OU'EST-CE OLE I-A XLTHITION
TA UX. N U 7 li I r I /•■ IMjll'If) IJK A CONSTITUTION TEMPÉRAMENT
En dehors même des circonstances pathologiques, chaque individu, suivant son âge, son sexe, ses origines héréditaires, jouit d'un taux }u//>i7î'/ particulier, et chez lui les échanges nutritifs s'accomplissent avec une rapidité déterminée. Le taux nutritif est d'ailleurs capable de varier chez le môme individu sans qu'il perde pour cela l'état de santé, mais dans des limites assez étroites cl dune manière passagère. On pont admettre (jue. malgré lélasticilé des variations indi^ iduelles, il y a un taux moyen inné.
Tout individu qui apporte en naissant un mode nutiitif notablement différent de celui qui caractérise les autres individus sains de son âge, de son sexe et de sa race, ou un taux inférieur à la moyenne, est de ce fait prédisposé par son innéité à certaines maladies de la nutrition: cette innéité est le plus souvent la reproduction par hérédité d'une modalité nutritive analogue qui existait chez lun ou l'autre des procréateurs ou chez les deux.
On peut encore concevoir que les conditions défavorables dans lesquelles ont pu saccomplir la procréation et la gestation soient capables de créer un taux nutritif anormal dès la vie utérine.
Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que certains individus naissent avec un type nutritif déjà dévié du type moyen de leur race. De ces déviations du type nutritif découlent probablement les tempéraments et les diathèses, mots si souvent employés en médecine, et sur la véritable signification desquels il nous ])araît indispensable d'être fixé.
Une première confusion est fréquemment établie entre la constitution et le tempérament. M. Bouchard en a donné pourtant deux définitions qui ne prêtent pas à lambiguïté. « La constitution, dit-il, c'est tout ce qui concerne les varialions individuelles dans la charpente et dans l'architecture du corps, dans la proportion des organes, des appareils, de l'organisme entier, dans l'adaptation physique de chaque partie à sa fonction, dans la répartition de la matière, soit ilans la totalité de l'organisme, soit dans chaque élément. La constitution a trait à la structure du corps, elle est une caractéristique statique.
<( Le tempérament, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles de I activité nutritive et fonctionnelle. Et comme, pour un même organisme et pour un même élément, l'intensité de la vie et Fintensité du fonctionnement se lient à l'intensité des transformations de la matière, le tempérament, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles dans l'intensité des métamorphoses de la matière vivante. Le tempérament a donc trait à l'activité de l'organisme: il est une caractéristique dynami([ue » (').
La constitution et le tempérament nous sont donnés par la naissance: tous deux se modifient par l'âge, tous deux peuvent être transformés par la maladie et l'hygiène.
Quand les variations individuelles dans l'intensité des mutations nutritives, ou dans le mode suivant lequel elles s'accomplissent, sont assez accusées pour
(') Ch. BourHARP. lor. rit.
[P. LE GENDRE
sortir des limites de l'état jthysiologiqiie, quand elles aboutissent à rendre l'individu malade presque fatalement à une époque de sa vie, en faisant éclore eliez lui certaines maladies spéciales, ou h imprimer un cachet particulier à l'évolution des maladies accidentelles qui lui surviennent, le mot de tempérament n'est plus suffisant pour caractériser l'anomalie de la nutrition. On doit alors employer le mot de dlalhèse.
LES DIATHÈSES OU PRÉDISPOSITIONS mORBIDES
Diverses définitions de la diathèso. — Est-ce un état morbide ou une prédisposition? Combien doit-on admettre de dialhèses"?
Les médecins des diverses époques ont tant différé sur le sens du mot diathèse qu'il semblait être devenu plus nuisible qu'utile dans la terminologie médicale et qu'on l'avait rejeté presque absolument, du moins dans lEcole de Paris.
Bazin a commencé la réhabilitation de la conception des diathèses sur le terrain de la dermatologie ; Trousseau, N. G. de ÎMussy lui étaient demeurés fidèles. « Quand nous admettons, écrivait ce dernier, des maladies constitutionnelles ou diathésiques, nous n'en faisons pas des entités abstraites, bien que nous ne puissions pas dire quelle est la modalité organique qui leur correspond. Nous affirmons qu'entre leurs manifestations morbides, qui se succèdent ou éclosent sous l'influence de causes exceptionnelles, il y a un lien constitutionnel, que derrière elles il y a un état anormal de la constitution, le plus souvent héréditaire; il s'accuse souvent dès l'enfance, il se révèle pendant le cours de la vie par des symptômes qui lui sont propres et il peut modifier avec plus ou moins d'énergie, par son intervention, la physionomie des maladies accidentelles ou même d'autres maladies constitutionnelles. Cette disposition anormale, cette modalité persistante de l'organisme vivant, nous l'appelons diathèse » (Clinique médicale, t. I, 1874).
Mais nul n'a mieux démontré que M. Bouchard, par un faisceau de preuves tirées de la chimie et de la statistique clinique, que le vocable diathèse, tant décrié par certains, pouvait encore rendre des services pour désigner tout un ordre de faits, auquel aucun autre mot n'est applicable, et que, à la condition d'en bien préciser la signification, on peut utilement l'employer. Cette précaution est nécessaire pour éviter diverses confusions qui régnent au sujet des diathèses non seulement dans l'histoire médicale, mais dans les livres contemporains.
Parmi les médecins qui emploient actuellement le mot diathèse, les uns y attachent la signification d'état morbide, apparent ou latent, les autres désignent seulement sous ce nom une prédisposition générale à contracter un certain nombre de maladies qui sont supposées avoir un lien commun.
