COMMUNES A L'HOMME ET AUX ANIMAUX
Par G.-H. ROGER
Professeur ogrégé à la Faculté do Paris. Médecin de l'iiùpitai de la Poite d'Aubervilliers.
Les découvertes qui se sont produites dans ces dernières années, en élargissant le cadre de la médecine expérimentale et de la pathologie comparée, ont considérablement augmenté l'intérêt que suscite l'étude des maladies infectieuses qui sont communes aux hommes et aux animaux et peuvent se transmettre des uns aux autres dans les conditions habituelles de la vie (*). L'histoire des z-oonoses acquiert chaque jour plus d'importance et par les recherches qu'elle suscite et par les préceptes hygiéniques auxquels elle conduit. C'est à peine si nous avons besoin de rappeler que ce groupe comprend le charbon, la morve, la rage, c'est-à-dire les infections qui ont le plus contribué aux progrès de la bactériologie. Leur étude ne présente pas moins d'intérêt au point de vue pratique; car leur prophylaxie découle des recherches modernes, qui ont établi que presque toujours l'homme contracte ces affections au contact des animaux malades. Sans doute il existe quelques faits où la contagion a eu lieu de l'homme à l'hommne ; mais cette étiologie est tout à fait insolite et exceptionnelle.
Ces trois infections représentent, avec la tuberculose, les prototypes des maladies communes à l'homme et aux animaux ; nous les décrirons en détail dans des chapitres spéciaux. Il nous suffira actuellement de passer rapidement en revue les autres maladies infectieuses, en insistant sur les données fournies par la pathologie comparée.
Les mêmes agents microbiens suscitent chez tous les êtres les manifestations infectieuses qui, trop souvent encore, viennent compliquer les lésions traumatiques,
La suppuration, fréquente chez le cheval, assez commune chez le mouton et
(1) Voir à ce sujet les divers travaux publiés dans le Recueil de médecine vétérinaire.
On pourra consulter encore les ouvrages suivants :
Friedberger et Frohnek, Pathologie et thérapeutique spéciales des animaux domestiques. (Trad. française de MM. Cadiot et Ries.) Paris, 2 vol., ISOl-O^. — V. Galtier. Traité des maladies contagieuses des animaux domestiques. Paris, 2 vol. 1891-92. — Roger et Cadiot, Pathologie comparée de l'homme et des animaux. Traite de pathologie générale, publié par M. Bouchard, t. I, p. 8Ù-124, Paris, 1895. — Nocard et Leclaixcue, Les maladies microbiennes des animaux. 1 vol. Paris, 1896.
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le porc, est plus rare chez le chien, le chai, le bœuf el surtout chez les oiseaux. Dans tous les cas, elle est due aux microbes qu'on trouve chez l'homme, comme le montrent les chiflVes suivants :
KARLINSKI CADIOT ET ROGEH
ManiriiilVjres. Oiseaux. Clieval. Chien.
Staphylococcus aureus
— albus
— citreus
— aureus et albus. . .
Streptococcus pyogenes
Staphylococcus et streptococcus. .
Micrococcus tetragenus
B. pyogenes fœlidus (B. coli) . . .
B. pyocyaneus » » .3 3
Il résulte donc de ces recherches que, dans les suppurations du cheval et du chien comme dans celles de l'homme, on rencontre les staphylocoques plus souvent que les streptocoques, le staphylocoque blanc plus souvent que le doré. Comme chez l'homme aussi, on trouve fréquemment plusieurs espèces bac tériennes réunies dans un même foyer. Comme chez lui, on peut observer, sous l'influence de ces mêmes microbes pyogenes, des infections plus ou moins graves, notamment des septicémies et des pyohémies. C'est surtout chez le cheval et chez le chien qu'on voit des septicémies à marche rapide relevant du streptocoque.
