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LES ECZEMAS EN GÉNÉRAL

Il semble impossible, à l'heure actuelle, de donner du terme eczéma une définition précise et exacte.

Il y a quelques années, ce terme englobait une série considérable de dermatoses caractérisées cliniquement par une inflammation dermo-épidermique à lype érythémato-vésiculeux, aboutissant à la formation de croûtes ou de «quames et affectant une marche habituellement chronique. On y faisait rentrer en réalité loutes les affections cutanées qui n'avaient pas reçu de nom particulier, don! la caractéristique était une vésicule plus ou moins éphémère et qui se terminaient sans laisser de cicatrices.

Anatomiquement, l'école allemande définissait l'eczéma un catarrhe humide de la peau, c'est-à-dire une lésion devant se terminer par résolution.

De la révolution faite en terminologie dermatologique par Hebra, la question lie l'eczéma n'a retiré aucun profit, aucune lumière; tout au contraire, s'est-il vu adjoindre toute la série des dermatoses artificielles à forme vésiculeuse ou pustuleuse; le nom d'eczéma est devenu plus banal encore que précédemment •cl les descriptions basées sur cette conception ont été plus confuses encore que ■celles des prédécesseurs de Hebra, de Bazin par exemple ; la compréhension de €6 terme est devenue à tout le moins aussi étendue, et sa signification aussi banale et imprécise qu'elle l'est pour les gens du monde.

Peu à peu, du groupe de l'eczéma ont été distraites des dermatoses qui y étaient comprises avant Ilebra ou depuis lui.

Des descriptions précises ont fait connaître le lichen de Wilson, l'impétigo, la dyshidrose; plus tard, malgré les résistances de l'École allemande, ont été distraits de l'eczéma le lichen circonscrit, les [prurigos diathésiques de E. Besnier.

On a reconnu qu'il était impossible de ranger sous une seule dénomination des dermatoses survenant sous l'intervention évidente d'agents extérieurs et des dermatoses d'apparence spontanée; toutes les éruptions artificielles de cause externe ont été, d'un accord à peu près unanime, distraites du groupe de l'eczéma, bien qu'il soit souvent difficile de fixer la limite entre une dermatose îu-tificielle prolongée et un eczéma provoqué par une cause externe.

La notion du rôle des glandes cutanées dans .la production ou tout au moins dans le processus de certains eczémas, notion considérablement étendue et vulgarisée par Unna, a été formulée par lui dans la dénomination d'eczéma séborrhéique qui a fait une rapide fortune : elle a i)ermis de mieux classer cei'tains faits compris sous le nom d'eczéma; mais, bien que la doctrine de Unna ait déjà plus de 15 ans de date, elle prête encore à la discussion et à lincertilude sur plusieurs de ses points les plus essentiels.

IGEORGES THIBIERGE.J

En résumé, les travaux qui se sont succédé do|)uis 2') ansonl eu pour résultai, sauf ceux qui ont trait à la question de l'eczéma séborrhéique, de distraire successivement de Teczéina une série importante de faits auparavant compris sous cette dénomination.

Le déclassement de l'eczéma cependant sem])le loin d'élrc terminé : les faits (pTil englobe actuellement sont très différents par leur aspect clini([ue, leur évolution, leurs conditions de développement; plus on oljserve de cas d'eczéma, plus on est frappé de leur disparité.

Au point de vue symptomatique, l'eczéma semble un caput morluum, dans lequel on continue, comme il y a vingt ans, à ranger toutes les affections qui ne sont pas encore individualisées et n'ont pas reçu de nom spécial.

Les données acquises en matière d'anatomie pathologique et de pathogénie ne

permettent, pas plus que les caractères symptomatiques, de définir l'eczéma,

c'est-à-dire de le spécifier par un phénomène constant et n'appartenant quà lui.

Les lésions anatomiques paraissent, malgré des affirmations contraires, trop

peu différenciées pour suffire à caractériser les eczémas.

