‹ Traité de médecineChapitre 187 sur 207 · SYNDROME DE CAUSES DIVERSES. G · texte numérisé non relu

SYNDROME DE CAUSES DIVERSES. G

P. Londc considère le rhumatisme chronique « comme une àfleclion régionale; dont les districts relèvent sans doute d'un trouble trophique d'origine centrale (d'où l'influence de la tare héréditaire) et dans laquelle à l'arthropathie, phénomène essentiel (d'origine infectieuse ou autre), s'adjoignent des phénomènes purement nerveux, contracture, atrophie musculaire, néviite. Le rhumatisme chronique ressemble surtout à l'arthropathie névritique ». (Nouvelle iconographie de la Salpêtrière.) Cf. Massalongo (8"= Congrès de la Société italienne de Médecine interne, 1897).

Récemment une tendance s'est manifestée à dissocier les diverses formes d(; rhumatisme chronique au point de vue étiologique, mais à les fusionner, au point de vue de la description des lésions et des symptômes, en un syndrome unique, aboutissant de causes disparates, le syndrome rhumatismal chronijinf déformant (Barjon)(').

L'auteur rappelle qu'on a compris de trois manières les relations entre le rhumatisme articulaire aigu et le rhumatisme chronique déformant : comme deux maladies essentiellement différentes, la seconde ne dérivant jamais de la première (Lancereaux); — comme pouvant coexister, mais sans lien direct, la première pouvant tout au plus prédisposer à la seconde ; — comme deux maladies de la même famille, mais le rhumatisme chronique dérivant tantôt du rhumatisme aigu (rhumatisme infectieux), tantôt s'installant d'emblée (rhumatisme diathésique, trophonévrose). M. Barjon ne trouve aucune distinction à établir entre ces deux formes ni au point de vue des cardiopathies concomitantes, ni au point de vue des autres états pathologiques coexistants : diabète, obésité, asthme, artério-sclérose avec néphrite chronique, tuberculose pulmonaire. Il rappelle que M. Bouchard a tiré du chaos du rhumatisme aigu les arthropathies infectieuses sous le nom de pseudo-rhumatismes et admet que certains pseudo-rhumatismes infectieux peuvent devenir chroniques et déformants : type blennorrhagique, type scarlatineux, type tuberculeux non encore connu et que M. Barjon décrit (polyarthropathies simulant l'aspect du rhumatisme chronique chez des tuberculeux ou fils de tuberculeux et coïncidant avec d'autres arthropathies qui ont l'aspect typique des tumeurs blanches).

M. Barjon repousse la théorie qui attribue une origine nerveuse au rhumatisme chronique ; il combat les arguments qui ont été invoqués : ressemblance entre le rhumatisme chronique et les arthropathies incontestablement nerveuses (tabès, syringomyélie, paralysie générale), — coexistence de symptômes nerveux (atrophie musculaire, spasme, contractures, exagération des réflexes, troubles trophiques, de la peau, etc.). Les arthropathies nerveuses ont un début brusque, non douloureux, une évolution chronique progressive indolore, une localisation sur une ou deux grandes articulations seulement, l'absence de symétrie, la dislocation totale et précoce, les mouvements anormaux étendus sans tendance à l'ankylose. — L'amyotrophie signalée dans toute arthrite chronique, et las troubles trophiques des téguments sont toujours consécutifs dans le rhumatisme déformant. Les névrites périphériques et les altérations des cellules de la moelle signalées par Pitres et Vaillard, Klippel, Moussons, Massalongo, n'ont été vues que dans des cas trop peu nombreux encore pour servir d'appui à la théorie nerveuse.

Quant aux rapports du rhumatisme chronique et de la goutte, ^L Barjon les

(') Du syndrome rhumatismal chronique déformant. Lyon. 1897.

