AGENTS ATMOSPHÉRIQUES : PRESSION, PESANTEUR, PLUIES, ETC
Koch, etc., sans en subir le moindre dommage, tandis que ces mêmes microbes peuvent, à un moment donné, causer la pneumonie, l'érisypèle, le phlegmon, la diphtérie, la fièvre typhoïde, la tuberculose, etc. Qu'on y prenne garde, cette mobilité dans la virulence ou plutôt les incessantes modifications du terrain qui donnent aux bactéries les plus vulgaires une puissance qu'elles n'avaient pas un instant auparavant, c'est là le fond de la médecine de tous les instants. Récemment, j'ai réussi, avec de Nittis, à éduquer le bacille sulitil, le type du saprophyte; j'ai pu amener la mort en inoculant quelques dixièmes do centimètre cube d'une culture, dont 8 de ces centimètres cubes étaient au début inoffensifs; ces résultats montrent tout ce qu'il y a de contingent dans cette notion de pathogénie.
Cette question de la qualité des germes, au point de vue du pronostic, a une importance qui dépasse le sujet atteint, qui peut viser sa descendance, quand on est en présence, comme dans la syphilis, d'un mal transmissible.
De tout temps, on a incriminé le génie épidémique, ce génie qui fait qu'à chaque apparition la grippe change de physionomie. Les astres étaient accusés d'agir sur les épidémies; on incriminait aussi la pluie, la foudre, le froid, les vents, les tempêtes (*). Ces croyances se sont conservées, tout en subissant des modifications, sans que l'on soit parvenu, pendant longtemps, à dégager ce que renfermait de positif cet ensemble de notions. Aujourd'hui, on n'ignore pas que les agents atmosphériques impressionnent l'économie, que la lumière, par exemple, modifie, comme Bubner, Fubini, etc., l'ont reconnu, la chaleur interne, l'assimilation; on n'ignore pas que la circulation subit les effets des altitudes, des températures ambiantes, que la nutrition se ressent de l'humidité. Or, l'état du terrain entre en ligne de compte en matière de gravité ou de bénignité d'une infection quelconque, à ce point qu'on a pu dire que, sans créer le germe, ce terrain faisait pourtant la maladie. — Il importe de montrer que l'autre facteur, le virus, est à son tour impressionné.
La pression est capable d'atténuer les bactéries; toutefois, cette action appartient plutôt au domaine théorique. Quand, en effet, on soumet des êtres inférieurs à cette influence, on sait, depuis P. Bert, P. Regnard, Roger, qu'il est nécessaire d'atteindre des centaines d'atmosphères pour obtenir quelques modifications. On remédie à ce défaut d'intervention en établissant ces pressions sous des gaz qui par eux-mêmes affaiblissent les infiniment petits. C'est là un côté technique qui caractérise les expériences de d'Arsonval et Charrin, de Malfitano; une donnée qui, dans ces expériences, prouve le peu d'importance relative, dans les limites de ces recherches, du facteur physique pur, c'est que les résultats enregistrés ont oscillé suivant la mise en jeu de l'acide carbonique ou de l'azote, suivant la réalisation de ces pressions à l'aide de l'un ou de l'autre de ces corps, sans qu'on ait eu besoin de changer le nombre des atmosphères.
En ayant recours à ces procédés, on peut, à l'exemple du professeur Chauveau, faire fléchir la virulence de la' bactéridie; il est également possible d'imposer des oscillations aux fonctions de sécrétion, de multiplication des germes pathogènes; mais ce sont là des études dont l'utilité franchit à peine les murs du laboratoire. — Ce sont encore des expériences de pure théorie qui montrent que la pesanteur change la forme des cultures, intervient en imposant des directions aux stries que le bacille de Zopf dessine sur agar en se développant.
(') Voy. Traité des maladies épidermîques de Kehch. — Voy. 77; . de Kolsky, Moscou, 1892.
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Il semble que, dans ces disposilions, il y ail (|iiel({ue chose qui laisse sou|)çonner la mise en jeu de l'inlluencc des lignes de lorco de Faraday.
Dans la nalure, en praliciue, nous ne pensons pas que les grandes dégradations de virulence soieid, allrihiuibles à ces agents aériens; il serait cependant téméraire d(^ leui- reluser (()ul(^ action, d'autant (pie, dans Tatmosplière, il est possible de rencontrer (el principe, (blIV'rent de Taii', ([ui, en prêtant son concours, accroîtra la puissance de ces facteurs.
Les courants atmosphériques, les agitations, les déplacements, conséquences des vents, des orages, des tempêtes, des pluies, par le fait du mouvement et sans doute pour d'autres raisons, telles que l'intervention de l'oxygène, les attributs des rayons chimiques, calorifiques, etc., sont capables de modérer l'activité des microbes : Lezé a étudié la part de ces intempéries.
On a pu simuler plus ou moins grossièrement de telles influences, en soumettant ces microbes à l'action des appareils centrifuges, suivant une technique préconisée par Scheurlen, Poehl, Bang, etc. Malheureusement, les appareils centrifuges usités sont relativement peu énergiques en matières de bactéries ; des expériences en cours poursuivies par d'Arsonval, à l'aide d'un instrument donnant 50 000 tours et davantage à la minute, au lieu de 8 000 à 20 000. permettront d'étudier de plus près l'influence de cette force; toutefois, on peut craindre, en atteignant ces vitesses, de produire des sortes de dissociation moléculaire.
