DÉMONSTRATION DU RALENTISSEMENT DE LA NUTRITION
par Tun d'eux. MM. Cliauveau cl KanCniann, dans dos analyses praliciuécs plus réccmmenL el en s'entouranl de loiiles les garanlies d'exactitude, ont trouve que le kilogramme de sang, en traversant les muscles, ne perd que 12 centigrammes de sucre, et qu'il en perd seulement 2 centigrammes en traversant les glandes. Nous ne sommes pas renseignés pour les autres tissus; mais, comme les muscles et les glandes sont les tissus où le dégagement de chaleur est le plus manileste, il est vraisemblable (pu^ la consommation est encore moindre dans ce^pii n'est ni muscle ni glande. En tenant compte de la part qui revient aux muscles dans la masse totale du corps, la perte moyenne de sucre par kilogramme de sang et par révolution totale ne serait guère que de 4 centigrammes, ce qui pour un homme de 65 kilogrammes donnerait en vingt-quatre heures 370 grammes. Il y a sans doute quelque chose de fortuit dans cette identité entre le chifîre calculé et le chiffre mesuré, et d'ailleurs, d'après mon tableau, le jeune homme perd plus et le vieillard perd moins.
Quantité de sucre qui pourrait être détruite. — Nous venons de voir comment on peut déterminer la quantité du sucre élaboré. Il est beaucoup plus important, au point de vue de la doctrine du diabète, de savoir quelle quantité de sucre les tissus seraient capables de détruire. Le jeune homme de dix-sept ans qui figure au tableau et qui consommait par kilogramme corporel 78'",20 de sucre, en détruisait en vingt-quatre heures 565 grammes. Il fut soumis pendant cinq jours au régime que j'ai indiqué précédemment, mais cette fois il prenait 600 grammes de sucre en vingt-quatre heures. Pendant ce temps la moyenne de l'azote urinaire total a été, par jour, de I8s'",17. On en peut déduire que le sucre produit par l'élaboration de l'albumine comptait pour ÔSe^BO et le sucre ingéré pour 600 grammes, soit 668s',o0 qui étaient mis à la disposition de l'organisme par période de vingt-quatre heures. Il n'y a pas eu pendant tout ce temps élimination de sucre par les urines. L'élaboration du sucre a donc été en vingt-quatre heures de los^^O par kilogramme corporel et j'ajoute de 95s'',50 par kilogramme d'albumine fixe. Je n'ai pas poussé plus loin chez lui l'ingestion du sucre et c'eût été sans utilité, car tout ce sucre consommé n'était pas du sucre brûlé, la preuve en est que le foie pendant ces quatre jours avait augmenté de v^olume au point de dépasser de deux travers de doigt le rebord costal, et qu'après retour au régime normal l'organe a mis quatre jours pour reprendre ses dimensions primitives. Cela montre avec quelle facilité le foie conserve à l'état de glycogène les hydrates de carbone, s'ils sont ingérés en excès ou hors de proportion avec les besoins d'énergie de l'organisme. Cela montre aussi quelle quantité considérable de sucre peut disparaître avant que la glycosurie intervienne.
Chez l'homme de quarante ans soumis au même régime, la glycosurie avait apparu; la consommation maxima du sucre s'était élevée à 98'',10 par kilogramme corporel, à 61 -',50 par kilogramme d'albumine fixe.