TRAITÉ DE MÉDECINE, 2"= édit. — \. 40

[r LE GENDRZ ]

résume on disant que dans une première période on les a confondus et dans la période suivante totalement séparés, dans la période contemporaine on a admis le rhumatisme goutteux comme un rhumatisme chronique évoluant sur un terrain qui semblait préparé pour la goutte, et il y a des auteurs qui voient une parenté entre le rhumatisme chronique simple, le rhumatisme vague, ostéalgique, la rétraction de l'aponévrose palmaire, les nodosités d'Heberden. Mais le rhumatisme goutteux s'attaquerait de préférence aux synoviales, et, demeurant bénin, n'aboutirait pas aux déformations et à la griffe du rhumatisme chronique. M. Barjon conclut ainsi : les diverses formes de rhumatisme cln^onifjue. infectieux, tropho-névrotique, goutteux, souvent liées entre elles par un syndrome articulaire fixe, peuvent être rangées dans un même groupe nosologique sous le nom de syndrome rhumatismal chronique déformant, évoluant en trois périodes. Dans la première (période articulaire), on assiste à Féclosion des manifestations articulaires qui sont toujours primitives, à des poussées aiguës, subaiguës ou chroniques d'emblée, mais toujours douloureuses; parfois à l'établissement d'une complication viscérale. Dans une seconde période (névro-trophique) se produisent les troubles trophiques : amyotrophie, troubles vaso-moteurs ou cutanés, contracture, rétraction. Dans la troisième (myélopathique), les symptômes nerveux prédominent sur les symptômes articulaires. Les malades prennent l'aspect de médullaires. Le syndrome rhumatismal chronique déformant se développe chez des débilités, des prédisposés, des héréditaires, sous des influences pathogéniques multiples : rhumatisme articulaire, pseudo-rhumatismes (maladies infectieuses diverses, blennorrhagie. scarlatine, tuberculose, diphtérie, etc.); il s'accompagne toujours des mêmes lésions anatomiques essentielles au niveau des articulations et des extrémités osseuses et avec une courbe uroséméiographique identique (').

Traitement. — En premier lieu, il est indispensable d'instituer une hygiène excellente. Pour soustraire les sujets à l'influence du froid humide, il faudra quelquefois les faire changer de pays ou de climat, ou simplement d'habitation, en tous cas, les habiller chaudement. Il devront n'avoir que des étoffes de laine en contact avec la peau, et coucher dans des draps de flanelle. Il faudra élever le taux de leur ^"italité dans la forme torpide par une alimentation reconstituante, chez certains sujets à bon estomac par de hautes doses d'huile de foie de morue, par le fer chez les individus anémiques encore jeunes : chez tous, par des frictions sèches, alcooliques, térébenthinées sur la peau (-).

Dans les manifestations douloureuses aiguës ou subaiguës, on a obtenu parfois quelque sédation par le salicylate de soude; mais le plus habituellement il n'y a guère à y compter. L'antipyrine rend plus de services; le salol aussi. M. J. Simon préconise pour les enfants la teinture de colchique, à la dose de 4 à 10 gouttes par jour, en deux fois: ce médicament -sera donné pendant 15 jours de suite, à doses croissantes, puis décroissantes, et devra être repris tous les mois pendant 15 jours, jusqu'à ce que les douleurs aiguës aient disparu depuis longtemps. Comme calmants des douleurs, le cliloral, la phénacétine ne mont pas donné grands résultats. Desnos a vanté Ihexalgine. J'ai vu tout échouer dans les cas vraiment graves, sauf les opiacés. Charcot

(*) Cf. M. Casal, De Fétiologie du liiuinatisme chronique défonnant des extrémités à la Salpètrière. Thèse de Paris, 1897, n° 472. (*) Œttixger, Thérapeutique du rhumatisme. 0. Doin, 1896.

(Irclnrail (l(''jà on IROfi que, dans les cas où il y a des pliénomènes d'aniilé, on devrait prescrire ropium; il conseillait aussi le sulfate de quinine.

Le trailemcnt auquel il accordait alors le plus de confiance, d'après son expérience personnelle, était l'emploi des alcalins à Jiaicte dose, combiné à la (juinine. Il a souvent prescrit de 50 à 40 grammes de carbonate de soude paijour, pendant plusieurs semaines, avec des résultats avantageux; il n'a jamais vu se produire les symptômes d'une « dissolution du sang », cette fameuse cachexie alcaline dont la crainte paraît avoir hanté certains médecins d'une autre génération et dont on n'a plus guère vu d'exemples. Les malades ainsi soumis à la médication alcaline intensive ont souvent paru à Charcot avoir une certaine tendance à engraisser, et ils ont éprouvé au moins un certain soulagement pendant les exacerbations fébriles de la maladie.

