LES POISONS. — VARIATIONS IMIYSIOLOGIOUES
J'ai poussé plus loin la question. — Avec Glcy, à la suite des remarques du professeur Bouchard, j'ai mis en évidence les propriétés vaso-motrices des produits solubles bacillaires, propriétés dont Arloing, Courmont, Morat, Doyon, etc., etc., ont confirmé l'existence; avec Ruder, j'ai décrit les lésions cellulaires, hépatiques, rénales, etc., dues à ces produits, lésions aiguës ou chroniques, inflammatoires ou dégénératives, lésions portant sur le protoplasma ou sur le noyau, sur les filaments chromatiques, etc. ; avec Lapicque, Kaufmann, Desgrez, j'ai enregistré les changements apportés par ces composés bacillaires dans la teneur du sang en fer, en hémoglobine, dans la richesse ou la pauvreté des liquides glandulaires, dans la quantité des matériaux urinaires; jai inscrit les perturbations réalisées dans l'intensité des réflexes, dans la contraction cardiaque, dans la pression, etc. En un mot, je me suis eflbrcé, depuis quinze ans, d'appliquer à l'étude de ces toxines les techniques utilisées dans les laboratoires pour dévoiler les attributs des corps définis, de la strychnine, par exemple; on découvre de nouveau nombre de ces faits.
Les conséquences de ces investigations ont conduit à mettre en lumière les modifications portant sur la structure, sur le fonctionnement de ces éléments, sur la formation des humeurs, autrement dit sur l'anatomie, l'histologie, la physiologie des appareils, comme sur la chimie des plasmas. Que ces modifications soient l'œuvre directe des toxines ou bien le résultat des principes spéciaux nés des tissus sous l'influence de ces toxines, au fond, il n'en demeure pas moins établi que le point de départ se trouve dans l'intervention de ces sécrétions bactériennes. Ce sont ces sécrétions qui agissent soit sur les cellules elles-mêmes, soit sur les plasmas : chaque jour en fournit de nouvelles preuves. Tout récemment Ghabrié a établi que la pression osmotique subit des variations indiscutables ; d'autre part, cet agent physique, d'après Pfeffer, joue un rôle manifeste dans la réalisation des phénomènes de chimiotaxie positive ou négative; elle influence soit l'attraction, soit la répulsion des éléments cellulaires, suivant ses mouvements d'ascension ou de diminution; d'ailleurs, nul n'ignore les rapports qui relient les mouvements de cette pression à l'activité des mutations organiques.
Or, de pareils changements aboutissent à créer des prédispositions. Que la déminéralisation, que les oscillations de la tension, que l'aflaiblissement des réactions nerveuses, que les altérations viscérales, etc., etc., soient l'œuvre d'un processus anomal de la nutrition ou d'une suppression d'organe, les résultats sont analogues : la résistance fléchit. Toutefois, ces résultats ofl'rent entre eux des nuances en rapport avec la tare statique ou dynamique de l'économie; partant, les réceptivités, pour semblables qu'elles soient, ne seront pas identiques : il en sera de môme, à titre de corollaire, des manifestations morbides ainsi préparées.
Les choses ne se passent pas d'une manière sensiblement difl'érente, quand les poisons, au lieu de dériver des tissus ou des microbes, proviennent de l'extérieur. Ces poisons, sans excepter des antiseptiques parfois plus nuisibles pour nos organes que pour les bactéries, abaissent la vitalité, spécialement celle des éléments chargés de la défense mécanique ; ces éléments poussent moins facilement des prolongements; ils enveloppent, ils digèrent plus péniblement les assaillants. Altérations des plasmas, ouverture des portes d'entrée, détériorations des agents de protection : telles sont les métamorphoses générales propres, chez les intoxiqués, à appeler l'infection.
[A. CHARRIN.J