Le streptocoque joue aussi le principal rôle dans les infections puerpérales, surtout fréquentes chez la vache, et dans les polyarthrites pyohémiques qui ne sont pas rares chez les nouveau-nés, veaux, poulains, agneaux.
En dehors de la puerpéralité, on peut observer, chez le cheval surtout,frinfection purulente à la suite de grandes plaies suppurantes, particulièrement de celles qui sont entretenues par la nécrose des os et des tendons ; il s'agit, en général, d'une infection streptococcique.
S'il produit souvent de la suppuration, le streptocoque détermine rarement de Férysipèle chez les animaux; on en a pourtant observé des cas chez le cheval, le bœuf, le chien, et on peut facilement reproduire la maladie chez le lapin; mais, le plus souvent, les éruptions cutanées d'apparence érysipélateuse sont dues à des staphylocoques et notamment au staphylocoque blanc.
Il est un groupe de microbes désignés sous le nom générique de Bacilles des septicémies hémorragiques dont l'importance en pathologie comparée est considérable. Le type du genre est représenté par la bacille du choléra des poules, qui peut se rencontrer dans les matières putréfiées (Koch), dans les eaux contaminées (Gaffky), ce qui explique sa facile dissémination.
La bacille de la septicémie hémorragique est l'agent d'au moins quinze maladies considérées autrefois comme différentes : les distinctions ont été établies d'après les espèces atteintes. Ce sont : le choléra des poules, la maladie des grouses, des palombes, des canaris; le choléra des canards; l'entérite infectieuse des poules; la dysenterie épizootique des poules et des dindes; la septicémie du lapin; la septicémie du furet; la maladie des animaux sauvages; la barbone des buffles ; la maladie du maïs-fourrage ; la pleuro-pneumonie septique des veaux; la pneumonie contagieuse du porc, ou swine-plague, Schwei-
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. er^
nesoAic/ic; la pnoiniio-enl('ril(* inlVclicuse du porc, ou Ilofj-rholcra, Srln.nijinepc'st.
Il exisle cnlrc les microbes trouvés dans ce groupe des différences assez considérables, qui rappellent celles qu'on observe dans le groupe des colibacilles et des paracolibacilles. Le rapprochement est d'autant plus juste que les caractères considérés comme distinctifs sont les mêmes dans les deux cas : aspect différent des cultures sur pomme de terre et dans le lait, production d'indol, mobilité ou immobilité des éléments. Or, ces différences sont essentiellement contingentes; il existe entre toutes ces variétés et entre toutes les maladies que nous venons de nommer tellement de transitions qu'on a été conduit à les réunir dans un groupe.
S'ils jouent un rôle pathogène très important chez les animaux, ces microbes s'observent rarement chez l'homme. Inoculé accidentellement le bacille du choléra des poules provoque simplement un abcès. Quelques auteurs, Steinberg, Babes, Belfanti et Pescarolo ont signalé sa présence dans diverses affections humaines à côté d'autres agents pathogènes. Nous l'avons trouvé associé à diverses bactéries et notamment au colibacille dans le liquide d'une pleurésie putride.
Parmi les autres agents septicémiques, il faut citer le Proteus vulgaris et surtout le Bacillus coli comrnunis. Ce dernier microbe, qui se rencontre dans le tube digestif de tous les mammifères, provoque des infections assez variées dans leur physionomie clinique; il peut être pyogène et représente la cause principale des péritonites par perforation, des angiocholites suppurées, des septicémies d'origine intestinale; on voit fréquemment des lapins succomber à une diarrhée abondante, et l'on constate, par l'examen bactériologique, que les accidents sont dus au Bacillus coli, qui a envahi leur organisme.