En dehors des phases d'acuité et de subacuité, comme médication prétendant à modifier profondément la nutrition et à guérir, nous nous trouvons en présence de deux : la médication iodique et la médication arsenicale.

L'iode a été employé surtout sous la forme d'iodures alcalins, d'iodure de potassium surtout, de sodium, de calcium (Trastour), de lithium.

Lasègue préconisait exclusivement la teinture d'iode{^). Il insistait beaucoup sur la différence d'action qu'il y a entre celle-ci et l'iodure de potassium. « De ce que l'un des remèdes a été actif ou impuissant, on n'a pas le droit de conclure à l'activité ou à l'inefficacité de l'autre. Après des expériences multiples, Lasègue affirmait que, même à des doses qui dépassent celles qu'on a prescrites habituellement, l'indigestion de l'iode est exempte d'inconvénients. Seulement comme le fer, et plus encore que pour les préparations martiales, il doit être de règle absolue de n'administrer l'iode qu'au moment du repas. L'estomac, à l'état de vacuité, le tolère difficilement, et il occasionne des gastralgies qui ont une frappante analogie avec celles que les ferrugineux provoquent chez certains malades. Pris pendant le repas, il active la digestion plutôt qu'il ne l'entrave, et, sous ce rapport même, il ne serait pas déplacé parmi les stimulants digestifs. Jamais il ne cause ni douleurs, ni vomissements, ni diarrhée, ni accidents gastriques d'aucun ordre, quelle que soit la susceptibilité des sujets. » La dose que Lasègue prescrivait était élevée progressivement de 8 ou 10 gouttes deux fois par jour, à 5 ou 6 grammes pendant le repas, en prenant pour excipient une peu d'eau sucrée ou de préférence devin d'Espagne qui masque mieux la saveur. Il n'y a jamais eu d'ivresse iodique ou d'amaigrissement appréciable : les malades n'ont même jamais accusé le dégoût qu'entraîne si souvent un remède d'une saveur très prononcée longtemps continué.

Larsenic a été employé par les médecins de tous pays. Il a produit quelquefois une amélioration notable, d'autres fois il a échoué complètement. Charcot le croit sans efi'et ou même nuisible dans les cas très invétérés de rhumatisme noueux et lorsque la maladie s'est déclarée dans un âge avancé. « L'un des premiers elTets de l'emploi du médicament, dit-il, est souvent de réveiller les douleurs et de les exaspérer, dans les jointures habituellement et

(') Études médicales, t. II, p. ()79.

[P. LE GENDRE.'i

628 RHUMATISME CHROMOUE PROGRESSIF.

plus profondément affectées. Quelquefois môme la rougeur et le gonflement se manifestent là où ils n'existaient pas, et l'on peut être obligé de suspendre momentanément le traitement. Mais en général la tolérance s'établit au boul de quelques jours, et l'on peut alors progressivement élever la dose. Il esl avantageux d'administrer l'arsenic sous forme de liqueur de Fowler à la dose de deux à six gouttes, et suivant la méthode anglaise, c'est-à-dire peu de temps après les repas. »

N. Zolatavine {Vratch, 1897, et Nouveaux Remèdes, 1897, nov.) rapporte un résultat très satisfaisant obtenu par l'emploi de Yacide lactique, à la dose quotidienne de 10 à 12 gouttes dans une assiette de lait caillé et pendant une année.

Charcot a employé la teinture, ammoniacale de gaïac avec des résultats analogues à ceux de l'arsenic ; d'abord exaspération des accidents locaux, puis amélioration notable,

La médication antiseptique, générale et gastro-intestinale a été essayée bien des fois. Bannatyne a recommandé la créosote, le carbonate de gaïacol, le benzosol, M. Bouchard a conseillé le naphtol, P. Marie, le salol.