C'est la reproduction chez l'homme, faite d'une façon absolument inoffensive, d'expériences qui remontent à dix-sept ans (octobre 1881) et dans lesquelles j'ai démontré que le chien est capable de consommer en vingt-quatre heures par kilogramme corporel o^^ôO de sucre de plus qu'il ne consomme normalement. Cette consommation excédente possible était de 5 grammes chez le jeune homme de dix-sept ans, de oî-''',60 chez l'homme de quarante ans. Je rappelle sommairement mes expériences chez l'animal :
Une chienne de I5''s,500 reçoit pendant deux heures, par injection intra-
[P. LE GENDRE. "i
5i8 DIABÈTE SUCRÉ.
veineuse, toutes les douze secondes, 1/2 centimètre cube d'une solution de glycose à 1/7, en tout 42s',90; une glycosurie al)ondante survient qui cesse une heure quarante-quatre minutes après la fin de l'injection. La totalité des urines recueillies pendant les trois heures quarante-quatre minutes renferme oi^'^Ooi de sucre: c'est donc une consommation de 7fe'',9i6, car l'animal sacrifié immédiatement n'avait de sucre ni dans la bave ni dans le contenu de l'estomac ou de l'intestin, ni dans le liquide péritonéal.
Cette consommation correspondant à 26 décimilligrammes par kilogramme corporel et par minute, on injecte encore par voie intraveineuse, à un chien de •4 kilogrammes, i centigramme de sucre par minute, à peu près la même proportion. L'injection est continuée pendant deux heures : la glycosurie n'apparaît pas. Cet animal était donc capable de détruire, en sus de ce qu'il détruit normalement, os^60 de sucre par kilogramme corporel et par vingt-quatre heures.
Ainsi, pour que le sucre s'accumule dans le sang, il ne suffit pas que le sucre ingéré ou produit dépasse le chiffre consommé normalement, il faut qu'il dépasse encore la quantité que l'organisme est capable de consommer en plus de ce qu'il consomme normalement; il faut qu'il dépasse ce que j'ai appelé r « avidité des tissus pour le sucre ». Alors la glycémie atteint et dépasse môme Ss^ôO à 5 grammes par kilogramme de sang; alors la glycosurie apparaît qui agit comme modératrice de la glycémie, de même que, quand la température du corps s'élève, la sueur survient qui agit comme modératrice de la température. Les choses se passent ainsi dans nos expériences; en est-il de même dans le diabète?
La glycomrie diabétique ne dépend pas de Vexcès du sucre produit. — Le sucre urinaire éliminé en vingt-quatre heures a pu atteindre le chiffre énorme de 1 500 grammes (Dickinson), Si l'on ajoutait à ce chiffre les 670 grammes de sucre que le jeune homme de dix-sept ans était capable de consommer en vingtquatre heures, ou les 470 grammes qui correspondaient à l'activité des tissus de l'homme de q\iarante ans, on aurait quelque chose comme 2 000 grammes de sucre, soit consommés, soit éliminés et par conséquent formés ou introduits dans une période de vingt-quatre heures. Cela supposerait un apport énorme dans lequel les hydrates de carbone auraient sans doute la part la plus importante. Mais, si l'on supprime totalement le sucre alimentaire et tout hydrate de carbone, le sucre chez les diabétiques peut néanmoins rester présent dans l'urine, en moindre quantité assurément, mais on peut doser encore 100, loO, 200 grammes. Prenons des chiffres modérés, 500 grammes pour l'avidité normale des tissus pour le sucre, 100 grammes pour le sucre éliminé par les urines. C'est un total de 600 grammes de sucre que l'économie a eu à sa disposition en vingt-quatre heures, alors qu'elle n'avait pas reçu une molécule sucrée de l'extérieur. D'où ces 600 grammes de sucre peuvent-ils venir? De la graisse ou de l'albumine? Pour que la graisse pût les produire, il en faudrait 6 kilogrammes par jour : on ne conçoit guère la possibilité de l'ingestion d'une telle quantité de graisse et encore moins de sa digestion et de son absorption. Si cette graisse n'était pas ingérée, il faudrait qu'elle fût prise aux tissus; or, l'organisme total n'en contient guère que de 6 à 9 kilogrammes. Les 600 grammes de sucre auraient-ils donc pour origine l'albumine élaborée? Mais cela supposerait une destruction quotidienne de 1 075 grammes d'albumine que le diabétique ne pourrait trouver que dans l'ingestion de plus de 5 kilogrammes de viande ou