M. Grasset est encore le défenseur de la première opinion, celle qui confond la diathèse et la maladie, opinion qui a été surtout représentée historiquement
LES DIATHftSES OU PRÉDISPOSITIONS MORBIDES. 301
par l'École de iMoiilpellier ('). II définit la dialhèse : a Une maladie générale, une alifection, c'est-à-dire, dans' le langage de l'École, une maladie spontanée émancipée de sa cause provocatrice, une afîection chronique, c'est-à-dire, dont les actes manil'estateurs sont lents on, s'ils évoluent rapidement, sont séparés par des intervalles, enfin dont les manifestations sont multiples et variées (troubles fonctionnels, lésions anatomiques, troubles nutritifs). » En progrès sur Baumes qui admettait vingt-deux diathèses, M. Grasset appelle encore pourtant maladies dialhési(jues la syphilis, la goutte, la scrofule, la tuberculose, l'herpétisme, le cancer, le rhumatisme, l'impaludisme, l'alcoolisme.
Or, il n'y a même plus à discuter si l'on doit accepter comme diathèses les maladies virulentes ou parasitaires : la tuberculose, la syphilis, l'impaludisme. L'alcoolisme n'es! pas phis une diathèsc que l'intoxication saturnine ou mercurielle. Cancer est un mot qui n'a presque plus de sens, s'appliquant à des faits trop disparates : beaucoup de néoplasmes malins ressortiront peut-être demain au parasitisme, et les troubles de la nutrition qui les accompagnent n'ont pas ce caractère d'être primitifs et permanents, d'affecter toutes les cellules de l'organisme, caractère indispensable, à notre avis, pour leur mériter l'épithète de diathésiques.
La plupart des contemporains et les maîtres de l'École de Paris ont adopté la seconde opinion, celle qui ne voit dans la diathèse qu'une prédisposition ; cette manière de voir est d'ailleurs en harmonie avec l'étymologie : diathèse veut dire disposition. M. Hallopeau (^) appelle diathèse « des modifications du type physiologique ayant pour effet de diminuer la résistance de l'organisme contre certaines affections et d'imprimer à ses réactions une physionomie spéciale ».
Pour nous, fidèle à l'enseignement de J\L Bouchard, nous acceptons sa définition de la diathèse : « Un trouble permanent des mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme formes symptornatiques. comme siège anatomique^ comme processus pathologique., » définition qui peut encore être abrégée par l'emploi de cetteTormule : la diathèse est wi tempjéra m en t mo rbide .
M. Hallopeau admet trois diathèses : la scrofule, l'arthritisme et l'herpétisme. L'herpétisme ou dartre (Hardy) désigne surtout la disposition à contracter certaines maladies de la peau que rapprochent les unes des autres des tendances évolutives analogues. Des dermatologistes de la valeur de j\L Ern. Besnier contestent la réalité de ce groupement.
M. Bouchard n'admet que l'arthritisme et la scrofule.
M. Lancereaux('') « réserve le nom d'arthritisme à une maladie générale, d'origine infectieuse, le rhumatisme articulaire aigu, avec ses localisations multiples sur les synoviales, les plèvres, le péricarde, l'endocarde et toutes leurs graves conséquences : symphyse cardiaque, rétrécissement des orifices du cœur, embolies, hydropisies, etc. ». Mais il définit Yherpétisme., une névrose vaso-trophique, constitutionnelle et héréditaire, caractérisée par deux ordres de manifestations successives, les unes vaso-motrices appartenant à la première moitié delà vie, les autres trophiques faisant partie surtout de la dernière i. (Traitement de l'herpétisme, in Traité de thérapeutique d\\.. Robin, fasc. I, 1895.)
(') Art. Diathèse du Dictinnnaifc cncycJopcdiqve des sciences médicales. (*) Pattiologie générale^ 3« série, 1800.
(■') Leçons de clinique nu'dicale, ô" série, ISOO, p. 271. — Consulter aussi Traité de l'tierpétisme, l'883.
[P. LE GENDRE
tt Lhorpétismo, dil-il encore, pourrail ôlre représenté [);ir un arbre pi'enanl ses racines dans le système nerveux et d'où partirait toute une série de branches plus ou moins mall'aisanles. Les premières branches destinées à disparaître seraient représentées par les affections spasmodiques ou névralgiques, le pruriL la migraine, par des troubles vaso-moteurs, fluxions sanguines, épistaxis, hémorroïdes, hémoptysies, purpura, urticaire, herpès, acné, eczéma, lichen, psoriasis, troubles sécrétoires de l'estomac et des intestins. — Viendraient ensuite d'autres branches plus durables, qui seraient représentées par des troubles trophiques du cuir chevelu (calvitie), des ongles et de la peau; puis d'autres plus élevées, pour les désordres de même ordre portant sur les articulations (rhumatisme chronique), les aponévroses (rétraction de l'aponévrose palmaire) et les tendons (rétraction tendineuse), sur les veines (varices) et les artères (artério-sclérose). Cette dernière branche donnerait naissance à son tour à un certain nombre de rameaux : dystrophie cardiaque et asystolie, dyslrophie rénale et urémie, dystrophie cérébrale (démence), hémorragie et ramollissement du cerveau (apoplexie et hémiplégie). Enfin deux branches des plus importantes, effets d'un désordre de la nutrition générale, viendraient quelquefois s'ajouter aux précédentes : l'uricémie, avec ou sans tophus, et la glycosurie (goutte et diabète).
Avec M. Bouchard nous n'admettons que deux diathèses, l'arthritisme et la scrofule.
RALEXTISSEMEXT DIATHÈSIQUE DE LA XETRITIOX