MU,)VE\ANCE, MOUIFICAÏKJNS DES PRODUITS DE DÉFENSE
Tous les l'icmonls analonii(iues concourenl-ils à la l'oniialion de ces principes ou cette formation esl-elle l'œuvre exclusive de quelques-uns cVenlre eux? Dans le cas où ils dériveraient du fonctionnement de l'ensemble des tissus, certains de ces tissus n'ont-ils pas dans cette création une part prépondérante? L'urée, le glycogène, naissent un peu partout, mais plus particulièrement dans le foie : pour ces principes, les choses se passent-elles de cette façon? Un organe joue-t-il, dans leur genèse, un rôle plus important que celui des autres viscères? Il est difficile, à l'heure présente, de formuler des réponses absolues à ces questions pourtant capitales, bien que le parenchyme hépatique paraisse tenir, à cet égard, une place considérable.
Denys, Van der Velde (') estiment que les matières bactéricides, qui ont avec ces antitoxines tant d'affinités, proviennent des leucocytes; Schattenfroh aurait pu les extraire mais avec peine de ces éléments; ces matières augmentent ou diminuent, contrairement à l'opinion de Bail, en suivant la même progression que ces leucocytes; peut-être ces globules sécrètent-ils ces antitoxines, comme ils sécrètent, pour quelques expérimentateurs, les alexines, les substances nuisibles aux bactéries vivantes. — Metchnikoff pense que parmi ces leucocytes ce sont surtout les avariés qui, grâce à la phagolyse, fournissent ces substances ; Bordet attribue également ce rôle à des cellules blanches ; le contact de deux produits, le plus souvent spécifiques, l'un préventif, l'autre bactéricide, serait utile à l'apparition de ces éléments, spécialement dans le péritoine, où s'observe uniquement le phénomène de Pfeiffer (-), d'après Wassermann, Voges, etc.
Des raisons analogues tendent à faire admettre que les corps éosinophiles pourraient bien intervenir dans les opérations génératrices de ces composés ; Hankin, Kanthack, Hardy attribuent à ces éléments les propriétés accordées par d'autres aux globules blancs, aux globules lymphatiques.
Toutefois, les recherches de Mesnil sur les humeurs des poissons montrent que ces organites éosinophiles ne constituent pas les sources uniques de pareils composés; même si ces organites sont absents ou rares, ces produits ne manquent point; Metchnikoff admet que ces éléments protecteurs des plasmas dérivent des phagocytes ; Lôwitt les fait provenir des polynucléaires, par sécrétion pour Hankin, par destruction peur Schattenfroh ; Garnier montre le rôle de la phagolyse. Pour Buchner, les antitoxines, les corps globulicides, les éléments bactéricides ne seraient que des manières d'être variées d'une unique matière; cette matière, véritable diastase pour Macé et Guérin, supporte l'action des alcalins, de HCl faible, de NaCl, de l'extrait de sangsue, tandis qu'elle est détruite ou altérée par les bases en excès, par les acides forts, par la lumière, la dialyse, les congélations, l'hydratation, les dilutions. Aussi, celui qui veut conserver les liquides qui la contiennent, en se servant de composés chimiques, doit-il examiner les effets de ces composés ; il faut savoir en particulier que les oxydants les altèrent beaucoup plus, d'après Ehrlich, que les réducteurs.
En somme, ces antitoxines, à plusieurs égards, se comportent comme des toxines; Wesbrook (5), Pernice, Fermi ont vu, par exemple, le soleil altérer les protéo-, les deutéro-albumoses utiles ou nuisibles du vibrion cholérique,
(') Congrès de Budapesth, sept. 1894.
(«) Ann. de rinst. Pasl., juin 1895.
(^) Ann. dell. Istit. d'Ig. sp. d. R. Univ. di Roma. — Ann. de llnslilul Pasteur, 1895.