L'arsenic a été surtout employé sous forme de bains arsenicaux par Noël G. de Mussy('). Au point de vue de leur emploi, cet excellent médecin distinguait les cas dans lesquels la maladie est franchement chronique d'emblée ou devenue telle après effacement complet des caractères d'acuité du début, les phénomènes réactionnels nuls ou peu accentués, et l'excitabilité nerveuse, modérée. Dans ce cas, G. de Mussy faisait dissoudre dans chaque bain 100 à 150 grammes de sous-carbonate de soude, 1 à 8 grammes d'arséniate de soude. En même temps il prescrivait à l'intérieur, en potion ou en pilules, 50 centigrammes à 1 gramme d'extrait de quinquina et 25 à 75 centigrammes d'iodure de potassium, médication interne administrée en plusieurs doses avant les repas et gouvernée de manière à ne pas fatiguer les organes digestifs.

L'association de l'arséniate et du carbonate sodique paraissait à l'auteur plus puissamment résolutive, mais beaucoup plus excitante que l'arséniate seul ; c'est à celui-ci qu'il avait recours dans les cas où le rhumatisme est subaigu par sa forme, chronique par sa durée, avec une excitabilité nerveuse excessive retentissant sur l'appareil circulatoire, ou bien encore dans les cas où la maladie est constituée par une série de paroxymes, de bouffées fluxionnaires qui s'éteignent pour renaître et se succèdent les unes aux autres. Alors on met dans chaque bain 2 à 10 grammes d'arséniate de soude seul, en y ajoutant quelquefois 250 grammes de gélatine. Toutefois on peut, même dans ces cas, ajouter une quantité variable de sous-carbonate de soude, en la proportionnant à l'excitabilité du sujet. Chez les sujets très débilités on peut ajouter du chlorure de sodium ou associer l'arséniate de soude au polysulfure de sodium.

Les bains doivent être pris tièdes, entre 55 et 56 degrés centigrades, et la température doit être gouvernée de manière à ce que les malades s'y trouvent agréablement pendant toute la durée, qui est de trois quarts d'heure à une heure et demie. Après chaque bain le malade doit garder le lit pendant une heure ou deux, afin de ne pas troubler par le moindre refroidissement le mou-

(1) Cliniques de rHôtel-Dieu, 1874.

TRAITEMENT. (j2'J

vemcnL fluxionnaire périphéi-ixpio, J'Jiypercrinio cutanée ((u'amène souvent lo bain. An début du traitement, on donne un bain tous les deux jours; s'ils sont bien supportés, on en donne deux, trois, quatre de suite, en ménageant des i-epos de temps en temps afin de laisser la stimulation qu'il déterminent se modérer et se régulariser pour accomplir son efTet consécutif d'apaisement.

Quand les bains exaspèrent momentanément les douleurs, on peut donner ù l'intérieur la poudre de semences de ciguë, en pilules de 5 à 10 centigrammes, associée, en cas d'insomnie, ci quelque préparation opiacée (poudi-e de Dowei-, masse de cynoglosse).

D'après Guéneau de Mussy, les effets des bains arsenicaux sont les uns immédiats, les autres plus tardifs. « La plupart des malades éprouvent pendant le bain de légers picotements de la peau avec un sentiment de mieux-élre, de souplesse dans les articulations et d'énergie musculaire qu'ils conservent pendant quelque temps après être sortis du bain. Quand ils sont replacés dans leur lit, leur peau devient le siège d'une chaleur diffuse, de prurit et souvent de moiteur. Comme la fonction sudorifique, la l'onction rénale est généralement augmentée.

Après ces premiers effets, il n'est pas rare que les malades accusent une exacerbation des douleurs, accompagnée quelquefois de craquements dans les articulations malades. Outre les calmants à l'intérieur, on peut alors prescrire en applications topiques un Uniment renfermant pour 200 grammes de véhicule des extraits de belladone, de ciguë, de jusquiame, thébaïque (de chaque o grammes). Il faut rassurer le malade sur cette exagération passagère de ses souffrances et lui faire entrevoir qu'elle annonce un travail réparateur favorable. Quand les malades, sans éprouver de douleurs vives, sont tourmentés par de l'agitation, des inquiétudes dans les membres, une sensation de chaleur et de prurit trop accusée, on emploie l'arséniate de soude seul, comme il a été dit plus haut, ou on espace les bains.

