TROUBLES DE LA NUTRITION DANS DES NÉVROSES
évidcmmenl bien ainsi, mais la majorité dos oltscrvateurs contemporains va plus loin et accepte l'action directement tropiiicpic du système nerveux.
On a cité des exemples d'hypertrophie, c'est-à-dire d'accroissement de In nutrition cellulaire, après des sections nerveuses. Adelmann a vu la section dw nerf tibial chez le cheval suivie d'une augmentation de volume du sabot.
Mais, en laissant de côté ces faits spéciaux, on peut admettre qu'il existe dans certaines maladies nerveuses, avec oti sans lésions, des troubles de la nutrition générale, des modifications dans les échanges nutritifs, se traduisant par des oxydations ralenties ou peu accélérées. Les études de ce genre n'ont pas encore été poussées très loin, néanmoins on peut citer certains' résultats. Nous invoquerons comme exemples ce qu'on sait de la nutrition dans la névrose hystérique, dans l'épilepsie et dans l'aliénation mentale.
C'est une opinion assez généralement répandue que chez les liysfériqucs. outre tant d'anomalies du fonctionnement des organes, il existe un trouble de la nutrition par suite duquel ces individus sont capables de vivre longtemps en ne prenant qu'une alimentation insuffisante et sans tomber cependant dans la cachexie, comme cela arriverait infailliblement à d'autres malades. On a dit môme, pour caractériser cette anomalie, que les hystériques étaient capables de vivre comme les animaux hibernants. Il y a dans cette croyance une erreur et un fond de vérité. L'erreur est manifeste, puisque la nutrition des hystériques à l'état normal, c'est-à-dire en dehors de certains accidents déterminés de leur névrose, est une nutrition normale. Mais, dans des conditions particulières, il existe vraiment chez les hystériques un ralentissement de la nutrition.
L'attention a été dès 1871 attirée sur ces faits lorsque Charcot a étudié l'ischurie hystérique et ses rapports avec l'anorexie. En 1873, M. Bouchard démontrait péremptoirement, par le dosage de l'urée dans leurs urines, le ralentissement de la nutrition chez certaines hystériques atteintes de vomissements avec anorexie. En 1870, M. Empereur (') a développé cette idée. Il n'a pas attribué ce ralentissement de la nutrition à l'hystérie en général, mais il a entrepris de prouver que l'arrêt de la nutrition chez les hystériques peut être en relation avec des états pathologiques autres que les vomissements et l'anorexie.
En 1887, MM. Gilles de la Tourette et H. Cathelineau ont repris, à la Salpetrière, dans le service de M. Charcot, l'étude de la nutrition des hystériques.
Ils ont scindé leur travail en deux parties : étude de la nutrition chez l'hystérique normal et dans l'hystérie pathologique.
En comparant les poids des malades, la quantité des urines excrétées, le résidu fixe, la teneur en urée et en phosphates, MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau concluent que « chez l'hystérique, en dehors des manifestations pathologiques de la névrose autres que les stigmates permanents, la nutrition s'effectue normalement. Les hystériques ne constituent pas des êtres à part. Lorsque chez elles l'assimilation ou la désassimilation ne se font pas, leur organisme en supporte parfaitement les conséquences en ce qui regarde l'ensemble des phénomènes biologiques. »
D'ailleurs le sang dans l'hystérie normale, en dehors des cas d'anémie et de chlorose, contient les proportions normales d'hémoglobine (Ouinquaud), d'urée et de glycose (^).
(*) La nutrition dcuis Vhyslérie. Thèse de Paris, 1876. (*) Progrès médical, 14 février 1891.
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Mais, si riiystérique à l'élal normal n'ofïVe pas de troubles nuli-ilifs, il en est autrement quand surviennent certains phénomènes, l'attaque d'hystérie convulsive par exemple.
L'urine émise après les attaques d'hystérie a de tout temps frappé les observateurs. Ces urines claires, aqueuses, pâles, avaient déjà été indiquées par Ilippocrate; Sydenham, et après lui Van Swieten, Gullen, ont répété qu'elles sont un signe caractéristique de l'hystérie. D'après ces anciens observateurs, quand un spasme larvé se résout par des urines claires, abondantes, c'est de l'hystérie. Ils ont exagéré, il y a d'autres états nerveux qui se jugent ainsi; mais ils avaient bien Vu le fait. Plus tard Rollo, Gruikshank ont constaté que ces urines contiennent peu de matières organiques. Rayer y trouve très peu d'urée. Quelques auteurs y ont signalé la présence de matières anomales, le sucre (Gibb, Golden, Reynoso). Gette constatation n'a pas été confirmée; JMichéa n'a pas trouvé de sucre, M. Bouchard non plus.
