LA RÉVULSION. — MÉDICATIONS LOCALES
remarques à développer sur les inconvénients d'une antisepsie mal réglée, elle intoxique, partant elle affaiblit la résistance; elle détériore les éléments anatomiques, etc. — Dans ce tube digestif fourmillent des parasites sans nombre, dont plusieurs sont capables de devenir pathogènes. Aussi, au cours de longues pyrexies, la fièvre typhoïde, par exemple, voit-on partir de ce foyer des germes qui vont créer des hépatites, des angiocholites, des ostéomyélites, des périostites, des arthropathies, des myosites, des endocardites, des péricardites, des phlébites, des artérites, etc. ; le malade, guéri de sa dothiénentérie, va succomber à une pyohémie. etc. Il est donc utile de diminuer la multitude de ces agents pathogènes, d'en supprimer quelques-uns, d'en atténuer la majorité; c'est un des buts qu'atteint l'antisepsie intestinale, recommandée par le professeur Bouchard; elle aboutit encore à d'autres conséquences (').
En combattant les ferments, on s'oppose à ces dédoublements, à ces métamorphoses de toxines, qui s'opèrent un peu partout, plutôt dans le canal alimentaire, principalement pour celles du choléra, d'après Pfeiffer; on combat, en outre, les fermentations; or — le fait est prouvé — parmi ces fermentations, il s'en trouve dont les produits toxiques résorbés à la surface de ce canal alimentaire favorisent l'infection, spécialement la suppuration. — Pour refréner ces processus de l'intestin, il convient d'administrer des corps insolubles ou très peu solubles; s'ils sont dépourvus de cette propriété d'insolubilité, ils franchissent les parois, entrent dans la circulation, dès qu'ils ont dépassé l'estomac, le duodénum, etc.; l'élément insoluble au contraire chemine avec les matières, sort par le rectum; si l'on fractionne, si l'on espace les doses, la muqueuse est vite tapissée dans une immense étendue. Ces corps, le naphtol, par exemple, ont en plus une précieuse qualité, conséquence de ce manque de solubilité : ils ne pénètrent pas jusqu'aux appareils vitaux; il n'y a pas à redouter une intoxication. Pour les voies aériennes, on aura recours à la créosote (^), aux baumes, aux sulfites, à l'hydrogène sulfuré, aux essences, aux parfums, substances en honneur chez les peuples de l'Orient, chez les Égyptiens, substances dont Chamberland a mis en lumière les vertus germicides. On s'adressera, surtout pour la phtisie, aux moyens mis en jeu par Carasso; on pourra réaliser des combinaisons avec différentes matières, de façon à additionner les pouvoirs microbicides, afin de protéger plus efficacement les tissus contre ces introductions de virus de nouveau signalées par Gramatchikof (''). On aura recours également aux pulvérisations, aux vaporisations, aux inhalations, procédés qui, malheureusement, ne donnent pas toujours ce qu'on en attend ; tout médicament suffisamment volatil pour s'éliminer par les bronches pourra être employé. On se souvient des tentatives réalisées avec les lavements gazeux; on se souvient, d'autre part, des essais d'administration des remèdes par la trachée.
Il faut, en outre, nous l'avons dit, ne pas oublier les parasites de la peau, des
(/) Bouchard, Thérap. des maladies infectieuses. — Lemoine, Antisepsie médicale. — Le Gendp.e, Lepacie, Barette, Traité de l'antisepsie. — Voy. les recherches de Grancher suites procédés de prophylaxie utilisés dans son service, en particulier sur les méthodes d'isolement.
(') Voy. les travaux de Bolcuard, Gimbert, Burlcreaux. Sommerbrodt, Tapret, Tolr- TOULis, etc. — Voy. les essais de vaccination de Graxcher. — Voy. Congrès de la tuherculose. Paris, août 1891. — Voy. Revue de la tuberculose, etc.
(^) Pour la créosote, les questions de dose jouent un grand rôle; il faut donner, par la peau ou l'intestin, '2, 4, 6 grammes; chez les animaux on obtient des succès relatifs fréc|uents, en raison des quantités. — On peut en dire autant pour bien d'autres corps (Voy. pour Vacide phénique, 2 obs. de Springer. jRei'. méd., 188Ô).
