INFLUENCE DU MICROBE, DES ESPÈCES, DES RACES
délimité, était l'œuvre d'un moleur également défini, délimité; l'instinct, pour ainsi dire, aussi bien que le jugement poussaient à cette solution, d'autant qu'à l'origine des sciences l'esprit en général passe tout d'abord par des phases de sensation, plus tard de raisonnement, par des périodes qui ressortissent plutôt à la scolastique qu'à l'expérimentation.
Du reste, sans invocjucr l'axiome d'Aristote qui prétend que rien ne parvient à l'intelligence sans dériver du sentiment, il est juste de remarquer que ces procédés, à côté de détracteurs acharnés, comptent des partisans résolus. Si Bacon n'a que du mépris pour ces suppositions d'avant-garde, si Magendie réclame des expériences sans aucun mélange de raisonnement, par contre. Cl. Bernard, contrairement aux tendances qu'on lui prête parfois bien gratuitement, estime qu'il est bon de formuler pour soi-même une théorie avant d'entreprendre un travail ; dépourvu de ce guide, le chercheur erre à l'aventure, ne se distinguant nullement de l'aide qui lui prête une assistance purement matérielle; il faut, au contraire, poser à la nature des questions, dont à chaque pas on compare la teneur avec les faits. A coup sûr, cette manière d'agir ne ressemble nullement à celle du métaphysicien qui formule des axiomes ; ce sont de simples interrogations, qu'on cesse dès que la réponse a commencé à se faire entendre ; à ce moment, en effet, on doit se taire, surtout écouter, plus encore obéir.
Or, en instituant des expériences — ces médiatrices qui, d'après Gœthe, relient le savant aux faits environnants — les auteurs n'ont pas tardé à reconnaître combien leurs aperçus étaient défectueux, tout au moins pour une grande part; ils ont vu qu'un unique germe est capable d'engendrer les symptômes les plus différents, au point de donner naissance à des entités distinctes.
C'est ainsi que les maladies de tous les jours, celles qui encombrent une salle d'hôpital, les angines, les entérites, les angiocholites, les bronchopneumonies, les pleurésies, les péritonites, les synovites, les endocardites, les phlébites, etc., toutes ces affections sans nombre se développent sous l'influence de trois ou quatre espèces de microbes : ce sont les staphylocoques, le bacille du côlon, le pneumocoque, plus encore les streptocoques. Le germe de la tuberculose mis à part, on ne rencontre pas habituellement les bactéries nettement spécifiques, celles qui venues ordinairement de l'extérieur font naître des entités à type constant, toujours semblables à elles-mêmes; sauf exception, on n'a pas affaire au bacille de la morve, à la bactéridie du charbon, etc.
Il ne faut pourtant pas exagérer, car il est juste de proclamer qu'un seul de ces parasites vulgaires comporte des races multiples,. dont chacune, suivant la virulence ou l'âge, est apte à exercer une action particulière. A cet égard, une fraction de vérité appartient à l'idée qui rapporte un accident déterminé à un infiniment petit spécial; sans aller jusqu'à admettre la création facile d'espèces séparées, on est en droit de rattacher partiellement les variétés des processus à des variétés d'un unique agent pathogène. Malheureusement, dans ces questions qui relèvent de la botanique l'obscurité est grande, d'autant qu'on laisse habituellement aux médecins le soin d'élucider ces problèmes.
On sait, par exemple, que telle culture plutôt que telle autre du même agent va provoquer plus aisément une endocardite, une paralysie à streptocoques; cette notion est tellement admise qu'elle ne réclame plus de démonstration; le streptocoque qui engendre l'érysipèle de l'oreille du lapin diffère de beaucoup d'autres streptocoques, à ce point que le contact de certains sérums le modifie