EXEMPLES DANS LES QUATRE PROCESSUS PATHOGENIOUES
Di/stropliies élémenlalrc>i primiiive^ : Dermile artifiriollo expôrimentnlo.
liéiirlioDfi vervenseft : Troubles li-ophiqnos oxpéi-inionlniix cl dans los ninladics du syslèmc
nerveux. — Troubles de la nulrilion dans les névroses : byslérie, épilepsie, liypnolisme;
dans l'aliénalion mentale.
Tiunililes jirunilifs de In nulritlon.
Iiifcrlion et intoxication : Poisons microbiens. Modifications de la nulrilion immédiates el
lointaines par les maladies infectieuses aiguës et chroniques. — Poisons comme l'alcool.
le plomb, etc.
La multiplicité des conditions que requiert l'exécution correcte des actes nulrilifs explique que ceux-ci soient troublés dans tous les états morbides, et Ton pourrait, au seul point de vue des troubles de la nutrition, faire défiler la pathologie tout entière. Une telle œuvre a de quoi tenter : mais, outre qu'elle dépasserait de beaucoup nos forces, elle serait disproportionnée avec le cadre d'un ouvrage comme celui auquel nous collaborons; d'ailleurs il faut bien avouer que la chimie biologique n'a encore fourni qu'un trop petit nombre de solutions précises aux innombrables problèmes que soulève la nutrition, quand on quitte le domaine des faits généraux pour aborder les cas particuliers. Nous devrons donc nous contenter modestement d'indiquer ce que nous savons des troubles nutritifs envisagés dans quelques processus morbides, avant d'aborder les maladies de la nutrition proprement dites.
j\I. Bouchard a montré, par une analyse minutieuse des causes de nos maladies, que, si les causes morbifiques sont innombrables, leurs façons d'agir sur nous se réduisent à un petit nombre de modalités ou processus pathogéniques isolés ou associés.
Dans le procédé pathogénique appelé par 1\I. Bouchard dystrophie élémentaire primitive, la cause morbifique peut influencer directement, dune manière mécanique, physique ou chimique, certains éléments anatomiques, comme le font un traumatisme ou l'application brutale de températures extrêmes, de l'électricité ou le contact des poisons.
Si ces influences directes n'ont pas pour eflet immédiat de détruire les cellules, elles provoquent de leur part une réaction vitale, qui à coup sur doit s'accompagner de troubles de la nutrition"; ceux-ci nous sont malheureusement presque inconnus jusqu'à ce jour. Cependant on peut se faire une idée de ce (juidoit se passer dans certains cas, en réfléchissant aux résultats des recherches de Ouinquaud sur les troubles de la nutrition qui surviennent chez l'animal auquel on a causé, en lui faisant des brûlures plus ou moins étendues, une dermatite artificielle {^). Cette irritation expérimentale des téguments peut conduire à la mort, après avoir engendré, dans tous les tissus, des troubles progressifs et variés de la nutrition tels que diminution de la capacité respiratoire du sang, véritable désharmonie nutritive par suite de laquelle la température, l'ab-
(') Tribune médicale, mai et juin 18U0.
[P LE GENDRE.J
.-50 COMMENT LA Nl'TRITION EST MODIFIEE PAU LES MALADIES.
sorpLion d'oxygène ot l'exhalalion d'acide carbonique ne reslenl plus dans un rapport constant, disparition du glycogène hépatique, altérations hématiques diverses, ralentissement des échanges interstitiels, perturbations des excréta urinaires, enfin rétention de matières toxiques dans le sang et les tissus et même pénétration dans le sang des microbes par les ulcérations cutanées. Un tel exemple nous montre que l'influence directe de la cause morbificiue sur la nutrition d'une partie de l'organisme n'est que le primiim movem^ d'une série de contre-coups sur la nutrition générale; à la dystrophie élémentaire primitive sont venus s'ajouter promptement d'autres processus, les réactions nerveuses sollicitant par voie réflexe des troubles vasculaires locaux et à distance, les troubles généraux de la nutrition, l'auto-intoxication, sans préjudice des infections auxquelles toute altération tégumentaire peut ouvrir la porte.
Les réactions nerveuses, qui constituent le deuxième processus pathogénique, ont, nous l'avons déjà dit, une influence considérable sur la nutrition générale et sur la nutrition de telle ou telle partie de l'organisme. Nous avons cité, comme exemples de l'inhibition exercée par le système nerveux sur les échanges chimiques entre le sang et les tissus, la rutilance du sang veineux dans un membre énervé (Brown-Séquard), les variations dans la consommation du sucre par les tissus sous l'influence d'excitations diverses de l'axe cérébrospinal et des nerfs périphériques (Bouchard).
On peut citer les exemples des atrophies viscérales et des lésions tégumentaires consécutives aux sections nerveuses. Nélaton avait constaté l'atrophie du testicule après la section du nerf spermatique. Deux à trois semaines après la résection des nerfs du cordon chez le chien et le lapin, Obolensky a observé l'atrophie et, quatre mois plus tard, la dégénérescence graisseuse du testicule. L'altération de la cornée après la section intra-crànienne du trijumeau, bien que sa cause réelle ait soulevé des discussions nombreuses, paraît, d'après les plus récents expérimentateurs, le résultat d'un trouble nutritif. On connaît les altérations de la nutrition provoquées par Laborde et Leven au moyen de la section de l'ischiatique chez le cobaye et le lapin : la pâleur et la sécheresse de la peau, les ulcérations, la chute des poils et des ongles, les hémorragies intra-dermiques, la nécrose des phalanges, îtous phénomènes constatés cliniquement dans bon nombre de maladies des centres nerveux ou des nerfs périphériques.
Les aplasies cutanées et osseuses, l'alopécie, les troubles de la pigmentation des téguments d'origine nerveuse, certaines sclérodermies, les vergetures de la peau consécutives à certaines maladies (fièvre typhoïde, pleurésies) et dont M. Bouchard a étudié la pathogénie (*), le zona et les dermatoneuroses (^), les arthropathies, les hypertrophies ou atrophies osseuses, toutes les trophonévroses, en un mot, ne sont-elles pas des preuves de l'influence directe exercée par les nerfs ou les centres nerveux sur la nutrition de certaines cellules?
On a beaucoup discuté pour savoir si ces phénomènes ne sont pas seulement le résultat de troubles circulatoires, le système nerveux modifiant les échanges nutritifs d'une façon indirecte par l'intermédiaire des vaso-moteurs. Les œdèmes et les hémorragies consécutifs aux sections nerveuses s'expliquent
(') Société clinique de Paris, 1870.
(") Cf. Dermatoneuroses, dans le Traité descriptif des maladies de la peau, par Leloir et E. Vidal, 1891.