Mais il y a une modification dans la teneur en matières azotées. MM. G. de la Tourette et Gathelineau (') disent que les urines récoltées pendant vingtquatre heures après l'accès sont en quantité normale ou peu augmentées, mais qu'il y a diminution de la quantité de matières solides, diminution de l'urée et de l'acide phosphorique. Toutefois, il y aurait augmentation relative des phosphates terreux. Ainsi l'acide phosphorique, qui, dosé comme acide phosphorique anhydre, est environ en quantité de oS'",19 par vingt-quatre heures à l'état normal, peut tomber à 1 gramme et même à moins; mais, tandis qu'habituellement 1 partie est combinée à la chaux et à la magnésie, o parties étant combinées à la soude et à la potasse, après l'attaque d'hystérie le rapport tend à se rapprocher de l'unité, ou, si l'on veut, l'acide phosphorique des phosphates terreux ne diminue pas autant que celui des phosphates alcalins, mais pourtant tous deux sont diminués. C'est ce que MM. G. de la Tourette et Gathelineau appellent Yinversion de la formule des phosphates. Ge même trouble nutritif a été constaté par Ghantemesse dans un cas de pseudo-méningite hystérique (^).
Dans certains cas de fièvre chez des hystériques, l'hyperthermie représenterait l'équivalent thermique de l'état de mal hystérique; mais cette hyperthermie peut, suivant R. Vizioli [Ann. di Nevrologia, 1891), ne pas influer du tout sur les échanges organiques, qui peuvent même subir un ralentissement marqué comme celui qu'on voit dans toutes les autres manifestations de l'état de mal hystérique. En raison de ce paradoxe, l'examen des urines pourrait, dans des cas où la nature de la fièvre est douteuse, faire incliner vers une manifestation hystérique, si les urines n'ont qu'une faible teneur en matériaux solides.
Gette notion pourrait servir encore à différencier les convulsions hystériques des convulsions épileptiques, surtout dans les cas de simulation.
En effet, au point de vue des troubles nutritifs attestés par les modifications, de l'excrétion urinaire, l'attaque d'hystérie est inverse de Yaccès d'épilepsie; celui-ci se juge par une augmentation considérable des principes constituants de l'urine (^). Gomme autres troubles de la nutrition, M. Féré a constaté la diminution de la capacité respiratoire chez les épileptiques et il attribue à cette
(') Progrès médical, 4 mai 1889.
(*) Société médicale des hôpitaux, 22 mai 1?91.
(^) Académie des sciences, 14 avril 1890.
TROUBLES DE LA NUTRITION DANS DES NÉVROSES. r>">
hcmalosc insiirfisanlc la frcWincncc de la phtisie chez eux. M. Ilénocque a noté chez ces malades une diiniiiulion dans raclivilé des éciianges (•).
Pour revenir à Thyslérie, dans la grande crise convulsive il y a une modification de la nutrition, et particulièrement une moindre destruction de la matière azotée. Cette modilication, cet arrêt de la nutrition qui existe |)endant l'accès, sont semblables aux troubles que M, Bouchard avait signalés à propos de cet état complexe décrit sous le nom de vomissements hystéi-iques avec anorexie, et qu'il vaudrait mieux désigner sous le nom de ralentissement hystérique de la nutrition (-).