Comme incidents à signaler chez certains malades, N. G. de Mussy cite une éruption érythémateuse très prurigineuse, parfois limitée aux articulations du genou et du coude dans le sens de l'extension ; quelquefois de la diarrhée après vomissements.

Quant au bénéfice local obtenu, il serait le suivant, d'après le même auteur : Souvent, après un petit nombre de bains, la tuméfaction a diminué; la souplesse remplace la rigidité des articulations. Quand les désordres du squelette ne sont pas trop considérables, les membres déviés reprennent peu à peu leur direction normale. La déformation ne disparaît pas complètement, mais elle diminue, et surtout elle cesse de mettre obstacle à l'action des membres. Il est probable que ce travail réparateur agit efficacement sur les lésions osseuses les plus récentes et sur les dépôts morbides développés dans les parties molles. En même temps les muscles qui s'étaient atrophiés par défaut d'exercice semblent se développer; les espaces intercostaux sont moins déprimés.

Dès que la maladie est enrayée, quand la fluxion articulaire a diminué, le massage, les exercices rythmés et répétés plusieurs fois chaque jour, principalement dans le bain, contribuent puissamment à hâter le retour des membres à leur direction normale et le rétablissement de leurs fonctions. Les premières fois, ces manœuvres sont douloureuses et accompagnées de craquements qui ne dépendent pas seulement du frottement des surfaces articulaires altérées, mais de la rupture des brides qui s'opposent à leur mouvement. Il faut y procéder avec une grande prudence, graduer l'étendue et la durée de ces mouvements,

[P. LE GENDRE.-

iw rompre chaque jour qu'un pelil nombre de ces adhérences morbides, sou? peine de s'exposer à des accidents inflammatoires.

Dans quelques cas la modification a été aussi rapide que profonde. Une malade, impotente depuis sept ans, a pu marcher, se servir de ses membres après une vingtaine de bains, et un an après, bien qu'elle exerçât un métier fatigant, son rélablissement ne s'était pas démenti. Le plus souvent, soulagés après sept ou huit bains, les malades en ont dû prendre une trentaine au moins pour l'ecouvrer l'usage des articulations.

Dans quelques cas cette médication a soulagé sans guérir ; plus rarement elle a complètement échoué. La variété malheureusement assez commune d'arthrite rhumatismale chronique qui revêt l'apparence fongueuse avec empâtement élastique, fausse fluctuation caractéristique du développement des fongosités articulaires et qui peut occuper plusieurs articulations (genoux, cous-de-pied, poignets), paraît plus réfractaire que toute autre à la thérapeutique. Même dans ces cas, la nutrition générale est presque toujours heureusement modifiée, l'hématose semble plus active, la peau se colore en même temps que les malades prennent de l'embonpoint.

« Quand on a obtenu un résultat favorable, il serait imprudent, sous peine de s'exposer à une récidive, de suspendre le traitement avant que l'organisme ait été soumis pendant un temps suffisant à son action modificatrice. Les malades, délivrés de leurs atroces douleurs, retrouvant la liberté de leurs mouvements, veulent quelquefois abandonner prématurément la médication qui leur a procuré ces avantages. Ils feront plus sagement d'y recourir de temps en temps, alors surtout que le retour des douleurs les avertit d'un retour offensif. Chaque année, au printemps et à Tautomne, ils reprendront quinze à vingt-cinq bains, en choisissant les jours où les conditions atmosphériques sont favorables, et en évitant de s'exposer à l'air extérieur après avoir pris le bain. »