ASEPSIE. — MYCIIÈNE. — l'HOI'lIVLAXIE. 273
voies génilo-urinairos ('), des yeux, des oreilles, des fosses nasales, etc.; eux aussi récIameiiL des pratiques analogues, exigent des bains, des lavages, parfois de la révulsion. — b^ludiéc à la lumière des méthodes nouvelles, cette révulsion apparaît comme un moyen propre à diriger les germes vers un territoire donné: si vous injectez des bactéries dans les vaisseaux de deux lapins, si vous réalisez <les pointes de feu ou une autre irritation superficielle sur la peau des quatre mendjres rasés de Tun d'eux, ce lapin traité de la sorte aura des viscères moins riches en parasites que l'aulre; de même, un lobe gauche du foie caulérisé conliendra plus de microbes que le droit; de même, l'un des reins, si on l'a préparé. Avec Duclert nous avons vu que cette révulsion permet en (juelque sorte de localiser h^ virus sur un tissu que l'on choisit de valeur physiologique médiocre, au "grand avantage des autres; on agit par les modifications vasomotrices, par l'œdème bactéricide, par la phagocytose, phagocytose qu'un simple vésicatoire provoque jusque dans les couches profondes. Il importe, toutefois, de ne pas intervenir trop énergiquement, sans quoi on dépasse le but: aussi véritablement cette arme est-elle à double tranchant : si votre thermocautère marque trop profondément, ces appels de parasites vont jusqu'aux viscères.
Il convient de mentionner ici certaines méthodes thérapeutiques qui consistent, par exemple, à déterger des foyers infectieux locaux, à pratiquer des balnéations germicides, des irrigations, des curettages dans quelques cavités, dans les séreuses, les plèvres, le péritoine, les synoviales, en utilisant les procédés de Reybard, Lister, Potain, Dieulafoy, etc. ; à cette catégorie de moyens se rattachent encore des injections interstitielles, en particulier celles qui sont poussées de diverses façons dans le poumon par Haller, Gouguenheim, Truc, Lépine, White, etc., en vue de guérir la tuberculose, la pneumonie, le sphacèle; les médecins feront sagement en s'exerçant à ces pratiques, s'ils ne veulent pas voir l'art de guérir, au point de vue des soins, des opérations, passer exclusivement aux mains des chirurgiens. — Les interventions visant la rate, l'utérus, l'ovaire, le péritoine, le foie, le rein, l'intestin, les centres nerveux, etc., méritent également d'être signalées : il est certain que ces interventions, comme celles qui dérivent de l'emploi des sérums, etc., de jour en jour gagnent du terrain.
En somme, toutes les thérapeutiques, suivant les cas, peuvent donner des résultats. Il importe de faire de la thérapeutique pathogénique autant qu'on le peut; il convient, à son défaut, de ne pas négliger la thérapeutique physiologique, la thérapeutique symptomatique, la thérapeutique anatomique, la thérapeutique naturiste, expectante, etc.
Malheureusement la méthode curative directe est souvent impuissante ; plus d'une fois elle arrive tard; elle ne peut enrayer l'affection, arrêter une épidémie. Aussi faut-il s'occuper de supprimer toute cause de contagion, de restreindre le mal; il est souvent plus facile de prévenir que de guérir. On devra donc éviter cette diffusion des virus par les dilïérents moyens possibles, par des soins de propreté, par l'isolement, par l'usage de l'antisepsie médicale, qui déjà a donné d'excellents résultats. On ne doit sans nécessité ni toucher au malade, ni à un objet, à un élément quelconque, ayant été en contact avec lui; si on est contraint à ces contacts, il convient de se désinfecter au sublimé, à l'acide phénique, etc. ; jusque dans la sueur, jusque dans les cheveux, on décèle le corps du
(*) Travaux de Wenge, Krônig, Knapp, Ghatemère [Thèse de Paris, 1895).
