I. DIATHÈSE ARTHRITIQUE OU BRADYTROPmOUE
Beneke, médecin à Nauheim, observant des enfants rachitiques, scrofuleux. obèses, avait été frappé chez eux de l'existence habituelle des sédiments uratiques dans les urines, de la fétidité des sueurs et de l'haleine; il en avait conclu à l'existence d'une lenteur plus grande dans les actes nutritifs, d'une oxydation imparfaite, et il avait admis un groupe de maladies caractérisées par le ralentissement de la nutrition. Il y rangeait le rachitisme, l'oxalurie, la goutte, l'obéssité. C'était une prescience encore A'ague. Charcot avait signalé la coexistence du rhumatisme mono-articulaire ou chronique partiel avec les migraines, l'eczéma, la goutte. M. Bouchard a pu, en recueillant les plus imposants documents de statistique clinique, concernant les parentés morbides, démontrer la relation entre la goutte, l'obésité, le diabète, les lithiases, etc., et a établi l'existence du ralentissement des actes nutritifs, de la nutrition retardante, dans tout ce groupe de maladies.
M. Bouchard dit qu'il y a nutrition retardante :
i° Quand, après l'ingestion d'une quantité déterminée d'aliments, l'organisme met un temps plus considérable qu'à l'état normal pour revenir à son poids primitif:
2° Quand la ration d'entretien peut être plus faible que la normale;
5° Quand le poids du corps augmente avec la ration normale ;
DIATIIÈSE AHTlIlUriOUL:. -,03
4" Quand, avec la ration (rcnli'clicn, la (]iianlil('' des cxcrela osl moindre (lui' la normale;
5" Quand, j^'iidanl Tabslinence, la diminiilioii du [xjids du cor[)s esL moindre que noi'maUnnenl ;
G" Quand, pendant ralj!slinenc(>, la ({uanlilé des cxcrela est moindre que normalement;
7" Quand on voit apparaître dans les excréta des produits incomplètement élaborés, l'acide urique, l'acide oxalique, les autres acides org-anicjues, les acides gras volatils;
8" Quand il s'accumule dans le corps un ou plusicMirs principes inïnH'dials, TalimeuLation étant d'ailleurs normale;
9° Quand il y a, plus qu'à l'état normal, un abaissement de la température du corps pendant le repos et l'abstinence et particulièrement pendant le sommeil.
Ces neuf caractères s'enchaînent, mais on peut rarement les constater tous. Il surfit ([u'un seul parmi eux soit nettement établi. Or on les rencontre isolés ou associés dans un certain nombre de maladies qui se retrouvent fréquemment chez le même individu à divers âges, ou dans une même famille dans plusieurs générations, ou chez plusieurs membres de la même génération. Ces maladies sont : la dyscrasie acide, l'oxalurie, la lithiase biliaire, l'obésité, le diabète, la gravelle et la goutte.
Ces maladies, qui diffèrent d'ailleurs entre elles par le siège, la nature du processus, l'évolution, les lésions, ont pourtant une sorte de parenté; on dit que c'est une même famille de maladies. Le lien qui les unit, c'est un même trouble de la nutrition, une diathèse, « que l'on pourrait appeler oUgotrophique, pour indiquer que la nutrition transforme moins de matière en un temps donné ; ou ocnotropJiique, pour indiquer la paresse des mutations nutritives ». M. Bouchard a préféré adopter un néologisme proposé par M. Landouzy et la nommer bradyfrophique, en raison de la lenteur des mutations nutritives. Mais l'usage a jusqu'ici prévalu de nommer cette diathèse Varthritisme, et les maladies de cette famille maladies arthritiques, en raison de l'existence fréquente chez les individus qui présentent ces maladies ou chez leurs parents du rhumatisme et de la goutte, confondus par les anciens sous le nom d'arthritis.