La bactériologie n'a pas non plus jusqu'ici éclairé la signification du mot eczéma et fait connaître un micro-organisme pathogène dont la présence explique le développement des lésions et dont la constatation dans les dilïérents cas montre leur semblable nature et leur signification identique. A la vérité, les recherches faites dans ce sens sont encore trop peu nombreuses, et ont été entreprises avec une technique trop insuffisante pour permettre une conclusion sur la valeur pathogène des micro-organismes incriminés.

Alors même que serait établi leur r5le dans la production des lésions eczémateuses, ils ne pourraient servir à définir l'eczéma que s'ils y étaient constants et s'ils étaient tellement différenciés qu'ils ne se rencontrent jamais que dans un groupe bien délimité d'affections cutanées auxquelles on réserverait ce nom. En etï'et, le siège superficiel des lésions eczémateuses les expose aux infections par les micro-organismes existant à la surface du tégument : une fois infectées par ceux-ci, elles éprouvent de ce fait des modifications qui peuvent s'élever à la hauteur de caractères cliniques importants; mais ces mêmes micro-organismes, en infectant des lésions banales qui n'ont aucun rapport avec les précédentes, peuvent également les modifier et leur donner des caractères analogues. La suppuration avec formation de croûtes jaunâtres est devenue la caractéristique de l'impétigo; son développement sur des surfaces eczémateuses est considéré comme une complication, due à l'infection staphylococcique : il peut quelque jour en advenir autant des lésions aujourd'hui considérées comme les plus importantes du processus eczémateux.

Cette remarque sur le rôle des agents extérieurs dans les transformations des lésions eczémateuses amène à cette conclusion que les micro-organismes attribués à l'eczéma peuvent n'être que les micro-organismes de la transformation vésiculeuse ou de la desquamation eczémateuse; ou, d'une façon générale et pour revenir à la terminologie anatomique, que les micro-organismes en question n'ont peut-être pour effet que de produire le catarrhe de la peau.

Or, le catarrhe de la peau est une lésion banale analomiquement, banale aussi cliniquement.

Besnier a, dans ces dernières années, insisté avec raison sur ce fait que des lésions ayant tous les caractères morphologiques attribués aux eczémas peuvent se produire sous l'influence de causes extérieures, de grattages chez des sujets

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prédisposés, dans les pi'urif^os di;dliési(pi('s [)iu- oxoinplo ; il a donné \o noni (Voczématisatlons à ces lésions, à la production desquelles prennent sans doule pai'l les micro-organismes du légumenl el donl les caractères anatomiques sont précisément ceux du catarrhe humide.

La précédente discussion, dont plusicuis poiuls dcM'ont être repris dans les paragraphes suivants, était nécessaire avani d'entrer dans la description des l'ails actuellement groupés sous le nom d'eczéma.

Elle montre combien est peu précise la dénomination d'eczéma, journellement usitée cependant pour désig-ner des dermatoses donl l'aspect clinique est variable el qu'il est, jusqu'ici, impossible de ranger dans les autres cadres dermatologiques.

Puis([u'il laut, pour fixer les idées du lecteur, donner sinon une définition, du moins une description résumée faisant comprendre ce qu'est et ce que n'est pas l'eczéma, nous dirons que :

On donne le nom d'eczéma à une série d'affections à marche parfois aig-uë, le plus souvent chronique avec poussées successives, atïections caractérisées initialement par le développement de vésicules auxquelles succèdent soit des perforations épidermiques, soit des lésions pustuleuses ou squameuses, parfois des lésions simplement érylhémaleuses, avec ou sans infiltration du tégument, avec ou sans suintement épidermique appréciable et formation de croûtes, affections enfin qui, sauf le cas d'infection surajoutée et de complications suppuratives prolongées, se terminent par résolution et sans laisser de cicatrices, quelle qu'ait été d'ailleurs leur durée. Ces dermatoses très polymorphes se développent généralement sur un terrain diathésique.

En réalité, il n'y a pas un eczéma, mais des eczémas, variables dans leur forme clinique, leur marche, leurs localisations, leur cause.

Après avoir décrit les caractères généraux des eczémas, nous en étudierons les formes principales, réservant pour un chapitre spéoal tout ce qui a trait à l'eczéma séborrhéique.

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