Le tube digestif sert d'habitat à d'autres bactéries pathogènes. Chez le cheval, on trouve le vibrion septique, agent de la gangrène gazeuse, et le bacille du tétanos. Ces deux microbes anaérobies, abondamment répandus à la surface du sol, envahissent assez fréquemment les plaies anfractueuses, souillées par de la terre ou des poussières; ils trouvent dans les tissus contus et mortifiés un milieu favorable à leur développement et provoquent une maladie qui peut ensuite se propager au moyen d'instruments insuffisamment désinfectés et se transmettre à d'autres animaux, aux moutons ou aux chèvres, plus rarement aux carnassiers ou à l'homme.
Les derniers travaux bactériologiques ont établi que les affections pseudoinembraneuses peuvent être produites par les microbes les plus divers : chez l'homme, à côté de la diphtérie due au bacille de Lœffler, il existe des affections analogues au point de vue objectif, qui relèvent d'autres agents, et notamment du streptocoque.
Chez les animaux, les résultats sont semblables : plusieurs bactéries peuvent déterminer des fausses membranes, mais presque jamais on n'a rencontré le bacille de Lœffler. Quelques auteurs ont soutenu, il est vrai, que la dipJttérie aviaire est identique à la diphtérie humaine et ont cité un certain nombre de cas de contagion réciproque. Nous ne voudrions pas rejeter absolument les observations publiées, mais nous devons faire remarquer qu'aucune d'elles ne présente de garanties suffisantes pour être acceptée d'une façon définitive : d'ailleurs l'expression de diphtérie aviaire s'applique à des maladies fort dilïérentes et qui semblent n'avoir entre elles aucun rapport ; la plupart des cas
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publiés par les vétérinaires comme des exemples de diphtérie viscérale, parfois même de diphtérie cutanée, ressorlissent, en réalité, à la tuberculose.
En étudiant les fausses membranes des oiseaux malades on a rencontré plusieurs espèces de parasites : le plus souvent ce sont des bâtonnets à extrémités arrondies qui ont été découverts par Lœffler chez le' pigeon, retrouvés par Eberlein chez la perdrix et qui, d'après Loir et Ducloux, peuvent produire chez l'homme des lésions pseudo-membraneuses. Ces bacilles s'observent dans les fausses membranes, dans les viscères et dans le sang, ce qui suffirait déjà à les différencier des bacilles humains; ils s'en distinguent d'ailleurs par divers caractères et par leur faible pouvoir pathogène vis-à-vis de la plupart des mammifères.
D'autres fois, on a trouvé des grégarines ou des flagellés (Pfeiffer) : des cercomonades ont été observées par Rivolta chez la poule, par Ziirn chez le pigeon; dans les cas de diphtérie grégarinienne, le tégument cutané présente souvent des végétations tuberculiformes qu'on a voulu identifier au molluscum contagiôsu'in de l'homme.
Il existe des affections diphtériques chez différents mammifères, notamment chez les bovidés. Dammann supposa dès 1877 que la diphtérie du veau était identique à celle de l'homme, mais il n'apporta aucune preuve à l'appui de son opinion. Plus récemment Klein a soutenu que le chat et la vache peuvent être atteints par le bacille de la diphtérie humaine et servir^à propager cette maladie ; mais une pareille assertion ne peut être acceptée sans réserve, car les recherches de Lœffler ont démontré, dans la diphtérie bovine, la présence d'un bacille différent de celui qu'on rencontre habituellement chez l'homme. Aussi, dans l'état actuel de la science, est-on porté à admettre que les diphtéries des oiseaux, des bovidés et de l'homme ne sont pas dues au même agent. Cette conclusion n'est pas faite pour surprendre, puisque chez l'homme lui-même divers microbes sont capables de susciter la production de fausses membranes. Il ne faut pas en déduire que la contagion soit impossible entre les diverses espèces animales; mais il n'y a actuellement aucun fait qui prouve cette transmissibilité.
La pneumonie n'est pas rare chez les animaux; parfois elle est due à un pneumocoque semblable à celui de l'homme : c'est ce que Pernice et Alessi ont observé chez le chien et ce que nous avons constaté chez des lapins qui succombèrent spontanément pendant l'hiver 1891-1892.
