quelques malades, en raison dune idiosyncrasie particulière, peuvent présenter des phénomènes d'intoxication grave après Tabsorption d'une faible quantité de mercure. Quelquefois, c'est après l'application externe d'un médicament à base de mercure (après des cautérisations au nitrate acide de mercure, après des frictions à l'onguent mercuriel) que des accidents impré^'us se sont développés. Quelques cas de mort ont été cités après l'emploi du calomel en injections sous-cutanées. Runeberg (-) a cité le cas d'une malade qui succomba après 5 injections de 10 centigrammes de calomel, espacées de plus d'une semaine.
Actuellement, la cause la plus fréquente de l'intoxication par le mercure, employé en thérapeutique, est due aux injections de sublimé faites aux femmes en couches C^). Loin de nous la pensée de nous élever contre l'emploi du sublimé, qui a donné de si merveilleux résultats dans la prophylaxie des accidents puerpéraux et qui a permis de ramener à un taux presque insignifiant la mortalité des femmes accouchées dans les Maternités! Notre but. en signalant ces faits, est de mettre en garde contre l'emploi inconsidéré du sublimé et de montrer les dangers que peut comporter son emploi. D'ailleurs, la tendance actuelle est d'abandonner, pour les accouchées, l'emploi des injections et des lavages au sublimé. La propreté absolue, l'asepsie paraissent suffisantes à beaucoup de bons accoucheurs.
' Cette transformation paraît douteuse à quelques auteurs.
i-j RcxEBERG, Deutsche med. Woch., n' 1, 1889.
<"/ Butte a réuni 20 cas de mort par le sublimé employé comme antiseptique en obstétrique. I Butte, \ouv. Archir. d'ohslétr. et de gynéc, avril 1880. Voir la thèse de Sebillotte. Intoxications parle sublimé corrosif chez les femmes en couches. Paris, 1891.j