L'électricité a encore trop de progrès à réaliser pour que l'on soit autorisé à porter sur son rôle vis-à-vis des germes, au moins dans la nature, un jugement définitif. Plusieurs auteurs, parmi eux Prochownich, Spoeth, Eohne, Bessmer, Mendellsohn, Spilker, Gottstein, Gautier, Laquerrière, Apostoli, etc., ont cherché à délimiter la part manifeste appartenant à ce fluide. On a constaté, notion facile à prévoir, que les effets dépendent de l'intensité, des différences de potentiel, de la durée du courant; avec 50 milliampères, par exemple, on ne tue pas l'aureus, qui, au contraire, succombe à 60 milliampères. D'un autre côté, sans changer ni le voltage, ni l'intensité, on détruit les spores du charbon, lorsqu'elles subissent pendant une heure cette influence, tandis qu'elles conservent leur vitalité, quand on réduit cette durée à quinze minutes. Ces effets, pour la majorité des expérimentateurs, ont paru plus sensibles au pôle positif qu'au pôle négatif.
Mais il faut avouer que, dans une foule de ces travaux, l'action isolée de l'électricité agissant par elle-même, en tant que fluide spécial, se dégage péniblement. Fréquemment, en analysant ces recherches, on s'aperçoit qu'en définitive le courant a dû intervenir en produisant de la chaleur ou en mettant en liberté des substances nuisibles aux bactéries, en dégageant l'énergie sous des formes physiques ou chimiques spéciales; on revient alors aux attributs du calorique ou des antiseptiques, dont le pouvoir n'est plus à démontrer.
Grâce à la haute compétence de d'Arsonval, j'ai pu réaliser des expériences qui échappent à ces critiques; les influences secondaires ont été écartées, du moins autant que possible: seul ce fluide a été mis en cause dans des conditions de puissance qui n'avaient jamais été réalisées. En le subissant le bacille pyocyanogène perd parfois la faculté de sécréter des pigments; puis la multiplication est atteinte à son tour; mais, en dépit de l'usage de ces courants à haide ou à basse fréquence, nous n'avons pas réussi à l'éteindre complètement. — On sait que ces courants de foi'me sinusoïdale font fléchir la pression, provoquent la vaso-dilatation, la sudation, des oscillations dans les échanges, dans l'urée, le
lA. CHARRIN'i
lili TEMPÉRATURE; HUMIDITÉ; OZOXE; LUMIÈRE, ETC.
chlore, l'acide phosphoriquc; c'esl dire, ou, plulôl, c'est prouver qu'ils impressionnent le terrain (').
Il est juste cependant de remarquer que, dans une série de tentatives, si nous n'avions pas eu recours à un agent chromogène, nous aurions nettement déclaré qu'il ne se produisait aucune modification ; pourtant, en raison de la contingence de cette propriété, les changements étaient manifestes. Ces données expliquent une fois de plus combien il est facile d'obtenir des résultats discordants, même en mettant en œuvre avec la plus entière bonne foi une technique que l'on croit identique à celle qui a été instituée pour poursuivre une expérience que l'on contrôle. ■ — Ce sont sans doute des raisons de cet ordre qui expliquent les dissemblances des résultats obtenus; Bonome, Viola, Casciani sont parvenus, à l'aide de la haute fréquence, à rendre les toxines du streptocoque dix fois moins olTensives. tandis que Marmier n'a pu atténuer les sécrétions; d'Arsonval et Charrin ont enregistré des effets tantôt positifs, tantôt négatifs; à vrai dire, ces effets positifs ont toujours été des plus minimes.
On a rencontré des microbes dans la glace, dans la grêle, dans la neige; ces constatations dues à Renk, Montefusco, etc., etc., prouvent que le froid, le plus souvent, les affaiblit, sans parvenir à les détruire. Avec d'Arsonval, nous avons dû atteindre — 40, — 65 degrés, utiliser l'air liquide pour atténuer, après des heures, l'activité du bacille du pus bleu; aussi, contrairement à la légende, voit-on des épidémies sévir en plein hiver. Assurément, les abaissements thermiques modèrent l'activité des infiniment petits, mais ces abaissements, nous l'avons établi, ont également sur nos cellules un fâcheux retentissement; Castets soutient que, dans ces conditions, le rein, le foie fonctionnent moins activement, que la toxicité des humeurs augmente, que les germes s'échappent plus aisément de l'intestin, que le sang, fait signalé par le professeur Bouchard, est moins souvent stérile.
La chaleur exerce une influence plus nette. Quand l'eau, quand l'humidité ne protègent pas les germes, cette influence se fait spécialement sentir; ces protections hygrométriques sont, du reste, souvent insuffisantes. Voilà pourquoi , à cet égard, malgré certaines doctrines, les journées sèches, lumineuses, chaudes, ne sont pas spécialement à redouter.
La dessiccation favorise ces effets ; de nombreux travaux, ceux de Walliczek, de Guyon, d'Alessi, de IMomont, de Sirena, d'Uffelmann, de Marpman, etc., entre autres, sur le bacille du côlon, sur le germe du choléra, de la dothiénentérie, de la tuberculose, prouvent la réalité de cette donnée aussi bien que ceux qui ont eu pour objet le pneumocoque, l'agent du tétanos, etc.; suivant les niveaux aériens, plus ou moins secs, Christiani recueille des agents variables au point de vue quantitatif ou qualitatif. En présence de ces résultats, on se demande s'il est utile ou nuisible de pratiquer les arrosages des chaussées, des rues, quand ces arrosages, et c'est ordinairement le cas, sont insuffisants; un petit volume d'eau placé dans une dépression dissout certains matériaux nutritifs; il constitue un milieu de culture; il faut tout entraîner.
L'état hygrométrique, l'humidité, dans la majorité des circonstances, interviennent d'une façon opposée; il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les études de Dempster sur le bacille d'Eberth, celles d'Ascher sur les pyogènes, celles de Diatroptow sur le contenu de la vase des puits, etc. ; les grands mou-
(') Voy. cI'Arsonval, Soc. de biol., iSO.".