Mais c'est le cheval qui est le plus fréquemment atteint; chez cet animal, comme chez l'homme, il existe diverses variétés de pneumonies, dues à des agents différents. Le plus souvent, il s'agit de pneumonies lobaires dont l'étude montre combien il est difficile d'interpréter exactement les faits qu'on observe. Schûtz a trouvé dans les foyers hépatisés et dans l'exsudat pleural des bactéries ovales et capsulées, souvent disposées deux par deux ou en chaînettes. Ces microbes se rapprochent, par leur forme, du pneumocoque de Talamon-Frœnkel; ils en diffèrent par quelques caractères : ils se développent déjà à 17", tandis que le pneumocoque ne pousse qu'à partir de 24" et ne donne de riches cultures qu'à 56"; ils sont pathogènes pour la souris, le lapin, le cobaye, alors que l'agent de la pneumonie humaine est sans action sur ce dernier animal. Suivant l'importance qu'on attachera à ces caractères différentiels, on ver^a dans ces deux microbes deux espèces différentes ou deux variétés d'une seule espèce.
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La piipumonio du cheviil poul se lerminor pnr f/niujrènc\ dans ce cas on trouve le {)neumocoque de Schulz uni à des bactéries de la puti'élaction. Ce fait présente lui certain intérêt-, car on tend à admettre aujourd'hui que, chez l'homme, la j^angrène pulmonaire relève d'un processus semblable; c'est 1(^ résultat d'une association microbienne^: des saprophytes viennent se développer dans le poumon malade et exercent leur action nocive dans un lissu altéré par le pneumocoque.
A côté de la pneumonie nous placerons la l>roncho-pneumonie pseudo-lobaire du cheval qui est due à divers streptocoques. Dans un cas de ce genre, nous avons décelé un streptocoque analogue à celui de l'érysipèle et pathogène pour le lapin. Cadéac, Tetzner ont fait des constatations analogues; ce dernier auteur a signalé la présence du microbe dans le tube digestif et par conséquent la possibilité d'une transmission par le fumier. On peut rapprocher de ces faits les observations de MM. Violet et Galtier sur la pneumoentérite des fourrages, qui serait due à deux microbes, un diplocoque et un streptocoque.
Une autre variété d'inflammation pulmonaire est représentée par la pneumonie catarrhale et la broncho-pneumonie lobulaire, leur étude bactériologique n'est pas faite ; mais leur évolution, leur anatomie pathologique et surtout leur étiologie permettent de les assimiler aux atïections analogues de l'homme. Elle se rencontrent en effet chez les sujets débilités et aux deux extrêmes de la vie; elles sont surtout fréquentes chez les chiens, survenant au cours ou à la suite de la maladie du jeune âge, et causant souvent de grands ravages dans les meutes.
Enfin on tend de plus en plus à considérer le rhumatisme articulaire aigu comme étant de nature infectieuse. Les recherches récentes d'Achalme, Thiroloix, Triboulet, Coyon, nous ont fait connaître l'existence chez les rhumatisants de bacilles anaérobies qu'il serait intéressant de rechercher chez les animaux. On sait en effet que le cheval, le chien, le porc et surtout le bœuf peuvent être atteints de polyarthrites fébriles, aiguës, douloureuses, coexistant parfois avec du rhumatisme musculaire, et s'accompagnant de déterminations cardiaques, pleurales et même oculaires.
Divers maladies exotiques paraissent transmissibles de l'homme aux animaux.
La fièvre récurrente peut atteindre le singe. Steel a observé, aux Indes, une maladie épizootique du cheval, caractériséee par la présence dans le sang de spirilles dont les caractères morphologiques sont analogues à ceux de l'homme.
La peste décime les rats habitant les maisons des individus atteints de cette infection, et M. Yersin a obtenu des résultats positifs en inoculant à ces rongeurs des cultures du microbe qu'il a découvert.