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Jilbuniosos éludiécs oii;aIeiii(MiL pni' Wnlcl^cr; Piilcai'in, Vercsco onl noté des (Irlériornlions de cet ordre poni- le vinis rahiqiie. — Le spectre agit siu- les hacléries vivantes, surtout à l'aide des rayons ])lacés dans la zone du violet : j'ai nettement enregistré cette donnée, en usant du bacille pyocyanique. Or, j'ai eu dos résultais infiniment moindres en exposant à ces rayons les cultures liltrées.
Une foule de conditions sont capables de (aire osciller l'état bactéricide ou antitoxique dans l'économie vivante. — La saignée, la faim, l'inanition, le froid, le surmenage, l'ablation de la rate, l'agonie, l'asphyxie, les réactions nerveuses d'après London, etc., le font fléciiir; le bicarbonate de soude, l'alcalinité, l'acide chlorhydrique, d'après Fodor, Zagari, Innocente, peuvent l'augmenter; la ligature du cholédoque agit dans les deux sens. Les relations qui unissent cet état au pouvoir antitoxique permettent de penser que les agents, que les circonstances propres à agir sur le premier agissent également sur le second ; aussi convient-il de prendre soin des animaux qui fournissent ces principes, de ne pas leur emprunter du sang trop souvent. Ces oscillations en rapport avec la vitalité des tissus, tendent à prouver une fois de plus la participation de ces tissus à la genèse de ces produits défenseurs.
Il semble que dans cette genèse des antitoxines les cellules interviennent toutes plus ou moins; pour cette fonction, comme le plus souvent pour les autres, il y a cependant un centre ou des centres, la zone entéro-hépatique, d'après nos recherches, en dehors des leucocytes ; de plus, à l'exemple de diverses propriétés cellulaires, elle peut être transmise des ascendants aux descendants. C'est ainsi que l'état bactéricide constaté chez le père ou la mère parfois se retrouve chez quelques rejetons; les éléments anatomiques qui, chez les générateurs, sécrétaient des principes nuisibles aux germes vivants, continuent, chez les engendrés, à sécréter ces principes. On ne s'étonne pas de voir les attributs qui ont trait à la formation de la bile, de la salive, passer des uns aux autres ; pourquoi s'étonner de la transmission des qualités analogues concernant la formation d'autres humeurs? Néanmoins, il s'agit là d'une fonction acquise, d'une fonction de luxe, accessoire, nullement indispensable à l'existence; aussi, suivant la loi commune, cette fonction tend à disparaître, si on ne s'applique pas, de temps à autre, à la consolider.
Cette hérédité de l'immunité implique celle des antitoxines, abondantes dans la vésicule de de Graaf, puisque cette immunité consiste, pour une part, dans la mise en jeu de ces antitoxines, dans leur existence, dans leur intervention. Les cellules des ascendants transmettent à celles des descendants ces attributs protecteurs, comme elles leur confèrent le pouvoir de fabriquer des sucs glandulaires variés.
On sait, par les beaux travaux de Phisalix et Bertrand, que la vaccination, chez les vipères, donne naissance à des corps aptes à détruire du venin, dont l'origine n'est pas sans une relation au moins partielle avec les glandes spéciales de ces animaux; Brown-Séquard, envisageant la résistance du crotale à ces venins, avait indiqué des données de cet ordre. Or, on a remarqué que l'antitoxine diphtérique ou tétanique atténue les effets de ces venins ; son action ne se limite pas aux sécrétions du bacille de Lôffler ou de Nicolaïer.
Cette sorte d'extension de pouvoir se rattache à l'intéressante question des vaccinations réciproques. — Sobernheim, Cesaris-Demel, Orlandi, ont soutenu que des animaux immunisés contre le prodigiosus, le bacille typhique, résistent
[il. CHARRIIfJ
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au vibrion du cholôra: rialmcUo a sit>nalc dos particularités analogues; les constatations faites chez le hérisson, dont le contenu vasculaire renrermc des corps protecteurs vis-à-vis de certains poisons, appartiennent à ce groupe de résultats. Ces faits méritent d'être rapprochés : ils peuvent s'expliquer, s'éclairer mutuellement .