Le mode d'action des bains arsenicaux, comme des bains minéraux en général, est loin d'être tranché ; en dehors de la question d'absorption par la muqueuse respiratoire de principes minéraux volatilisables par la chaleur du bain, l'absorption du principe minéralisateur parla peau, non excoriée, n'est guère acceptée par aucun physiologique actuel. Pour l'arsenic en particulier. Réveil, Gobley et Avisard, Ducom n'en ont pas trouvé trace dans les urines des malades ayant pris plus de 20 bains arsenicaux, tandis que l'arsenic apparaît vite dans les urines des sujets sounis à la médication arsenicale interne. « Il paraît donc assez probable, dit à ce sujet Charcot, que ces deux méthodes n'agissent point de la même manière sur l'organisme, même en admettant qu'elles soient l'une et l'autre également efficaces pour combattre la maladie, ce dont je serais disposé à douter. »

Lasègue, après avoir expérimenté « avec une infatigable persévérance » les bains alcalins, arsenicaux, de sublimé, etc., avait acquis la conviction que la température joue un rôle prépondérant, ou du moins que les bains employés contre le rhumatisme noueux sont loin d'agir seulement par leur composition chimique ('). « Un bain de sublimé à 50 degrés ne ressemble en rien au mênije bain élevé à une température de -40 à 50 degrés, ce sont deux médicaments, d Les individus atteints de rhumatisme noueux, préservés des complications qui contre-indiqueraient le traitement, éprouvent un véritable bien-être local et

(«) Lor. rit.

TRAITEMENT. Oôl

•ffén('*ral à la suite des hains ^iirrhau/p-^; et sui'lout à toinp&roture croissante. La raideur arliculaire s'atténue, les jointures sont moins empûtées, les mouvements moins pi'niMcs. Après une cure prolongée par les bains simples de 40 à 45 degrés administrés /oî/.s les deux joins penr/anl des mois, le profit est plus douteux des bains chavuls quotidiens: des malades condamnés au lit et à loisiveté ont pu reprendre quelques travaux manuels, se lever, marcher, descendre les escaliers, tous exercices qui semblaient leur être désormais interdits. Lasègue n'était pas de ceux qui se font des illusions sur la curabilité du rhumatisme noueux. « Le problème, dit-il, n'est pas d'atténuer des lésions passées à l'état de fait acquis et de liquider le passé: la maladie reste incessamment, pendant la cure, en pleine évolution. Au moment où vous croyez avoir réalisé im bénéfice définitif, une nouvelle crise aiguë ou une série d'accès subaigus vient tout compromettre. Si décourageantes que soient ces récidives prévues théoriquement, mais dont on espère être préservé, il n'en faut pas moins persévérer dans l'usage du traitement, quel qu'il soit. Les bains chauds, qui ne conjurent pas mieux que les autres médications l'aptitude aux rechutes, contribuent-ils à modérer les crises actives? — Tolérés même pendant les périodes de fluxion douloureuse, ils ne servent réellement que durant les rémissions.

En dehors de l'espèce classique du rhumatisme noueux, il existe des variétés nombreuses de rhumatisme déformant, qui, s'écartant du tv-pe, off"rent à la curation des chances beaucoup moins favorables. Lorsque l'affection se limite à un très petit nombre d'articulations plus ou moins symétriques, quelque considérable que soit la déformation, les bains chauds peuvent guérir, à la condition toutefois que non seulement les lésions soient limitées, mais que la maladie soit éteinte. Lasègue a recherché dans ces cas l'influence comparée des bains généraux et des bains locaux, que permettrait souvent d'employer une déformation localisée à une articulation ou à un segment de membres ; les bains locaux lui ont paru toujours et partout inférieurs.

Les bains de vapeur térébenthines rendent des services dans les formes modérément intenses du rhumatisme chronique, pour aider à la résolution des engorgements articulaires consécutifs à une attaque de rhumatisme subaigu prolongée. On a aussi utilisé avec avantage les bains d'air chaud et sec. J'ai vu employer plusieurs fois avec avantage les fumigations de baies de genièvre projetées sur un brasero qu'on a placé sous le siège du malade, celui-ci étant enveloppé jusqu'au cou dans une couverture, au centre de laquelle on a ménagé un orifice pour passer la tête et dont les pans retombent tout autour jusqu'à terre.

