LES PREMIÈRES, THÉORIES. — ADDITION. — SOLSTRACITION
organe placentaire n'est pas constamment imperméal)le anx infiniment petils(').
Cette constatation de Perroncito, de Slrans el Chamberland a porté alleinle
à la rigueur de la démonstration.
Toussaint, en injectant du sang charbonneux chaulîé à 58 degrés, fit apparaître Vimmunisation; il estima qu'elle était due aux substances dissoutes dans ce sang, croyant que la chaleur avait anéanti tout corps vivant (Acad. des se, 12 juin. 1880). — En prouvant qu'il n'en était rien, que cette température ne suffît pas, on a établi le peu de solidité de cette conclusion : aussi les adhésions à la croyance de l'immunisation effectuée à l'aide des produits solubles demeuraient-elles rares.
Woolridge fît une nouvelle tentative : en traitant le charbon par des extraits de thymus, de testicules de veau, il obtint par filtration des substances vaccinantes. — Toutefois, d'une part, il ne s'agit pas là d'éléments d'origine microbienne ; d'autre part, jamais on n'a pu réaliser, en suivant ce procédé, la création de l'immunité vis-à-vis de la bactéridie. — Il est vrai que cet auteur affirme, d'un autre côté, avoir pratiqué, au même instant, avec succès, et l'inoculation positive de ce germe et l'injection de toxines charbonneuses rendant immédiatement l'animal invulnérable. Mais, personne n'a, jusqu'à ce jour, observé, avec cette bactéridie, des faits semblables; si on fait pénétrer les produits solubles au moment où l'on introduit l'agent pathogène, loin de protéger, ces produits aggravent le mal. — Il y a donc lieu de formuler des réserves, quel que soit, d'ailleurs, l'incontestable mérite de cet expérimentateur anglais.
En 1885, Salmon et Smith annoncèrent que des cultures stérilisées leur avaient permis de vacciner contre le choléra hog. Toutefois, cette vaccination a porté sur le pigeon, animal qui, d'après ces auteurs, est à la limite de la réceptivité (^), nullement sur le sujet type, sur le porc; de plus, ces auteurs n'ont élevé ces cultures qu'à 58 degrés, température analogue à celle que Toussaint avait utilisée, température qui n'est pas toujours svd'fisante, particulièrement lorsqu'il s'agit de germes à spores; or, pour cet agent du choléra hog, quelques bactériologues, contrairement au plus grand nombre. Font déclaré sporifère.
Il est juste de reconnaître que ces chercheurs ont semé sans succès leurs cultures stérilisées. On peut assurément objecter que, pour ces ensemencements, ils n'ont pas employé la totalité; on peut objecter surtout qu'un microbe atténué à limite, suivant l'expression consacrée, ne pullule plus dans un bouillon, comme l'a établi Maximovitch (^), alors qu'il se développe dans l'animal. — Il ne faut pas s'imaginer, ainsi que divers auteurs l'ont remarqué, qu'un virus qui cesse d'évoluer dans un bouillon, sur de l'agar ou de la gélatine est fatalement détruit : inoculez-le, et plus d'une fois vous verrez des phénomènes morbides se dérouler. C'est qu'autour des germes se trouvent quelquefois des sortes de coques, de membranes enveloppantes, le plus fréquemment de nature protéique, qui s'opposent à toute évolution. Dans une
(1) Il est surtout perméable, quand il est altéré, comme un filtre perforé; or, il est détérioré fréquemment chez les personnes malades, à l'exemple des reins, des divers tissus ; c'est dans ces cas que son intégrité serait le plus nécessaire.
(*) Sans doute, avec de fortes doses, on surmonte cette résistance du pigeon; mais il en est ainsi de toutes les immunités, de celle du mouton d'Algérie, par exemple, à l'égard du charbon : l'absolu, en pareille matière, s'observe ou s'obtient plus que rarement.
(*) Académie des sciences, 1886.