La fièvre jaune atteint divers animaux et notamment les chiens.
Enfin on a cité des cas de lèpre chez le chat et même chez les perroquets vivant dans les asiles de lépreux.
Les récentes épidémies de grippe ont appelé l'attention sur la transmissibilité de cette maladie aux animaux. Olivier a relaté des cas de contagion chez le chat ; Sisley soutient que les épidémies humaines coexistent avec des épizooties équines. On ne pouvait jusqu'à présent que raisonner par analogie : mais la question devrait être reprise, aujourd'hui que l'on connaît l'agent de cette maladie chez l'homme, le bacille de Pfeiffer.
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Quoi qu'il en soit, la maladie qu'on désigne chez le cheval sous le nom d'influenza, n'a rien à voir avec noire grippe. L'influenza du cheval, appelée encore fièvre typhoïde, pneumonie typhoïde, fièvre rouge, fièvre calarrhale, est une affection contagieuse, certainement microbienne; mais elle diffère également de l'influenza et de la fièvre typhoïde; on ne trouve pas, à l'autopsie, les ulcérations si caractéristiques des plaques de Peyer, et l'on n'est pas parvenu à déceler dans l'organisme des animaux un bacille analogue à celui d'Eberth.
Il existe encore chez les animaux plusieurs maladies infectieuses dont les agents pathogènes sont bien connus, mais n'ont pas été retrouvés chez l'homme. Nous signalerons spécialement la péripneumonie contagieuse des bêtes à cornes dont l'étude bactériologique a été faite récemment par MM. Nocard et Roux, le rouget des porcs, dont le microbe entrevu par Pasteur et Thuillier a été décrit par Lœffler et par Schiïtz; le charbon symptomatlque, bien différent du charbon vulgaire, dû à un bacille anaérobie, découvert par MM. Arloing, Cornevin el Thomas, et analogue, sinon identique, au bacille de la gangrène gazeuse.
Nous pourrions facilement augmenter la liste de ces diverses infections; nous avons indiqué les principales, et nous avons essayé de montrer combien il est difficile, même quand on connaît l'agent pathogène, de formuler des conclusions précises.
Nous arrivons maintenant à un autre groupe de maladies infectieuses, dont plusieurs sont manifestement transmissibles des animaux à l'homme, mais dont les agents pathogènes ne sont pas encore connus. En première ligne, et d'après leur importance, nous placerons les fièvres éruptives.
Il en est une qui est commune aux animaux et à l'homme, ou plutôt qui est transmissible à ce dernier, c'est la vaccine. A peine si nous avons besoin de rappeler que le horse-pox s'inocule à la vache et que le cow-pox s'inocule à l'homme et qu'ensuite il peut faire retour à la vache et même au cheval. Mais l'histoire de la vaccine soulève immédiatement la question si obscure des maladies varioliques. La variole humaine est-elle ou non identique à la vaccine ? Quel rapport existe-t-il entre ces deux maladies et la maladie des chiens, la clavelée ou variole du mouton, la clavelée du lapin et du lièvre, les affections varioleuses des volailles ? Autant de questions qu'on doit poser, mais qu'il est impossible de résoudre. Sans doute, on trouve des analogies entre ces fièvres éruptives; mais ces analogies ne doivent pas faire conclure à l'identité. C'est ainsi, par exemple, que la maladie des chiens ne peut s'inoculer à la vache et que la vaccine, qui prend chez le jeune chien, ne le met pas à l'abri de la maladie (Trasbot); elle ne semble pas davantage rendre le mouton réfractaire à la clavelée.
