L'IMMUNITÉ
lIlSTORIOLE. — iMMlMlli NATLT.ELLE. — ImMLXITK ACOLISE. — TllÉOItlE DE LA SOUSTRACTION.
— Théorie de l'addition. — Influence de l'action directe des toxines. — Leur élimination. — Doctrine de l'accoutumance. — Doctrines diverses. — État bactéricide.
— Chimiot.\xie. — Principes antitoxioues. — Sérothérapie. — Les bactéries chez les vaccinés. — Hérédité de l'immunité. — L'immunité propriété cellulaire.
Immunité naturelle connue anciennement. — Immunité acquise également anciennement
connue; son mécanisme étudié récemment. — L'immunité au travers des âges.
Variations de la virulence. — Maladies disparues. — Retour des épidémies. — Transmission de l'état réfractaire de génération en génération. Mécanisme de la vaccination. —
Théorie de l'addition. — Théorie de la soustraction. — Démonstration de la première
théorie. — Généralisation de cette démonstration. Impuissance des toxines agissant
par elles-mêmes, par leur action de présence, à la façon d'un antiseptique placé dans un
bouillon. Théories de Fimmunité. — Théorie de l'accoutumance. — Théories de
Grawitz, de Charlewood Turner, de AVolf; théorie localistique. — Insuffisance de ces
théories. Doctrine de la phagocytose. — La phagolyse. — Les phagocytes. — Micro-
phages. — Macrophages. — Phagocytisme à l'état normal, à l'état pathologique. —
Raisons du déplacement des phagocytes. — Leurs origines. La chimiotaxie. — Chimio-
taxie positive. — Chimiotaxie négative. — Interventions vasculaires. — Diapédèse. — Influence des phénomènes osmotiques. — Rôle des densités. — Idées d'Hertwig. — Actions
réflexes. — Phénomènes vaso-moteurs. — Oscillations de la phagocytose. Diffusion
des théories purement cellulaires. — Leur importance. — Leur insuffisance. Théories
humorales. — Découverte des principes bactéricides. — Leur existence dans les humeurs, dans les tissus. — Attributs de ces principes. — Leur influence sur les germes. — Généralisation de ces données. — Nombre considérable des infections influencées par les extraits
des sujets rendus réfractaires. Découverte des antitoxines. — Mécanisme de leur
action. — Influences de divers états de l'organisme sur cette action. — Siège des antitoxines. — Cellules génératrices. — Rapports des éléments antitoxiques, bactéricides, globulicides. — Caractères des produits antitoxiques. — Leurs variations. — Transmission des attributs antitoxiques. — Virus capables de faire apparaître ces propi-iétés. — Usages
thérapeutiques. — Sérothérapie. — Son origine. — Idées directrices. Théories mixtes
de la vaccination. — Les stimulines. — Théorie des alexocytes de Hankin. — Théories de
Kanthack; de Kriise; de Buchner, etc. — Conceptions variées. Immunité naturelle. —
Immunité acquise. — Rôle des phagocytes. — Rôle des humeurs. — Doctrines cellulaires.
— Doctrines humoristes. — Impossibilité de l'humorisme pur. — Opinions conciliatrices. Modifications subies par les germes chez les vaccinés. — Modifications favorables.
— Modifications défavorables. Conception éclectique. — L'immunisation influence la
([ualité, la quantité des virus. — Intervention de facteurs multiples. Hérédité de l'état
réfractaire. — L'immunité propriété cellulaire.
L'immunilé, surtout celle qui est innée, a été connue, observée dès l'antiquité: toutefois, l'étude du mécanisme, spécialement l'étude de la pathogénie de l'état réfractaire acquis, opposé au naturel, est de date récente.
Si on envisage cette immunité au point de vue historique, on constate qu'elle varie avec les siècles, avec les nations: en général, elle se révèle considérable ou à peine marquée, pour un mal donné, chez un peuple spécial, suivant que ce peuple subit depuis longtemps les atteintes de ce mal ou n'en souffre que depuis peu: on reconnaît que cette maladie est d'autant plus faible qu'elle est plus ancienne ; les cas sont plus nombreux, plus intenses, dans les populations jusque-là vierges de cette affection (').