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2° édit. — I. 18
[A CHARRIN ]
m ÉLIMINATION. — FONCTIONNEMENT DES APPAREILS.
délit, d'après Soudakow, principalement le bacille d'Eberth, de Lolfler, suivant Wrig-ht; cette désinfection marche de pair avec les soins capables de combattre la souillure de ce qui nous entoure. — Il est nécessaire de passer à Tétuve à 120 degrés sous pression, tout ce qui, provenant des personnes alleinles, est susceptible de supporter de hautes températures. On lavera à Taidc d'une solution mercurielle ou autre les murs, les planchers, sur lesquels on décèle tant de germes, en particulier le bacille de Lôffler, suivant Kleim, Emerson, etc.; on lavera à grande eau pour réaliser des entraînements mécaniques; on purifiera les meubles, les appareils de transport, les vêtements, les objets de différentes natures placés dans les demeures contaminées ; on surveillera les voies de communication non par des quarantaines, foyers de culture, mais par des organisations spéciales, qui permettent d'observer assez longtemps le voyageur, sans l'arrêter, sans l'immobiliser (*); on a vu, au xiv« au xv« siècle, même au xix«, le rôle de ces communications, spécialement de la navigation, des caravanes, des routes, des chemins de fer, des voitures, etc., au point de vue de la diffu.sion du mal. — L'atmosphère des habitations sera soumise à l'action des vapeurs sulfureuses, chlorurées, etc. ; la nappe souterraine sera imprégnée de liquides bactéricides. Quant aux individus demeurés indemnes quoique exposés au fléau, ils observeront plus strictement que jamais les prescriptions de l'hygiène; ils éviteront les fatigues, les excès de divers ordres (^); ils donneront une attention spéciale à leur toilette, à la propreté des mains, à l'état de la bouche, du tube digestif, au choix des aliments solides, à celui des boissons. Ils devront veiller à l'asepsie de leurs ustensiles de cuisine, de ménage; ils favoriseront l'aération, l'ensoleillement de leurs appartements; le soleil, la chaleur affaiblissent les virus, spécialement le tétanos, la rage, etc.; Wesbrook, Pernice, Putcarin, Veresco, etc., ont de nouveau insisté sur ces données, etc., etc.
Les services rendus par l'hygiène ne sont plus à établir ; à dire vrai les germes sont plus en nous, dans nos cavités, qu'au dehors; toutefois, en temps d'épidémie, les parasites qui dérivent des malades sont souvent exaltés. — Au point de vue pubhc, il est admis que les prescriptions relatives à Tahmentation en eau potable, à l'installation des fosses d'aisances, au nettoyage des égouts, à la désinfection, à l'isolement, etc., atténuent singulièrement les épidémies. Quelle différence entre le choléra espagnol et le choléra parisien de ces dernières années! L'agriculture fait reculer la malaria. Des mesures administratives, la civilisation, la répartition du bien-être, etc., tendent à reléguer dans l'histoire et la lèpre et des maladies à parasites plus élevés, parmi elles la trichinose, une série d'affections dérivées de la misère, etc. Sans vouloir à tout prix remonter au déluge, il est juste de reconnaître que Moïse, qui fut avant tout un grand hygiéniste, avait prescrit relativement aux bains, aux viandes, etc., les mesures les plus sages. De nos jours des règlements sanitaires ont supprimé, en Allemagne, la rage comme la variole; ces règlements frappent le drus; d'autres considérations touchent plutôt au terrain; il convient de songer à l'un et à l'autre.
S'il est bon de viser le microbe, on doit en outre s'occuper du patient (^); il a
(*) Voy. Ann. d'hygiène, 1885. — Postes sanitaires des frontières. — Voy. Proust, Arnould, A.-J. Martin, Hygiène.
(*) Voir, chap. m et vi, les modes d'intervention de tous ces facteurs étiologiques.
{^) A chaque instant soit dans ce livre (chap. vi et autres), soit ailleurs, j'ai, du reste, insisté sur les analogies des cellules bactériennes et organiques, analogies de forme, de nutrition, de structure, de reproduction, de fonctions, de sécrétions, de propriétés