Parmi les virus vrais, celui du tétanos, celui de la diphtérie sembleni propres à faire apparaître sûrement, en quantité considérable, les antitoxines. Pfeiffer les a inutilement recherchées dans le choléra indien : JMelchnikoiï' dans celui des porcs; Issaef dans la pneumonie; Sanarelli dans la fièvre typhoïde, etc.
Toutefois, l'abrine, la ricine seraient capables de leur donner naissance, ou. du moins, de provoquer la formation de corps qui, sans annuler l'action des poisons microbiens avec l'énergie des humeurs des animaux vaccinés contre le bacille de Lôffler ou de Nicolaïer, diminuent cependant l'intensité des efl'ets de cette abrine, de cette ricine. — Si on tient compte de ces antitoxines atténuées, peut-être faut-il admettre que les tissus des sujets rendus réfractaires au vibrion en virgule, au pneumocoque, au microbe du pus bleu, d'après Charrin, contiennent des principes jouissant dans des mesures variables de ces attributs salutaires. D'une façon générale, si on pousse très loin l'immunisation, on parvient à faire apparaître, dans une faible mesure tout au moins, l'élément protecteur qui fait défaut : il y à là une question de technique à résoudre. Peutêtre même retrouve-t-on des modifications de cet ordre, d'après Bouchard, pour des substances non microbiennes, les sels de potasse, par exemple (').
En somme, les toxines, les poisons changent la nutrition, conduisent les cellules à vivre d'une vie nouvelle, à engendrer ce qu'elles ne produisaient pas auparavant : on sait, depuis longtemps, qu'un maigre devient obèse sous l'influence de la dothiénentérie, des sécrétions du bacille d'Eberth ; on sait que le plomb engendre la goutte, autrement dit on sait que le plomb condamne les tissus à laisser s'accumuler les acides, à ne plus les détruire, comme ces toxines typhiques peuvent ralentir la consommation des graisses.
Quoi qu'il en soit, c'est à la présence de ces substances antitoxiques, d'une part, des principes bactéricides, d'autre part, que les tissus, que le sang des réfractaires, doivent les qualités qui ont conduit à les utiliser soit pour vacciner, soit pour traiter les infections; c'est du moins là l'opinion de certains auteurs, car, pour d'autres, les substances thérapeutiques sont différentes des substances antimicrobiennes. — A 60" le sérum d'immunisé perd son pouvoir bactéricide, tout en demeurant préventif; le contact avec le sérum normal lui rend ce qu'il a perdu, à moins que ce sérum normal n'ait été chauffé; ce sérum contient une alexine banale. Pour Bordet, auteur de cette expérience, l'élément préventif ne serait pas modificateur de la forme des germes; il ne serait pas davantage agglutinatif : il y aurait donc là deux substances distinctes; le pouvoir bactéricide serait le résultat de la rencontre de deux principes; il s'agit de quelque chose de nouveau, de spécifique, qui peut se trouver dans le sérum en quantité surabondante, comme l'ont vu Sobernheim et Frœnkel.
Richet et Héricourt, les premiers, ont institué, en 1888, des expériences de {.et oMre; ils ont, à cette époque, indiqué qu'il était possible, par ce procédé,
(') Ces processus sont encore plus étendus. En dehors de labrine. de la ricine, certains sels injectés peu à peu changent la résistance, font peut-être apparaître des antitoxines (Bouchard, expér. inédites). — Il en est probablement ainsi pour d'autres composés (cocaïne, chloroforme, morphine, éther, etc.).
iMUi:Mii-:Hi:s notions. — i'iu:Mii:ni:s staïistioues. '2i5
soil (rallc'nuoi' les eirels d'iiii j)yo<4('ii(', soil de coiiléicr ;'i des laj)ins iin<' soricdc Ucmi-iinmiinilo conlro la liil><M-ciiIos(>.
