TRAITEMENT DE LA SCROFULE
accentué, plus durable, les tissus sont plus en^or^és, les traits plus épaissis.
Cependant, prenez un jeune scroCuleux ayant déjà l'habitus caractéristique; placez-le dans do bonnes conditions d'hygiène, vous le guérissez : les ganglions diminuent, les tissus se dégorgent. Mais ces scrofuleux guéris feront dans l'avenir une évolution vers Farthritisme : il ne sera pas rare de voir apparaître chez eux le rhumatisme, la goutte, le diabète.
Il est impossiJ)le de dire en (pioi consiste la difi'érence entre les deux diallièses au point de vue de tous les caractères de la nutrition; il est facile par contre de montrer leur point de contact : c'est un ralentissement de l'activité des échanges nutritifs; mais dans la scrofule il y a en outre quelque chose que nous ignorons.
Le rapprochement que nous venons d'esquisser entre la sci-ofule et l'arlhrilisme nous amène à rappeler que les arthritiques peuvent contracter les mêmes inleclions que les scrofuleux, ainsi la tuberculose. On a dCi renoncer à la conception émise autrefois d'un antagonisme entre l'arthritisme et la tuberculose, Les vues de Pidoux étaient justes sans doute en ce qui concerne l'évolution particulière et généralement plus lente de la tuberculose chez les arthritiques. -Mais les exemples de l'hybridité tuberculo-arthritique, pour employer l'expression créée par Verneuil, ne sont plus exceptionnels {Tuberculose et arthritisme ou liybridité tuberculo-arthritique. Études sur la tuberculose, t. II). Chez le scrofuleux, le tubercule, néoplasie à double tendance fdjreuse et caséeuse, évolue plus souvent dans le sens de la caséification ; chez l'arthritique, c'est la tendance à l'évolution fibreuse qui domine. La tuberculose « semble ne se transmettre qu'avec peine aux animaux carnivores, tels que le chien et le chat, dont la pathologie compte des spécimens de l'arthritisme, tels que le rhumatisme et le cancer. » (Verneuil.) Dans le traitement hygiénique, que l'expérience a démontré être le meilleur contre la tuberculose, nous invitons les malades à la suralimentation carnée; nous les poussons vers la création d'un arthritisme acquis, nous cherchons à substituer l'hybridité tid^erculo-arthritique, que nous savons bénigne, à l'hybridité scrofulo-tuberculeuse dont la malignité nous est connue.
Nous aurons ultérieurement bien des occasions de dire que, pour prévenir ou guérir les maladies arthritiques, il faut accélérer la nutrition.
Au point de vue de la thérapeutique de la scrofule, nous savons aussi qu'il faut accélérer la nutrition, activer les échanges, et pour cela nous devons utiliser les données étiologiques et pathogéniques acquises précédemment.
Pour prévenir l'apparition de la scrofule, il faudrait d'abord ne pas marier ensemble des scrofuleux, ni même une scrofuleuse et un arthritique.
11 faudra, si ce croisement n'a pu être évité, s'elïorcer d'activer, au moins passagèrement, le taux nutritif des parents au moment de la conception ; car l'enfant peut être alors procréé dans des conditions moins défavorables.
On surveillera l'hygiène de la mère pendant la grossesse.
On aura grand soin que l'enfant ait une excellente nourrice, que l'allaitement soit bien conduit, cessé au moment convenable, et que l'alimentation après le .sevrage, comme celle de la seconde enfance, soit soumise aux règles suivantes : aliments abondants, mais substantiels, contenant une proportion suffisante d'azote et de matières grasses; il faut surtout que ces aliments soient bien digérés, bien assimilés; on remédiera donc au plus vite au moindre trouble ■digestif, on ne laissera pas les acides s'accumuler dans l'intestin, ni les fermentations putrides intoxiquer chroniquement le sujet par résorption.
Le scrofuleux évitera l'alcool aussi bien que les boissons purement stimu-
[P. LE GENDRE
5U COMMENT LA NliTRITION EST MODIFIÉE PAR LES MALADIES.
lantes comme le Ihé el le café; mais il consommera des vins rouges assez riches en tanin.
On activera surlout chez lui les fondions de la peau par les frictions sèches et aromatiques, les bains salés el sulfureux pendant l'hiver, les bains froids et les douches pendant l'été, les bains de mer; on utilisera la radiation solaire par l'exercice au grand air, le séjour sur les plages et dans les montagnes alternativement. On interdira, s'il se peut, les climats humides, non seulement ceux du Nord, mais ceux du Midi: il faut des climats secs où l'atmosphère soit toujours limpide.
Enfin, comme médicaments, on utilisera alternativement l'huile de foie de morue, mais à doses suffisantes, l'iode el les iodiques, l'iodoforme, l'arsenic, le fer, le tanin, les phosphates.
Pour prévenir les poussées d'adénite cervicale et la suppuration des ganglions, il est tout indiqué de soigner par des moyens médicaux et chirurgicaux l'hypertrophie du tissu adénoïde du naso-pharynx, qui sert de porte d'entrée à tant de microbes pyogènes ou bacilles de Koch.
Nutrition. M. Duval, Nutrition. Dict. Jaccoud, 1877. — Carlet, Id. Dict. encycL, 1879. — LuTON, Tempérament. Dict. Jaccoud, 188"). — Dechambre, Id. Dict. encycl., 1886. — Desnos, Arthritisme. Dict. Jaccoud, 1865. — Noël G. de Mussy. Clin, méd., t. I. — Bazin. Œuvres, passim. — Ern. Besnier, Rhumatisme. Dict. encycl. — Birch Hirschfeld, Scrofule. In Ziemss^en Handbuch, t. XIII, 2" partie, 187.5. — J. Grancher. Dict. encycl., 1775. — E. Brissaid, Dict. Jaccoud, I88'2. — H. Leloir, De la scrofule et de la tuberculose, Bull, méd., 1888. — Traité de la scrofulo-tuberculose, 1892. — Grasset, Rapport du scrofulo-lympliatisme avec la syphilis et la tuberculose. Thèse de Paris, 1894. — Wesberge, La scrofule moderne comparée à la scrofule ancienne. Thèse de Paris, 1895. — Gallois, Qu'est devenue la scrofule? Bull, méd., 7 février 1897 et Rapport à la Société de thérapeutique de Paris (1898) à la suite duquel a eu lieu une discussion sur la pathogénie et le traitement de la scrofule (Le Gendre, Sanné, lluchard, Courtade, Duhourcau, Gouguenheim, Camescasse).