CARACTÈRES CLINIQUES GÉNÉRAUX DES PELADES
Les pelades se traduisent d'une façon constante par des taches alopéciques, de forme presque toujours arrondie, de dimensions variables, tantôt uniques,
(*) Sabouraud. Élude clinique et expérimcnlale sur les origines de la pelade. Annales de Dermatologie, 1896, p. 253, 460,077,824. — Sabouraud. Sur la nature, la cause elle mécanisme de la calvitie vulgaire. Annales de Dermatologie, 1897, p. 257. — Sabouraud, Article Pelade du Traité des maladies de l'enfance de Grancher. Comby. Marfan. t. V, p. 570.
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tantôt multiples, occupant des poinls \aiiables des régions pilaires, parlicidirrement du cuir chevelu. Au niveau de ces taches alopéciqucs, le tégument est presque constamment lisse, uni, sans trace de desquamation, sauf le cas de coïncidence avec des lésions sél)orrhéi(jues prononcées; même dans ce cas. les squames n'ont pas sur les plaques aloi)éciques l'abondance et l'étendue qu'elles présentent sur les plaques trichophytiques.
Le derme, au niveau des aires alopéciques, est d'aspect variable : souvent lisse, brillant, légèrement décoloré et comme œdématié, avec les orifices folliculaires peu apparents, il est d'autres fois déprimé à la partie centrale des taches; d'autres fois, on voit les plis normaux de l'épiderme et les saillies folliculaires très nettes.
Les plaques peladiques sont, à leur période d'état, complètement dépourvues de poils sur leur partie centrale. Avant d'avoir atteint cette période, on peut voir persister à leur surface quelques poils d'apparence normale. En outre, tant que l'extension périphérique de la plaque n'est pas arrêtée, on voit à leur surface et surtout à leur bordure des poils présentant des altérations caractéristiques : ces poils, connus sous le nom de poils peladiques, sont cassés à une distance de la peau variant entre 5 à 4 et 12 à 15 millimètres; leur extrémité libre, quelquefois fendue en fourche ou en balai, est plus souvent sectionnée franchement; elle a le diamètre et la coloration des poils sains du voisinage; mais, à mesure qu'il se rapproche de son insertion, le poil s'amincit, se décolore, se réduit à un filament incolore qui pénètre dans la peau. Lorsqu'on cherche à arracher ces poils, ils viennent facilement à la traction, et, contrairement aux poils trichophytiques qui se rompent bien au-dessus de leur insertion, ils peuvent être enlevés en totalité : leur extrémité profonde est amincie, effilée, quelquefois recourbée en crosse, rarement terminée par un mince renflement. Ainsi conformé, à la fois aminci et dépigmenté, le poil peladique ressemble à un point d'exclamation [!] d'imprimerie; il diffère profondément des poils des autres alopécies. Examiné au microscope, on constate tantôt qu'il s'amincit régulièrement, tantôt qu'il présente une série de renflements et d'étranglements plus ou moins prononcés; à sa partie profonde, le pigment fait défaut ou est réparti en amas fusiformes allongés suivant l'axe du poil dont ils occupent le centre (Lailler); on constate en outre une infiltration de bulles d'air (Behrend, Juhel- Rénoy) plus considérable que dans les poils normaux ou dans les autres alopécies.
' Les poils peladiques, que l'on n'observe avec leurs caractères nets qu'au niveau du cuir chevelu, peuvent se voir sur une zone d'étendue variable autour de l'aire déglabrée et leur présence indique que l'extension de celle-ci nest pas arrêtée.
Dans quelques cas, auxquels Bazin donnait le nom de pseudo-pelade et qu'il vaut mieux désigner sous le nom de pelade pseudo-tondante (Lailler) ou de pelade à cheveux fragiles (E. Besnier), les poils peladiques peuvent persister sur toute l'étendue de la plaque alopécique et simuler au premier abord certaines formes de trichophytie.
Lorsque l'extension de la maladie est complètement arrêtée, on ne trouve plus sur les plaques peladiques aucun poil présentant les caractères que nous venons de décrire, mais on peut encore y trouver des poils minces, décolorés, plus ou moins longs, ressemblant à des follets. C'est en effet sous cette forme que se fait la repousse des poils à son début.
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Au fur et i\ mosuro (|iio In î^ui'rison s'avance;, on voit les poils dovenii- plus nombreux, plus épais el, se colorer davanlat^e: souvonl ce])en<laiil les poil< de repousse restent longtemps décolorés cl la |)lacc des zones alopéciques c-t. chez certains sujets, marcjuée pendant un Icnips \arial)le par des bouqucN de poils blancs.
Les plaques de pelade s'étendent généralenienl d'une façon l'égulière par leur périphérie. Elles peuvent se réunir entre elles pour former des surfaces alopéciques irrégulières. Leur extension dure pendant un temps variable, puis elles reslent slationnaires, mais sont sujettes à des exacerljations plus ou moins répétées; en outre, des plaques nouvelles peuvent se développer avant ou après la guérison des plaques précédentes. En un mot, la marche des pelades est ex tré inement i rrégul i ère .
L'affection peut être (constituée par une seule plaque, guérissant au IjouI de quelques semaines, ou restant unique pendant plusieurs mois. Elle peut, inversement, se manifester par des plaques multiples qui s'étendent, se confondent par leurs bords, et envahissent des territoires très étendus : ces pelades extensives, qui arrivent parfois à se généraliser à tout le cuir chevelu, parfois même à la totalité des poils du corps, portent le nom de pelade décalvante.
Les pelades ont, en effet, pour siège le plus fréquent le cuir chevelu, mais peuvent également atteindre les autres régions pileuses : la barbe, où elles sont en général particulièrement rebelles, et oi^i elles peuvent exister en coïncidence ou indépendamment de lésions du cuir chevelu; les cils, les sourcils, les poils du pubis, des aisselles, etc.,. ne sont généralement pas atteints sans altéralion concomitante du cuir chevelu.
Dans certains cas de pelade, les ongles sont le siège de lésions se traduisant par leur atrophie en masse ou sous forme de ponctuation ou de stries transversales, parfois par leur décollement et leur chute.
Le développement des plaques peladiques ne s'accompagne d'aucun Irouljle fonctionnel, d'aucune douleur, d'aucun prurit : tout au plus, quelques malades éprouvent-ils, lorsqu'ils passent le peigne sur leur surface, une sensibilité particulière de frôlement désagréable; elles sont, en général, découvertes d'une façon accidentelle.