Les maladies arthritiques sont l'obésité, le diabète, la goutte, la gravelle et la lithiase biliaire ('). Elles ont toutes comme caractéristique commune un ralentissement des mutations nutritives, d'où résultent des changements chimiques dans la composition des humeurs, et par suite dans celle des éléments anatomiques que ces humeurs imprègnent. Ou peut-être vaut-il mieux dire que la cellule est primitivement atteinte dans sa nutrition : soit parce qu'elle dérive de cellules ancestrales elles-mêmes perverties, soit parce que des influences acquises ont altéré son fonctionnement régulier. Car il est naturel d'admettre que la cellule, fabriquant des produits chimiques anormaux, livre aux humeurs qui la baignent ces produits viciés de sa dénutrition et altère secondairement ceux-ci. Conception ingénieusement développée par
(M En admettant même que la précipitation de la cholestérine et de la chaux dans les voies biliaires s'opère nécessairement par l'intermédiaire de l'infection microbienne, comme le soutiennent les plus récents auteurs (Naunyn, Gilbert et Fournier, etc.), il n est pas moins certain, de parla statistique clinique, que cette lithiase ne se rencontre guère que chez les individus offrant les caractères de la nutrition retardante. Aussi maintenons-nous la litiiiase biliaire parmi les maladies arthriticjues.
LP. LE GENDRE
Charrin (Leron douverturc du cours de Médecine au Collège de France, 1897).
En outre, dans la goulte il y a déjà quelque peu de lésions hislologiques; on voit apparaître une tendance à la prolil'ération des éléments analomi(jues, à la formation de cellules nouvelles.
Mais celte prolifération se trouve encore plus accentuée dans les maladies qu'on est convenu d'appeler rlnimatismales : en tète de celles-ci l'usage est de placer le rhumatisme articulaire aigu (polyarthrite aiguë fébrile), — et pourtant il est démontré que c'est une infection ; mais cette infection requiert pour son développement un terrain spécial; — puis viennent les diverses formes du rhumatisme chronique (rhumatisme partiel, nodosités d'Heberden, rhumatisme chronique fibreux et osseux), et diverses atlections musculaires, nerveuses, cutanées ou muqueuses, qu'on a réunies sous le nom de rhumatisme abariiculaire (rhumatisme musculaire, coryza à répétition, asthme, bronchite sibilante et emphysème aigu, certains troubles gastriques, des dermopathies comme l'eczéma et l'urticaire, migraines, névralgies diverses).
« L'arthritisme, écrivait G. de Mussy, a pour type l'attaque de goutte franche, mais chez les goutteux et dans leur race on voit alterner ou coïncider avec cette manifestation typique des accidents très divers, comme des névroses, l'hypocondrie, l'asthme, les névralgies à localisations diverses, la migraine, la gastralgie, l'hystérie, comme aussi des maladies du système tégumentaire. Il faut mettre au compte de l'arthritisme un grand nombre d'affections cutanées, beaucoup d'affections des membranes muqueuses qui se traduisent par des catarrhes ou par d'autres troubles fonctionnels de ces membranes, des anomalies des sécrétions qui expriment souvent des altérations profondes de la nutrition et peuvent aboutir à des productions morbides, comme les gravelles biliaire et urinaire. Enfin, comme conséquence ultime, l'arthritisme peut produire des néoplasies, des dégénérescences, des dyscrasies. La glycosurie et l'albuminurie lui sont souvent imputables. Les lésions cardiaques et vasculaires en sont fréquemment la conséquence et servent d'intermédiaire entre cette diathèse et d'autres lésions qui se rencontrent le plus souvent dans les races goutteuses, comme les hémorragies et les ramollissements du cerveau, les gangrènes par oblitération artérielle, etc. » Cette énumération surprend au premier abord par son abondance. Il y a là bien des états morbides et des affections, des maladies et de purs syndromes; mais, quand on réfléchit, on s'explique la juxtaposition de tous ces troubles telle qu'elle n'ous est présentée par un médecin voué à la seule observation clinique : tendance aux manifestations fluxionnaires et douloureuses, hypercriniques et catarrhales, et, en tenant compte du rôle prédominant joué par le système des vaso-moteurs, perturbation originelle de la cellule nerveuse qui tient sous sa dépendance la circulation générale et la circulation locale, les sécrétions et les échanges interstitiels.
On a donc pu voir dans l'arthritisme une déviation primitive de la nutrition de la cellule nerveuse. Mais les anatomistes, les physiologistes et les chimistes ont rivalisé d'ingéniosité dans la construction d'hypothèses pathogéniques.
Hanot relevait dans l'arthritisme « un état constitutionnel caractérisé, entre autres éléments constitutifs, par une viciation ordinairement congénitale et héréditaire de la nutrition du tissu conjonctif et de ses dérivés, qui deviennent des tissus de moindre résistance. » Par suite, la vulnérabilité du tissu conjonctif