Si chez certaines hystériques la nuti-ition n'est troublée que pendant quelques heures, pendant un jour, elle peut l'être chez d'autres pendant des semaines, des mois. Il y a en efï'et des hystériques qui se mettent à vomir tout ce qu'elles mangent, iut-ce une cuillerée de lait. Le caractère de leurs vomissements est d'être essentiellement alimentaires. Ils se produisent très peu de temps après l'ingestion des aliments, qui sont rejetés sans avoir môme d'odeur aigre, sans avoir subi la moindre transformation digestive. Ces vomissements s'accompagnent toujours d'anorexie; on sait que certaines hystériques ne mangent pas, ou bien ne mangent que quand on les y pousse ou pour obéir aux habitudes sociales. Elles ne mangent pas, ou du moins si peu que quelques-unes peuvent vivre pendant des semaines, des mois, des années d'un œuf à la coque, d'une tasse à café de lait, d'un biscuit par jour, mais elles boivent de l'eau sucrée pour faire de la chaleur. Ces femmes pourtant ne maigrissent pas ou maigrissent très peu; on dirait qu'il se fait une sorte de cristallisation de leur matière; elles diminuent peu de poids et ne fabriquent plus que des quantités très faibles de matières excrémentitielles. Tandis qu'un individu normal en état d'inanition perd 800 grammes par jour, une des malades de IM. Bouchard n'avait perdu que 1 kilogramme en vingt-huit jours. Elle urinait seulement en vingt-quatre heures 250 centimètres cubes d'une densité très faible (1000 à 1010), caractère opposé à celui des urines oliguriques. Il y avait 2s',10 d'urée par vingt-quatre heures. Il n'est pas étonnant qu'elle ait à peine maigri tout en ne mangeant pas, puisqu'elle n'éprouvait presque aucune perte. Dans la thèse d'Empereur, il y a un cas où l'urée était tombée à 0s'',75.
En présence d'une pareille suppression des actes nutritifs il y avait lieu de supposer que d'autres troubles devaient exister dans les fonctions connexes. Empereur dit avoir constaté simultanément une diminution des actes respiratoires : la quantité d'air inspiré diminuerait de moitié, et l'air perdrait moins d'oxygène en traversant le poumon. La température, malgré cette hypohématose, ne s'abaisse pourtant qu'exceptionnellement.
Une telle vie n'est pas une vie normale, quoiqu'elle puisse durer des années. Les malades en question ne sont pas seulement comme certains hommes qui diffèrent de leurs voisins parce qu'ils livrent aux émonctoires moins d'urée par kilogramme, comme ces vieillards chez lesquels la nutrition est ralentie dans tous ses modes; il ne s'agit plus seulement de ces variations relatives dans l'intensité de la nutrition qui s'accommodent avec la vie normale. Chez les hystériques dont la nutrition est perturbée, des troubles fonctionnels finissent par apparaître; elles ont une faiblesse croissante, du tremblement amyosthé-
(') Société de biologie, 18 mai 1889.
(-) Leçons faites à la Charité le 1"'' el le 8 mai 1875 et inibliées dans le Mouvement mcdiml du 28 juin el du 5 juillet 1875.
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55i COMMENT LA NUTRITION EST MODIFIÉE PAR LES MALADIES.
nique à la moindre tentative d'exercice. Enfin un accident grave peut survenir chez ces malades, c'est la tuberculisation à laquelle prédispose toute détérioration de l'économie. On a dit qu'il était heureux pour une jeune fille phtisique de devenir hystérique, parce qu'il en résultait une transformation avantageuse de sa phtisie. On a voulu dire par là (jue les phlisicjiics hystériques détruisent moins de matière et arrivent au marasme moins rapidement — opinion basée sur cette autre erreur, que la nutrition serait ralentie chez les hystérique^ d'une façon habituelle. La vérité est que les phtisiques qui deviennent hystériques ne se portent pas mieux; quant aux hystériques, qui, devenues phtisiques, ont une phtisie à évolution lente, on peut peut-être expliquer la lenteur de cette évolution chez elles par ce fait que les hystériques sont très souvent des arthritiques et que l'arthritisme n'est pas un terrain favorable au bacille tuberculeux. Ajoutons que, si les malades qui ont des vomissements hystériques avec anorexie deviennent phtisiques, c'est qu'elles subissent à cause de la diminution de leur nutrition une déchéance; elles perdent leur force de résistance soit par suite d'une détérioration chimique qui crée un milieu favorable au développement des bacilles, soit parce que les cellules, ayant une vie moins intense, remplissent moins complètement leurs fonctions de phagocytes et ne réussissent plus à dévorer les microbes.
MM. G. de la Tourette et Cathelineau (') ont aussi étudié la nutrition dans r hypnotisme-^ chez trois hystériques, hypnotisables, plongées pendant une heure dans une période du grand hypnotisme (léthargie, catalepsie et somnambulisme), ces observateurs ont constaté une diminution du volume de l'urine et de la quantité de tous les excréta urinaires, résidu fixe, urée, phosphates avec inversion de la formule de ceux-ci. C'est surtout pendant la catalepsie et la léthargie prolongées que ces troubles nutritifs s'opèrent. Il y donc parenté étroite au point de vue des modifications chimiques entre l'hystérie et l'hypnotisme, et en outre on voit que l'hypnotisme doit être envisagé comme un état pathologique.