Cj Voy. t. I, l'article de M. Bourcv. — Prédisposition et immunité. — Cet article nous a
L'IMMUNITÉ. — CONSIDÉRATIONS IIISTORIOLES. 210
La syplîilis aclucUe osl rclalivcnionl l)('Miiji:iU', on partie à cause du traitemenl. mais aussi pour d'autres inotils ;• elle était, en loul cas, incomparablenienl plus redoutable au xV^ siècle, quand elle ;i l'ail, d'après certains liisloricns, son apparition dans no? régions; il sid'lit, pour s'en convaincre, de se reporter aux (lescri|)tions qui remontent à (juatrc cents ans environ; elle est encore d'une gravité exceptionnelle dans les populations du Paciliipie, (jui n'ont subi ses atteintes que depuis une époque relativement récente, attendu que ces populations ont été contaminées par nos navigateurs.
On sait la gravité de la rougeole sévissant aux îles Féroë, celle de la variole transportée au Mexique par les Espagnols au xvi'' siècle; quand la coqueluche est apparue en France, en lili, tous ceux qui étaient atteiids succombaient.
La suette s'est montrée également pour la première fois en Occident, au xv^ siècle, qui a été le siècle des affections nouvelles, parce qu'il a été le siècle des grandes navigations; en 1486, en Angleterre, cette suette a tué la moitié de la population; ses ravages ont également été terribles en Flandre, en Allemagne, en France; elle existe encore, tout en étant devenue plus bénigne. — Il est vrai que, parfois, l'inverse s'observe; la gravité reparaît : la scarlatine de Morton s'est révélée plus sévère que celle de Sydenham.
C'est à l'immunité, à son hérédité, à la sommation d'une série de petits états réfractaires, plus encore qu'à l'atténuation des virus, que sont dues la disparition ou plutôt l'atténuation de certains processus : la peste, la syphilis, etc. — Il est clair qu'un tel problème consistant à expliquer ces accroissements de résistance devait tenter une foule de chercheurs; toutefois, ce n'est que dans les temps rapprochés que les conceptions formulées ont pu, grâce à la bactériologie, revêtir quelque clarté.
Des deux principales théories formulées pour expliquer la genèse de cette immunité, à l'époque où la bactériologie a commencé à éclairer les sciences médicales, la première, soutenue par Pasteur, voulait que l'état réfractaire résultât de l'épuisement du milieu, de la consommation par les microbes des principes nécessaires à leur évolution : une nouvelle atteinte devenait dès lors impossible, cette consommation, cette soustraction, réalisées à l'heure de la première maladie, ne permettant plus la puUulation des germes('). — Il est vrai (jue dans sa lettre au professeur Duclaux, lettre du mois de janvier 1887, le maître accepte clairement la seconde théorie, sans, cependant, apporter des faits inédits.
Dans cette seconde théorie, la vaccination était rattachée à l'introduction au sein de l'économie de principes engendrés par la vie des microphytes : c'est la conception de Chauveau, qui crut démontrer la réalité de cette doctrine, dite doctrine de l'addition. — Il fit remarquer que les agneaux nés de brebis charbonneuses offrent, vis-à-vis de cette maladie, une certaine résistance; comme il considérait le placenta comme un filtre infranchissable pour les éléments figurés, pour les agents pathogènes vivants, pour la bactéridie, il pensa que cette vaccination était la conséquence du passage des produits solubles, créés par cette bactéridie, de la mère au fœtus (Acad. des se, 19 juillet 1880). — On sait que les découvertes ultérieures ont montré que cet
permis de négliger corlains détails, en parliculier pour rhisloii([uc, pour les données cliniques, pour rimmunité naturelle, etc.
(*) Acad. des se, 9 février, 2t] avril, 5 mai 1880.
lA. CHARRJN.^