Aussi tend-on à admettre actuellement qu'il existe plusieurs espèces de varioles : la clavelée qui est spéciale au moutoïi ou plutôt aux ovidés, mais peut se transmettre par inoculation ou spontanément au bœuf, au cheval, au porc ou même à l'homme (Schmidt, Fourquier et Bosc); la variole de la chèvre^ qui est très rare et ne s'inocule pas au mouton ; la variole porcine qui peut se développer chez l'homme et à la chèvre (Gerlach), et à laquelle on a attribué une origine tantôt humaine, tantôt ovine; la variole humaine, inoculable au cheval, au bœuf, au porc, au mouton, à la chèvre et au chien; la variole éciuinc (horsepox) et la variole bovine [cow-pox), qui paraissent identiques, sont inoculables à l'homme [vaccine) et à divers animaux, et sont considérées par un grand nombre
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traiiloiirs comme dérivanl de la môme souche que la variole humaine; enfin la inaUulie des chiens qui paraît très différente des précédentes.
Parmi les autres fièvres éruptives nous devons une mention à la scarlatine. Klein a décrit une maladie épizootique de la vache qui, par le lait, transmettrait la scarlatine aux enfants; l'auteur a réussi à isoler un streptocoque des ulcères de la peau de la vache et il en a trouvé un semblable dans le sang des scarla- (ineux. Mais ces faits commandent une grande réserve; il s'agit peut-être de streptocoques accidentels, nullement spécifiques.
Tout le monde paraît d'accord actuellement sur la contagiosité de la fièvre ap/iU'Kse. Cette maladie qui s'observe chez les bovidés, les moulons, les chiens et les porcs, peut se transmettre à l'homme, comme l'avaient déjà élabli les recherches de Michel Sagar en 1765. Ce fait trouve une confirmation dans la coexistence fréquente d'épidémies et d'épizooties, dans l'inoculation accidentelle chez les bouchers et les garçons de ferme, et surtout dans les nombreux cas dus à l'usage du lait, qui n'est pas virulent par lui-même, mais le devient par son mélange avec le liquide des pustules développées sur les trayons.
Nous ne croyons pas qu'on doive assimiler la dourine du cheval à la syphilis de l'homme. C'est une opinion très répandue en Algérie que, par des rapports contre nature, l'homme malade infecte l'ânesse, celle-ci le baudet et celui-ci la jument. La différence des accidents primitifs, l'absence de lésions comparables aux manifestations tertiaires, l'apparition précoce de la paraplégie, se montrant dès le deuxième mois de l'infection, enfin l'inutilité et même le danger du traitement mercuriel, tels sont les principaux arguments qu'on peut invoquer contre cette assimilation.
Rappelons enfin qu'en Amérique et en Sicile la fièvre jaune aurait été observée chez le cheval et le chien (Beauville, Chicoli).
On sait aujourd'hui que les bactéries ne sont pas les seuls agents des maladies infectieuses; le rôle des végétaux plus élevés, Oidium, Aspergillus, Miccor, Strepothrix, tend chaque jour à s'accroître. Nous reviendrons sur leur histoire et sur les maladies similaires qu'ils peuvent produire chez l'homme et chez les animaux dans les chapitres consacrés à l'actinomycose et aux pseudotuberculoses.
Nous rappellerons seulement que VOidiiim albicans peut se développer sur la muqueuse buccale d'un grand nombre de jeunes animaux et particulièrement chez les veaux, les poulains et les volailles; Martin a observé une poule infectée par un enfant malade.
A côté des maladies infectieuses, attribuables à des parasites végétaux, il faut faire une place aux protozoaires, qui représentent de véritables microbes animaux.
Des quatre classes que comprennent les protozoaires, deux seulement nous intéressent, les rhizopodes et les sporozoaires. Parmi les rhizopodes, nous trouvons les amibes dont plusieurs espèces habitent le tube digestif, et auxquelles on a attribué la production de certaines colites; Lœsch serait parvenu à provoquer chez le chien une inflammation avec ulcération de la muqueuse rectale en faisant ingérer, trois jours de suite, des matières diarrhéiques renfermant de ces micro-organismes. Mais ce sont surtout les travaux de Kartulis qui ont appelé l'attention sur les propriétés pathogènes de ces parasites: les
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recherches de cet auteur tendent à élaljlir que la dysenterie est sous la dépendance d'une amibe, qu'il a pu cultiver et dont l'inoculation a reproduit la maladie chez des chats.
