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TERRAIN — CAUSES SECONDES. — ALIMENTATION

Néanmoins, en dehors" de ces changemenls, chaque composé en pénétrant détermine une sorte de lésion d'élection. — Le phosphore entraîne la dégénérescence du foie; la cantharide celle du rein; le mercure celle de l'intestin; or, bien que ces lésions ne soient pas isolées, leur prédominance suffit parfois pour imprimer à l'opportunité morbide qui en résulte un caractère spécial. On comprend sans peine, en effet, comment la substance, qui tout d'abord supprime la glande hépatique, au moins fonctionnellement, fait naître un milieu de culture distinct de celui que prépare l'élément qui détériore en premier lieu le tissu rénal.

Ainsi vont sans cesse en augmentant les conditions propres à faire varier l'état du terrain, par suite à faciliter les dissemblances pathologiques.

En dehors des maladies diathésiques, nutritives, viscérales, infectieuses, toxiques, l'organisme, sous l'influence de facteurs ordinairement moins importants, subit encore des modifications disparates, favorables à l'apparition de modifications elles-mêmes disparates.

La menstruation, la puberté, la croissance, si souvent accompagnées d'anémie, de chlorose, abaissent la résistance; la grossesse, la ménopause, etc., en augmentant, d'après Scofone, Batistini, la toxicité des sérums, en déminéralisant les tissus, en perturbant la circulation, la rapidité des échanges, entraînent des variations dans la composition des humeurs; ces humeurs, par suite, constituent des bouillons d'inégale fertilité.

L'âge, le sexe se rattachent à ce groupe de facteurs au point de vue des changements imprimés aux milieux; il en est ainsi des races, des espèces, dont l'action est parfois si radicale en matière de localisations pathologic[ues. C'est ainsi que le virus diphtérique, chez l'homme, entraîne le plus habituellement la formation de fausses membranes dans le pharynx, sans toucher aux capsules surrénales, tandis que chez le cobaye ces capsules, dont les lésions annulent l'action sphymogénique, sont le siège d'un raptus congestif ou hémorragique intense; l'arrière-gorge demeure intacte.

Ces considérations, d'autres avec elles, placent une fois de plus en évidence l'intervention des causes secondes, qui semblaient devoir disparaître, dans la genèse des variations morbides.

C'est en exposant volontairement des animaux à une série de conditions dissemblables qu'on est parvenu à entrevoir la pathogénie de quelques phénomènes. — Castets prétend que le froid débilite les tissus, parce qu'il augmente leur teneur en principes offensifs, en particulier en ralentissant l'épuration rénale; Fesser, Alessi, Canalis et Morpurgo estiment que la faim, la soif, font fléchir l'état bactéricide; l'inanition de la mère, à en croire Deliadchko, prédispose le rejeton; la fatigue, le surmenage, pour celui qui s'en rapporte à Moscatelli, Colosanti, Cohnstein, affaiblissent les organes, en facilitant l'accumulation des acides, en réduisant l'état bactéricide; une perte de sang provoque, comme l'ont vu Kolisch, Bianchi-Mariotti, une oscillation dans la proportion de ces albumines si précieuses pour la vie des microbes; le traumatisme exerce une sorte d'appel sur les germes ou les poisons, ainsi que l'ont établi Max Schûller pour les premiers, Charrin et Carnot pour les seconds; les émotions, les processus d'inhibition, de dynamogénie tiennent sous leur dépendance une partie de l'activité osmotique, la régularité de la vitesse, de la pression sanguine, etc.

Il existe encore, dans l'économie, quelques autres variations, quelques oscil-

TIIERMOGENÈSE ET RÉCEPTIVITÉS MORBIDES. 119

lalions luimoralos assez r('f>iilières, mais parfois assez dissimulées. — Luriiic (le la A'eille est plus loxi(pie, plus soponfi([ue ({ue celle du sommeil; l'urée du maliu n'esl pas l'urée du soir, aulreuienL dil les échanges, en dehors de l'alimenlalion ou du travail, sui)issenL dans hîur acli\ilé des métamorphoses diurnes; les sucs digestifs ne sont pas avant le repas ce (pi'ils sont après; la bile ne s'écoule pas d'une façon uniforme; la salive, suivant Ilofl^auer, est diaslasi(pic au maximum vers midi; or, nul n'ignore la part de ces sucs dans la défense de l'économie. — L'énergie cellulaire, qui, conformément à l'opinion de ('abiatli, dérive en partie de l'action des glandes internes, de celle des agents almosphéri({ues, de la lumière, de la température, etc., subit fatalement des mouvements d'élévation ou d'abaissement proportionnels au fonctionnement de ces glandes, à la durée de l'intervention de ces agents; cette énergie dépend aussi de l'épuration des milieux, car, si le rein ne détcrge pas les tissus, leur résistance électrique tombe, selon Turner, de 114 à 49 ohms. Les éléments fournis aux plasmas varient naturellement avec les qualités des aliments; ces aliments introduisent des matériaux, capables de livrer un nombre plus ou moins considérable de calories, en rapport, d'après Berthelot, avec la prédominance des hydrates de carbone, des corps protéiques ou des graisses. Ce sont là des notions que l'hygiéniste, que le législateur devraient posséder d'une façon parfaite; il faut savoir donner à l'ouvrier un régime différent de celui qui convient à l'intellectuel ; il importe de lui accorder les éléments générateurs des contractions musculaires. On est péniblement impressionné en constatant l'absence si fréquente de ces préoccupations fondamentales, quand il s'agit de réglementer les rations des collectivités ; la nourriture de la période de croissance n'est pas celle de l'âge adulte; tous les régimes, celui des militaires, celui des jeunes garçons du lycée, demandent à être étudiés.

Chacun sait aujourd'hui combien est considérable la part qui revient aux fluctuations de la thermogenèse dans la réalisation des modifications imposées aux divers milieux, partant dans les changements de la résistance organique : cette donnée est assise sur une foule d'expériences. Sa portée s'accroît encore, quand on songe, avec Rubner, que les combustions internes dépendent aussi des activités respiratoires, du travail musculaire, de la conductibilité, du rayonnement, etc. ; les dimensions de la surface, l'état de la circulation périphérique, comme l'a remarqué le professeur Bouchard, font osciller les sollicitations à la déperdition; les proportions soit d'albumine fixe, origine de la désassimilation, soit d'albumine circulante, source de l'activité d'urgence, concourent, de leur côté, à multiplier ces variations du calorique, si propres à détériorer les conditions de la pleine santé.

Il convient, en outre, suivant nos indications, de compter avec le pouvoir émissif du revêtement externe. Sans doute ce revêtement est toujours formé par la peau; mais cette peau est mince; de plus au-dessous, chez l'obèse, on rencontre des couches graisseuses, tandis que chez les sujets maigres ce sont des muscles. Or, la capacité de rayonnement, de conductibilité de ces couches graisseuses comparée à celle de ces muscles, est toute différente, d'après Bordier, d'après Gharrin et Guillemonat.

Plus on avance dans ces études concernant les variations de l'organisme rapprochées de celles des manifestations morbides, plus on entrevoit la multiplicité infinie des causes capables de porter le trouble dans les conditions statiques ou dynamiques, qui président à l'évolution de l'économie. JMille et mille

[A. CHARRIN ]

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