Oïl a |tr(''l(Mi(lii ([lie Maurice Raynaud (Mail \r prrc de celle iii(''lli(>de; ceux qui ont l'onuidé cidlc al'lirmalion n'oid. pas eoiupris ou u'onl pas lu, dans l'original, dans les CoinpIrH l'cnrlua de fAcadéiitie dcx Scienrcx de Is77, ces recherches de Maurice Raynaud. (-e médecin distingué a ielir(- IM> giainines de sang à une génisse en pleine éruption A'accinale; puis il a injecté ce sang' à une seconde génisse, qui s'est ensuite montrée rebelle aux vaccinations, — Or, dans le sang, il y avail et (l(>s microbes et des toxines fabriquées par des agents pathogènes de l'infection eu cours; on ne peut savoir si rimmunisalion a été l'œuvre de ces microbes ou de ces toxines.
D'ailleurs, il s'agit là de conditions spéciales; il s'agit non d'un sujet rendu réfractaire mais dun sujet fébricitant; dans ses tissus existaient des germes avec les produits qu'ils engendrent; on n'y trouvait pas, du moins en quantité notable, des principes bactéricides ou antiloxiques ('), principes qui dérivent de la vie de l'organisme modifiée par le passage des matières vaccinantes, tandis que les éléments que les 150 grammes de ce sang pouvaient renfermer provenaient de l'évolution des microbes.
En 1889, à la Société de Biologie, Charrin a, lui aussi, déclaré qu'il avait immunisé, en se servant du sang stérilisé de lapins soumis à des inoculations actives du bacille pyocyanogène; il a eu soin, en recourant à la chaleur, de supprimer toute intervention bactérienne directe (^). Or, bien qu'on ne puisse invoquer, comme dans le fait de Maurice Raynaud, cette intervention, Charrin considère que cette expérience n'est nullement identique à celles de Richet et Héricourt. Procéder comme il l'a fait revient à injecter des toxines; toutefois, au lieu de puiser ces toxines dans une culture in vitro, on les prend dans le corps de l'animal; c'est là que le germe les a fabric^uées; c'est là qu'on l'a déposé, qu'il a évolué. On ne saurait donc mettre en doute cette priorité {').
Rondeau, il est juste de l'indiquer, avait sans succès tenté quelques essais; il ne les a pas repris ; il ne les a pas publiés. A dire vrai, l'histoire de la sérothérapie a commencé avec les travaux de Richet et Héricourt (5 nov. 1888); ils ont, empiriquement, c'est possible, mais enfin ils ont les premiers utilisé à titre thérapeuticjue le sang des réfractaires. — Le professeur Bouchard a établi que le sérum peut remplacer ce sang en nature (*) ; il a dévoile, pour une part, les processus mis en jeu par ce sérum des sujets immunisés pour accroître la résistance, et cela dès 1881; Fodor, Grohmann, Flûgge, Nuttal, Nissen, etc., ont montré que les plasmas des vaccinés étaient bactéricides. A ce moment ])rend place la grande découverte de Behring (1890) qui, à ces propriétés bactéricides, ajoute les attributs antitoxiques; ce même savant applique son procédé au traitement de la diphtérie humaine; Ehrlich, Kôssel, Wassermann, Aronsohn, etc., les premiers, de 1892 à 1894, suivent son exemple. On emploie le cheval, au lieu du chien, du mulet, de l'àne; bientôt les succès obtenus en clinicjue conduisent à l'installation des fabriques de sérum de Hœchst. — A cette période se rattachent les décisifs et remarquables travaux de
(/) A celte période, ees malières pouvaienl exister, mais en petite ([unntitr': re.v|>éi-ience le prouve.
(*) Voy. page 534 et suivantes, une série de détails relatifs à la sérolhéraiiie. (^) Voy. Richet, (-'o/Nyi/cs rendus des IrnvKu.r du laboraloire de pitysiolugie. 1805. (*) 'V^oy. CuARRi.N, au nom du professeur Boccuaud, Soc. de bioL. juin 1890.
[A. CHARRIN.]