Les sporoz-oaires se divisent en grég-arines et psorospermies. Les grégarines représentent des parasites qu'on rencontre surtout chez les invertébrés. Dans ces derniers temps on en a observé chez les mammifères : Pfeifîer en a trouvé chez l'homme dans la variole, la vaccine, la scarlatine, le zona: mais leur rôle pathogénique n'est nullement établi.
hes psorospermies ont pour nous un tout autre intérêt; c'est dans ce groupe que se placent les coccidies (*), auxquelles des travaux récents font jouer un rôle important dans la pathologie infectieuse, et spécialement dans la production du cancer. Nous sommes ainsi ramenés à notre sujet, puisque le cancer n'est pas rare chez les animaux, particulièrement chez les chiens et les chevaux (^). On peut rencontrer chez eux des néoplasmes tout à fait semblables à ceux de l'homme, de même qu'on peut rencontrer la mélanose et la leucocythémie, ces deux états morbides qu'on a voulu rapprocher du cancer. Jusqu'ici on a peu étudié les parasites du cancer des animaux. Ce n'est pas à dire que les coccidies soient rares chez eux; on en trouve à chaque instant dans le foie du lapin où elles envahissent les voies biliaires, suscitant des proliférations épithéliales et conjonctives. En étudiant la psorospermose du lapin, M. Malassez a observé des formes semblables à celles qu'on a décrites chez l'homme ; ce sont des éléments qui rappellent les cellules dites colloïdes des épithéliomes, les grains particuliers du molluscum contagiosum, de la psorospermose folliculaire végétante, etc.
Les coccidies ont été retrouvées chez plusieurs animaux domestiques; on en a observé aussi chez l'homme, dans le foie (Gubler, Virchow), dans la plèvre (Kiinstler et Pitres), dans le rein (Lindemann) ou l'intestin (Raillet et Lucet). Podwyssozki a publié des cas où les coccidies {Karijophagus hominis) avaient amené l'atrophie pigmentaire des cellules du foie et provoqué la prolifération du tissu interstitiel. L'auteur soutient que les coccidies du veau, du porc, du lapin, du pigeon ou de la poule peuvent se transmettre à l'homme soit directement, soit par l'intermédiaire des vers de terre qui les répandent sur les légumes. Ces coccidies, une fois ingérées, détermineraient des accidents intestinaux et pourraient envahir le foie ; les sucs digestifs ne feraient que dissoudre la capsule et mettraient les spores en liberté.
C'est à un groupe voisin des coccidies que la plupart des naturalistes rattachent les parasites du paludisme, les hématozoaires de M. Laveran.
Or, des hématozoaires analogues, sinon identiques, à ceux de l'homme peuvent s'observer chez divers animaux, notamment chez la tortue et les oiseaux (Danilewsky, Grassi et Feletti). On a décrit chez plusieurs mammifères
(') Outre les coccidies, les psorospermies comprennent :
r Les myxosporidies, que l'on rencontre chez les poissons et que nous avons oJDservées dans le foie d'une souris ;
2" Les sarcosporidies (tubes de Miescher, tuiles de Rainey), qui envaliissent les muscles des différents mammifères; Rosenbergen en a trouvé dans le myocarde d'une femme de quarante ans;
3' Les microsporidies, qui habitent les vers et les insectes et produisent, chez les vers à soie, la maladie désignée sous le nom de pébrine.