DI'MONSTUATIONS DU J)i:i5( T. 9ir,
cconoinic \ivanLo, ces coquos, ces iii('inl)r;ui('s so dissolvciiL, disparaissent sous rinfluence des sucs, des fermenis solidiles, des leucocytes, des phagocytes; le parasite i'écu|)èi'e son eiilière \ilalité. Oi-, la chaleur est pi'écisénient un des agents qui, en amenant la préci[)ilali()n des éléments albuminoïdes, lait que les bactéries sont de tein|)s à autre revêtues de ces enveloppes. — D'autres causes occasionnent la l'ormalion de cett(î minuscule carapace; d'autres mol ils mettent obstacle à la germiiialion.
Toutefois, le dél'aut de rigueur porle sur cette résistance naturelle du pigeon. Comment savoir ([u'un animal (pii, 5 fois sur 4, d'après Salmon et Smilh eux-mêmes, d'après Cornil et jjabès, est rél'ractaire, doit son immunité à des pratiques artificielles? Aussi un maître de la critique a-t-il déclaré que ces constatations diminuent la valeur de ces ex[)ériences ! Le lapin supporte, en général, la belladone; injectez-lui un produit quelconque : attribuerez-vous son invulnérabilité à ces injections?
Ces objections font que ces expériences ne remplissent pas les conditions exigibles ; voilà pourquoi leur publication au Congrès de Washington fit peu de bruit; elle ne fut connue en Europe que plusieurs mois après; elle ne provoqua ni mouvement d'adhésion, ni essais analogues. On continuait à croire au mécanisme de la soustraction ; la question n'avançait pas ; ceux qui avaient combattu la doctrine de l'addition paraissaient triompher; les travaux démonstratifs de cette doctrine de l'addition continuaient à faire défaut.
Les choses en étaient là, quand, après deux ans d'études et de contrôle, je publiais une note dans laquelle j'annonçais la possibilité de vacciner soit par des injections sous-cutanées de virus faible, soit à l'aide des produits solubles administrés préalablement. Le professeur Bouchard a déposé cette note sur le bureau de l'Académie des sciences le 25 octobre 1887 : je rappelle quelquesunes de ses lignes (').
« Il y a deux choses dans les doses inoculées par voie sous-cutanée, le bacille et les substances chimiques. Débarrassons-nous du bacille par la filtration, par la chaleur à 115" C. ; assurons-nous, par la culture, que le liquide est stérile; puis, injectons ce liquide sous la peau par doses fractionnées, etc. » La conclusion était la suivante : a Ce qu'on peut dire, en s'en tenant strictement aux faits, c'est que, dans les conditions indiquées, il est possible d'augmenter la résistance dit lapin à un microbe déterminé^ de rendre cette résistance pjlus ou moins conqAète et durable^ soit en inoculant au préalable ce microbe par une autre voie{^)^ soit en injectant préalablement les produits solubles des cultures. »
Personne n'a attaqué ces conclusions; aujourd'hui encore, je ne vois pas par où l'erreur aurait pu se glisser; à 115 degrés, en dehors de quelques thermophiles exceptionnels, les bactéries, surtout si elles subissent longtemps ce chauffage, sont détruites; c'est, en tout cas, ce qui se passe pour le bacille du pus bleu; il ne résiste môme pas à 100; son inoculation, dans ces conditions, est inoffensive. — Non seulement ces conclusions n'ont pas été combattues, mais, de toutes parts, sont venues d'éclalantes confirmations; alors qu'en huit années, deux tentatives suivies d'échec avaient été faites pour établir, à
(') Celui ([ui voudra consulter les registres du laboratoire de Pathologie générale veiTa que, dès 1885, j'avais résolu ce problème. Si je me suis si longtemps contrôlé, c'est que j'allais à rencontre de bien des idées reçues; je ne l'ignorais pas.
(*) En debors de la A'accination cbimifjue, j'ai réalisé la vaccination figurée, en cliangeanl la porte d'entrée; c'était alors un des rares exemples expérimentaux connus.
[A CUARRIN]