‹ Traité de médecineChapitre 81 sur 207 · ÉVOLUTION DES INFECTIONS. — PERIODE D'INCUBATION · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DES INFECTIONS. — PERIODE D'INCUBATION

de ces conditions, la pullulation est lente ou proniple, la sécrétion pauvre ou riche, l'énergie des toxines faible ou intense.

Si les choses se passent ainsi dans ces bouillons, qui ne conçoit combien, dans l'économie, les causes propres à faire osciller cette éA^olution, ce fonctionnement des bactéries, partant la maladie, peuvent se multiplier; sous mille influences, les réactions, en particulier les réactions nerveuses, agissent sur la teneur des plasmas, sur l'activité des organitcs défenseurs.

Aussi la marche des infections comporte-t-elle une infinité de variétés. Tantôt le mal poursuit son œuvre d'une façon uniforme, continue, comme dans la fièvre typhoïde ; tantôt l'affection procède par étapes, par poussées qu'il est permis d'envisager au point de vue des lésions, des symptômes, au point de vue anatomique, clinique, bactérien. Ces poussées, ces étapes, sont parfois séparées entre elles par des périodes d'une apyrexie relative, dans la tuberculose, par exemple; dans d'autres cas, les intervalles correspondent à la cessation apparente de tout processus; à cet égard, la malaria fournit un type achevé.

Dans les formes qui procèdent sans interruption, il existe, le plus ordinairement, une première phase de préparation, de recueillement pour le virus, qui demeure sensiblement latent : c'est l'incubation. Durant ce début, les agents pathogènes se multiplient, attendu que pour triompher des résistances de l'économie, ces agents doivent se présenter en bataillons serrés. — Il est rare de voir les désordres éclater sans qu'aucun signe précurseur se soit révélé; on devient difficilement malade, quand on est réellement bien portant : cet axiome, qui n'a de banal que la formule apparente, est au fond essentiellement vrai.

L'absence de tout accident prémonitoire est fréquemment la conséquence d'une observation insuffisante. Dans un bouillon pur, durant les premières heures qui suivent un ensemencement peu abondant, alors même que rien d'appréciable n'apparaît, alors même que la limpidité n'est pas troublée, des phénomènes intimes s'opèrent; la matière morte subit des métamorphoses; la multiplication se prépare; cette multiplication est rapide, si les plasmas présentent des conditions favorables. Si, au contraire, les humeurs rencontrées à l'origine sont très bactéricides, la végétation n'est pas possible; il ne se produit pas de maladie. — ■ Lorsque ce pouvoir bactéricide est modéré, les parasites luttent, mais disparaissent en partie, tout en livrant des diastases; ces diastases, modifiant promptement la matière dans la zone contaminée, l'adaptent aux exigences de ces parasites, à la façon de la levure qui métamorphose en éléments fermentescibles la saccharose, la lactose, etc. ; ainsi facilitée, l'évolution des assaillants s'effectue. Que la germination soit immédiate ou qu'elle nécessite ces adaptations, les désordres morbides commencent à se manifester, dès que le nombre des infiniment petits est suffisant.

Pour Massart et Bordet, à cette incubation correspond un combat entre ces infiniment petits et les phagocytes ; si les premiers sont victorieux, les perturbations vont de l'avant; s'ils sont vaincus, les troubles prennent fin, se réduisant à quelques minimes accidents locaux, habituellement à peine saisissables; ce combat a pour siège la lésion locale, constituée par l'œdème, la diapédèse, la congestion (*), etc. — Pour ceux qui admettent la théorie de Courmont et Doyon

(') Ces phénomènes d'œdème, de diapédèse, de congestion, d'anémie, parfois, de gangrène, quand les tissus, les nerfs, les vaisseaux, etc., sont peu résistants, ces phénomènes sont dus aux actions irritatives directes ou indirectes, aux attributs vaso-moteurs des gei'mes ou des toxines, aux troubles de l'osmose, aux altérations des humeurs, etc.