(-) Cadiot, Gilbert et Roger, les tumeurs malignes chez les animaux, la Presse médicale,
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dos accidenls cnfon a voulu lallaclicr an |)alu(lism<' : cei-lainos observalions recueillies en Ilalie, et les bons résullals obtenus |>ar(VMs par Tusage de la quinine, la présence des hématozoaires chez les mulcis de llnde (Oser) peuvent (Mre invoqués à l'appui de cette identification; mais il iaul reconnaître que la plupart des laits publiés sont loin d'entraîner la conviction el paraissent n'avoir rien de commun avec la malaria.
De même que nous avons admis des infections tlépendant de parasites végétaux supérieurs aux bactéries, de même nous devons faire une place, dans ce (•haj)ilre, à des parasites animaux relativement élevés.
Il nous suffit de citer la triddne, qui provoque, comme on sait, une véritable infection transmissiblc du porc à l'homme; nous verrons aussi qu'un certain nombre de pseudo-tuberculoses peuvent être sous la d(''pendance de différents vers.
En résumé, la pathologie animale, comme la pathologie humaine, permet de conclure que les maladies infectieuses peuvent relever de quatre ordres de parasites absolument différents; les bactéries, les végétaux relativement élevés comme les streptothrix, les protozoaires, enfin les Aers comme la trichine. Ce sont les caractères symptomatiques, c'est-à-dire les manifestations réactionnelles de l'individu atteint, qui doivent primer au point de vue nosographique et qui permettent de réunir des maladies dont les agents pathogènes sont si éloignés au point de vue de l'histoire naturelle.
Nous n'avons fait qu'indiquer à grands traits quelles sont les maladies infectieuses communes à l'homme et aux animaux; il est probable que la liste en augmentera avec les progrès de l'expérimentation et l'étude plus approfondie de la pathologie comparée. Mais les recherches à poursuivre se heurtent à de grosses difficultés : nous savons en effet, qu'un même agent pathogène peut, chez les diverses espèces animales, déterminer des réactions, c'est-à-dire des maladies dissemblables et, réciproquement, que des maladies en apparence identiques peuvent relever d'agents ditïérents. On ne devra donc assimiler deux infections, observées chez deux espèces distinctes, qu'après avoir étudié l'agent qui les a provoquées et lui avoir trouvé les mêmes caractères dans les deux cas. Or, de nombreux faits expérimentaux ont établi que les propriétés des microbes n'ont rien de fixe; leurs caractères varient suivant les milieux dans lesquels ils se développent; souvent leur passage à travers un organisme leur impose des formes ou des fonctions nouvelles, qui rendent hasardée toute détermination spécifique. Remarquons enfin que l'expérimentation, quand elle conduit à des résultats négatifs, ne permet pas de conclusion ferme; de ce qu'un animal sain ne contracte pas une maladie inoculée, il ne s'ensuit pas qu'il ne puisse être infecté dans certaines conditions dont le déterminisme nous échappe.
Pour nous en tenir aux faits démontrés, nous pouvons admettre qu'on connaît actuellement cinq maladies infectieuses que l'homme ne contracte guère que des animaux : la vaccine, le charbon, la morve, la rage et la trichine. D'autres sont produites chez tous les êtres par les mêmes agents, mais la coulagion, pour être fréquente, comme dans la fièvre aphteuse, n'est pas nécessaire : tels sont sont, par exemple, l'aclinomycose, la tuberculose, le tétanos, la gangrène gazeuse, etc.
On trouvera dans les divers chapitres de cet ouvrage l'histoire détaillée do toutes ces maladies; nous ne traiterons ici que des infections qui reconnaissent presque toujours pour cause une contamination par les animaux,
THAITÉ DE MÉDECINK, 1- édil. — I. il
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charbon, morve et rage; puis nous parlerons de l'aclinomycose et de la tuberculose; encore, pour cette dernière maladie, devrons-nous nous bornera quelques notions générales sur Tétiologie, l'analomie pathologique, la pathologie comparée et le traitement; l'histoire des diverses manileslalions de la tuberculose sera présentée à propos des diflerenls organes et surtout du poumon.