Dans Y aliénation mentale la nutrition subit des altérations profondes; ce qui cadre bien avec cette opinion que « la folie est une maladie de l'être tout entier » (Bail). Il est facile de prouver ces troubles de la nutrition chez les aliénés par l'examen rapide des principales fonctions organiques (^). Et d'abord les pesées régulièrement faites ont montré qu'à la période prodromique de presque toutes les maladies mentales l'amaigrissement est rapide, considérable et difficilement explicable par les causes ordinaires. A la période d'invasion des conceptions délirantes la perte de poids continue, mais plutôt moins accentuée. Dans la période d'état, quand l'intelligence est annulée, l'embonpoint peut reparaître, si les fonctions digestives sont convenables. A la période terminale, il peut y avoir une augmentation considérable du poids par obésité, même quand la terminaison est mauvaise comme l'établissement définitif de la démence. Mais, dans les cas qui se terminent par le retour à la guérison, Nasse a le premier montré que le rapide accroissement du poids est un signe de convalescence, surtout chez les jeunes gens et les femmes. On a vu cet accroissement atteindre 200 à 500 grammes par jour, et aller jusqu'à faire gagner au sujet 50, 40 et jusqu'à 100 pour 100 de son poids primitif.
(*) Progrès médical, 26 avril 1890.
(*) Ball, Leçons sur les maladies mentales, 2" édit., 1890.
THOUBLKS DE LA NUTRITION" DANS L'ALIKNA'ilON MENTALK. "yv>
L'cxcn'lion urinairo prrsonle de nombreuses niodificalions suivant la nature (les Irouhles uienlaux. Dans la mélancolie el les formes dépressives, les malades urinent peu, l'urine est plus dense, l'urée et les chlorures diminuent, l'acide ui'ique et les urales augmentent; bref, la nutrition est ralentie. Dans la manie, il y a une diminution des phosphates non seulement d'une manière absolue, mais encore proportionnellement aux autres déchets organicpu's. Dans la démence, l'excrétion urinaire est diminuée quantitativement et qualitativement. Dans la manie l'urine perd une grande partie de sa toxicité par suite d'une réienlion morbide des déchels normaux toxiques de l'organisme (Chevalier- La\aure) ('). MM. Weil et Dubois (de Lyon) ont aussi prouvé expérimentalement (juc l'urine de certains vésani([ues est beaucoup moins toxique que l'urine normale (î2'' Congrès de médecine mentale^ à Lyon, 7 août 1891). Cette diminution de la toxicité ne peut s'expliquer que par la rétention élective de ceitaines toxines par le rein ou par une déviation de la nutrition sous l'influence de la perturbation nerveuse.
.Mairet et Bosc ont étudié la toxicité de l'urine chez des malades atteints de manie, de stupeur, de lypémanie, de folie des persécutions et de démence sénile. Tantôt ils ont reproduit seulement le tableau de l'intoxication par l'urine normale, tantôt l'urine a donné naissance à des symptômes nouveaux et cette toxicité spéciale a persisté jusqu'à ce que l'individu fût rentré dans l'état normal. Ils en concluent que, dans le premier cas, il s'agissait seulement de névroses, et, dans le second, de troubles physiques plus profonds {Ann. méd. imych., janvier 1892).
En dehors de toute lésion rénale ou cardiaque, l'albuminurie s'observe assez souvent chez les aliénés; plus souvent encore, la glycosurie et l'oxalurie ont été signalées par Lindsay (').
Les autres sécrétions trahissent encore par leurs troubles l'altération générale (le la nutrition et celle du système nerveux. La sécrétion sudorale est génél'alement diminuée, la peau sèche, l'épiderme cassant et fendillé, en dehors des crises d'agitation où existent des sueurs profuses. La séborrhée fréquente est en rapport avec la mauvaise assimilation des graisses; leur décomposition aboutit à l'élimination d'acides gras volatils par la peau et le poumon, d'oi^i l'odeur fétide de la peau et de l'haleine qui communique aux salles d'aliénés une odeur spéciale, distincte de celle des salles de gâteux, distincte aussi de toutes les autres odeurs répugnantes des prisons, des chambrées de casernes et des dortoirs de pensionnats.
On observe encore, comme signes de troubles nutritifs chez les aliénés, la fragilité des ongles, qui se fendillent; l'état cassant des cheveux, leur coloration terne, leur chute précoce. La mélanodermie se voit assez souvent sous forme de taches pigmentaires ou d'une teinte brunâtre générale de la peau.