PHASE D'ÉTAT. — TF.HMINAISOXS. 187

les phénomènes généraux n'édalcnl ([u'à Tinslanl où les tissus, sous rinHuence des sécrétions des microbes, ont fabriqué la vraie diaslase morbifique.

Si on suppose que ces principes morbiliques dérivent de la vie de ces microbes, la période d'état "débute à l'instant où ces microbes leur ont donné naissance en proportions voulues pour aller impressionner les appareils nerveux, circulatoire, digestil", respiratoire, cutané, elc; les doses, les qualités requises pour que ces substances, en dehors des détériorations locales des points d'inocidation, provoquent la fièvre, la dys[)née, l'albuminiu-ie, l'inappétence, les convulsions, etc., ou les congestions pulmonaires, les néphrites, les entérites, etc., sont plus ou moins vite obtenues, suivant la vitalité des ferments figurés.

En continuant et leur i)ullulalion et leur fonctionnement, les microphytes rendent l'intoxication, l'infection prog-ressivement plus intenses, jusqu'à l'heure où la mort survient en dépit des efforts tentés par l'économie pour éviter ce désastre : l'élimination des poisons par le rein, par la peau, par les bronches, par l'intestin, leur destruction par le foie, par l'épithélium digestif, par les capsules surrénales, par les oxydations, par les réductions, en outre, les dédoublements, les hydratations interstitielles, la suppression de quelques bactéries, etc., tous ces éléments constituent la majeure partie de ces eflbrts de l'organisme.

Quant aux formes anatomiques, quant aux localisations, elles dépendent de la porte d'entrée, de l'espèce du germe, de l'état du terrain, etc. Placé dans les vaisseaux, un parasite se généralise plus aisément; abondant, virulent, il crée plus facilement une septicémie; s'il a vécu antérieurement dans tel tissu, si les nerfs, les capillaires, les cellules d'un viscère laissent à désirer, cet agent se fixe volontiers dans ce tissu ou ce viscère ; la résistance locale comme celle de l'organisme entier ont une réelle influence; de môme les associations morbides de tout ordre, de môme le génie épidémique, l'âge, le sexe, la race, etc.

Si le mal se termine par la guérison, une phase de défervescence, phase plus ou moins longue, parfois des plus brèves, dans la pneumonie, par exemple, précède cette guérison. — La limitation de la durée d'activité des germes, l'expulsion, la neutralisation des toxines, un certain degré d'accoutumance, des influences nocives aux agents pathogènes, l'apparition de l'état bactéricide, les effets des matières empêchantes, le défaut d'aliments, de nombreuses conditions provoquent l'atténuation des symptômes. Cette atténuation est complète ou partielle, apparente ou réelle; les infiniment petits sont totalement anéantis ou bien ils ne sont qu'affaiblis; la santé ne se rétablit qu'en partie; on constate une détente, une amélioration, un temps d'arrôt dans la marche du mal.

Plusieurs causes, en grande partie celles qui engendrent la défervescence, s'associent pour conduire à ce résultat. En premier lieu, au bout de quelques jours de pleine activité, les infiniment petits, à l'exemple de tout être vivant, se voient contraints de ralentir et leur multiplication et leurs sécrétions. En second lieu, telle condition, l'hyperthermie, entre autres, quelquefois les aiTaiblit; l'histoire du pneumocoque le prouve. En troisième lieu, les viscères, chargés d'amener au dehors ou d'annuler les toxiques bacillaires, grâce à leur énergie, grâce à l'assistance des organes suppléants, vicariants, purgent suffisamment les plasmas, du moins pour un temps donné; cette sorte d'épuration permet aux cellules, chargées de remplir l'importante tâche de la phagocytose, de détruire plus aisément les germes. L'accoutumance aux poisons bactériens rentre également en

[.1. cHARRirri

Page 1