Il faut absolument proscrire les bains de mer et les séjours aux bords de l'Océan.

Les stations minérales les plus convenables sont celles dont les eaux sont chaudes, chlorurées, sulfureuses ou arsenicales, plus ou moins fortement minéralisées, suivant lallure de l'atrection et la caractéristique constitutionnelle des malades.

Les boues végéto-minérales chaudes (Dax, St-Amand) doivent être essavées. C. Paul, Féréol ont déposé en leur faveur; elles pourraient être efficaces même transportées; dans les cas les plus graves elles échoueront, comme tout autre moyen.

On tire certains avantages des bains de sable ehaud tels qu'on les prend à Lavev (Suchard).

[P, LE GENDRE'

Comme agents locaux, outre les topiques cdhnants.^ on peut employer alternativement les cataplasmes de sable chaud appliqués sur les jointures dans les poussées douloureuses, les révulsifs, et dans les j)ériodes torpides les résotuti/'s (badigeonnages iodés, vésicatoires volants, ignipuncture, compression, massage).

Le massage quotidien est des plus utiles pour enrayer l'atrophie musculaire el favoriser la résorption des infdtrations péri-articulaires.

On a préconisé V électricité sous forme de courants continus. La galvanisalion aurait pour résultats : de faire cesser rapidement les douleurs, les contractures, d'aider à la disparition des nodosités et de combattre l'atrophie musculaire. « On applique le pôle positif, représenté par une large plaque mouillée, sur la région cervico-dorsale (pour les membres supérieurs), ou sur la région dorso-lombaire (pour les membres inférieurs), on plonge les extrémités malades dans un bassin de porcelaine plein d'eau légèrement salée et à la température du corps. On met cette eau en communication avec le pôle négatif de la pile au moyen d'une plaque métallique et d'un conducteur. Les séances auront de 10 à 15 minutes, seront faites tous les jours pendant le premier mois, puis à intervalles plus éloignés. L'intensité du courant variera suivant l'âge du sujet (8 à 12 milliampères chez les enfants)('). »

En réalité, rien n'est plus décourageant que de soigner les variétés déformantes progressives du rhumatisme chronique (-). Parmi les médications très nombreuses que j'ai personnellement essayées, je n'en retiens que deux qui m'aient donné un résultat appréciable. Je les associe ordinairement. C'est d'abord la teinture d'iode à doses croissantes de 20 à 60 gouttes par jour en 5 fois (61 gouttes font 1 gramme). Je ne sais comment Lasègue avait pu pousser jusqu'à 6 et 8 grammes. J'ai administré jusqu'à 100 gouttes, mais j'ai prescjue toujours constaté l'intolérance gastro-intestinale au delà de 60 gouttes ; j'ai entendu plusieurs malades se plaindre de douleurs dans les glandes salivaires, notamment au niveau des parotides, que l'élimination de l'iode irrite probablement. Au-dessous de 60 gouttes, et surtout à 50 gouttes pro die, chez l'adulte, 10 gouttes chez l'enfant de 5 à 10 ans, les fonctions digestives sont stimulées et s'accomplissent parfaitement : les malades engraissent. J'ai vu plusieurs fois cesser au bout de deux semaines les douleurs et l'état général s'améliorer. Je conseille des cures de 20 jours, séparées par des repos de 10 jours. Au bout de deux mois une cure d'arséniate de soude de 20 jours obvie à la dénutrition, si elle est trop active ; ce n'est qu'après plusieurs mois que les déformations, la gêne des mouvements commencent à rétrocéder dans les cas favorables.

La seconde médication à laquelle je puisse attribuer d'heureux effets est l'emploi des bains chauds alcalins et arsenicaux, d'après la formule de N. G. de Mussy.

(') Note de Boudet de Paris dans la Thèse de Lacaze-Dori.

(-) Consulter encore la discussion qui a eu lieu au lo" Congrès allemand de médecine interne, après les rapports de Baûmler et A. Ortt, et à laquelle ont pris part Schuller, Thoma, Davidsohn, Friedlânder, von Noorden. (Juin 1897.)

Juin 1898.

Page 1