La salive, sécrétée en très petite quantité chez les mélancoliques, est plus abondante qu'à l'état normal chez les maniaques, qui ont une sputation fréquente et dont la salive épaissie et visqueuse présente assez souvent les caractères de la salive sécrétée sous l'influence de l'excitation du grand sympathique.
La sécrétion du suc gastrique est plus ou moins diminuée chez les mélancoliques, d'où l'horreur qu'ils ont souvent pour l'alimentation; elle est augmentée au contraire chez les maniaques et les déments, qui ont un besoin de manger
(') Des auto-iiiloxicalions dans les maladies mentales. Thèse de Hor(ieaux, 18U0. — Cf. .Iean T(tv. Gh/rosuric et psychoses. Thèse de Lyon, 1895.
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536 COMMENT LA NyTRITION EST MODIFIÉE PAR LES MALADIES.
fréquent, impérieux, el chez lesquels la digestion de masses considérables d'aliments s'opère avec une rapidité quelquefois surprenante. On n'a guère publié d'analyses du suc gastrique des aliénés, mais il y a présomption pour que l'hypo- ou l'anachlorhydrie existe dans les états dépressifs, et l'iiyperchlorhydrie chez les agités. On voit des aliénés mangeurs voraces qui restent toujours d'une maigreur extrême; si la digestion chez eux se fait bien, l'assimilation est entravée. La constipation, qui est si fréquente chez les aliéné;^, tient probablement à la diminution du suc intestinal et à l'insuffisance de la fonction biliaire. L'auto-intoxication par dilatation de l'estomac (Bettencourt-Rodrigues) et par stercorémie n'est pas sans jouer quelque rôle dans certains états de fièvre et de troubles généraux sans lésion organique palpable. Tous les aliénistes sont d'accord sur l'utilité des purgatifs fréquents chez leurs malades, et, depuis que l'antisepsie intestinale est vulgarisée, plusieurs qui l'ont instituée de temps en temps chez les aliénés soumis à leurs soins s'en sont loués. Le lavage de l'estomac a donné de bons résultats contre la sitiophobie lypémaniaque et la lypémanie (E. Régis).
Une preuve qui doit être encore invoquée à l'appui du trouble de la nutrition chez les aliénés est l'abaissement fréquent de la température centrale chez les mélancoliques; on l'a vue descendre jusqu'à 55 degrés dans le rectum; elle s'abaisse encore bien davantage, jusqu'à 50, .28, 25 degrés dans des cas de collapsus qui viennent brusquement terminer la vie de ces malades. Quand la température, par contre, s'élève chez un aliéné, c'est d'ordinaire l'indice de quelque raptus congestif des centres nerveux, prélude d'une période d'excitation.
Les troubles de la nutrition portent encore d'une manière remarquable sur les tissus cartilagineux et osseux des aliénés. La fréquence des hématomes de l'oreille, la facilité avec laquelle les côtes se fracturent, l'ostéomalacie en sont la preuve : le tissu osseux perd une partie de ses sels calcaires et subit la dégénérescence graisseuse. C'est encore aux troubles de nutrition du système vasculaire que se rapportent le purpura, les taches eccliymotiques si fréquentes chez certains aliénés.
Mais, en dehors de l'existence chez les aliénés de troubles de la nutrition dépendant de leur maladie mentale, la question a été posée par de récentes recherches de savoir si dç'n troubles de la nutrition primitifs ne ^oni pas dans certains cas la cause de VaUénation mentale. On admet des folies toxiques par poisons d'origine extérieure (médicamenteux ou alimentaires) ; il y en a peutêtre aussi qui sont causées par des poisons engendrés au sein de l'organisme, soit dans le tube digestif par les fermentations pathologiques, soit dans l'intimité même des tissus par une perturbation de l'activité cellulaire ; tel est ce cas de délire vésanique relié à un trouble profond de la nutrition publié par M. Gilbert Ballet ('). Ce seraient là des folies par trouble de la nutrition.
Les troubles de la nutrition primitifs ou préalables, qui constituent le troisième processus pathogénique admis par M. Bouchard, nous les étudierons dans la seconde partie de ce travail. Ce sont eux qui, constituant les diathèses quand ils sont permanents, ou créant des opportunités morbides temporaires, régissent le plus grand nombre des maladies chroniques, et expliquent l'apparition de beaucoup de maladies aiguës. Par suite des modifications chimiques
(*) Soc. méd. des hôpitaux, 1803.