RECHUTES. — ACCÈS
ligne de compte, d'une manière, il est vrai, le plus souvent peu marquée. — Ces accalmies persistent plus ou moins longtemps.
Les raisons intimes, le mécanisme de l'existence de ces apaisements comportent une foule de facteurs, qui savent intervenir tant du côté du terrain que du côté des parasites. Au nombre de ces facteurs figurent le défaut d'aliments, l'épuisement des milieux, parallèlement à l'accumulation des matières dites empêchantes, bien que cette accumulation, chez l'être vivant, prédomine de beaucoup; car, en dehors de cas exceptionnels, en dehors des cavités closes mal irriguées, malgré l'inappétence, le manque de principes nutritifs au sein de l'économie est chose secondaire.
La résistance diminue sous l'influence d'une imprudence, d'un écart de régime, d'une fatigue, d'une émotion, d'une variation atmosphérique, d'une intoxication, d'une maladie nouvelle, d'une simple intervention du froid; à la suite du défaut de fonctionnement d'un viscère lésé par la première poussée, on voit fléchir l'état microbicide ou phagocytaire, les défenses statiques ou dynamiques, celles qui dépendent des organites ou des liquides humoraux, etc. : les germes épuisés recouvrent leur activité; derechef, ils font apparaître leurs sécrétions vénéneuses.
Ces rechutes peuvent aussi être occasionnées par un viscère qui soudainement impuissant, en raison de la marche des lésions qu'une ancienne atteinte a créées dans son parenchyme, cesse de neutraliser les matières dangereuses ou de les amener à l'extérieur. Il faut également compter avec certaines lois de la nutrition, avec certaines lois pathologiques, plus encore avec les lois de l'individualité, avec les lois pharmacodynamiques, etc., qui varient d'un sujet à l'autre, d'un germe à l'autre, d'une toxine à l'autre, etc.
Ces retours offensifs arrivent parfois à l'heure où la tentative d'immunisation, cjui dérive du commencement de formartion des principes bactéricides ou antitoxiques, est déjà accentuée, à l'heure où l'effort de l'économie a suffisamment spolié les tissus des substances nuisibles, comme cela se voit de temps à autre, lorsc|u'une infection cesse bruscjuement ; quand on constate ces décharges urinaires que caractérise une abondante diurèse accompagnée d'un accroissement notable de la toxicité du contenu vésical, quand ces phénomènes se réalisent, on est également en droit de penser que l'accès va prendre réellement fin. Si d'autres accès éclatent, on se trouve en présence de la forme intermittente, dont le paludisme offre un type absolu.
Affaiblis par un excès d'activité, par des conditions physiques ou chimiques d'atténuation, les microphytes se réfugient dans quelque coin de l'économie ; ils habitent plus ou moins longtemps la retraite choisie, la rate, les ganglions, organes, à s'en rapporter à Bulloch, à Schmorl, ordinairement altérés à la suite de ces atteintes; leur présence passe plus ou moins inaperçue, état latent qui prouve une fois de plus que nous pouvons porter en nous des parasites infectieux sans nous en douter. Puis, lorsque ces microphytes ont reconquis leur énergie, lorsque la circulation a été purgée des matières faisant obstacle à leur évolution, ils se répandent de nouveau dans les vaisseaux.
Divers phénomènes de valeur inégale, réputés critiques, éruptions, sueurs, flux intestinaux, polyurie, chute de température, etc., annoncent la fin de ces accès; ces phénomènes révèlent les solennelles réactions de l'économie, les crises qui correspondent aux tentatives que fait cette économie pour se débarrasser des envahisseurs ou de leurs poisons, tentatives facilitées ou entravées
CYCLES MOIU'.IDES. 189
par rélal des viscères chargés de réliminalion. Le rein devenu scléreux(*), par exemple, retarde cette élimination; il en est de môme des altérations de la peau, dos poumons, de rin(esLlin, dos glandes, etc.
Celui qui examine les choses do plus près quelquefois parvient à prévoir ces [U'ocessus, en voyant s'accumuler les leucocytes, ainiicr Tarmée des difl'érents éléments analomiques capaldos d'englober les ennemis, do les digérer, de les anéantir; il est même possii)le, d'après Bolkin, d'après Klomporer, de reproduire ces réactions finales, on injectant certaines toxines; ces réactions surviennent au moment où les parasites ont achevé la course qui leur est départie.
Il en est de ces parasites comme des autres êtres vivants. Une espèce, l)armi ces èlres, conserve son énergie pendant des heures, des jours; une autre durant dos semaines, des mois, dos années; ainsi tel agent pathogène, dans des conditions spéciales, dans un terrain donné, dans un organisme choisi, si aucun obstacle ne s'oppose à son évolution, poursuivra sa carrière, avec les trois phases d'augment, de stationnement, de décroissance, sensiblement en un seul septénaire : c'est le cas du pneumocoque virulent inoculé dans le poumon de l'homme; tel autre, en trois : c'est ce que fait le bacille d'Eberth. C'est là le cvcle, cycle qui, comme les crises, s'observe aussi dans la goutte, dans l'asthme, dans l'épilepsie, dans les affections de nutrition ou à processus nerveux.
Toute maladie qui s'effectue d'après une marche prévue, dans un laps connu, fixé, généralement court, offre cette forme cyclique, comprenant les phases de préparation, de croissance, d'état, de déclin. Ce cycle se renouvelle ou ne s'observe qu'une fois, suivant que sa réalisation aboutit ou n'aboutit pas à la création de l'état réfractaire ; on peut, en quelque sorte, le décomposer on cycle anatomique, cycle qui a trait à l'évolution des lésions, en cycle bactérien, cycle qui a pour base le développement des agents pathogènes, en cycle clinique, cycle qui constitue la marche des symptômes ; tantôt ces cycles sont dissidents dans leurs allures, tantôt ils sont concordants.
Los retours offensifs, les rechutes sont la conséquence, du côté du virus, de l'acquisition d'une nouvelle vitalité, d'une sorte de rajeunissement. L'économie, pour sa part, peut favoriser ces rechutes, par exemple, sous l'influence d'une détérioration plus ou moins prononcée des tissus, sous l'action de la cessation de l'effort réactionnel de l'organisme, cessation due à la nature des actes nerveux, dont le propre est d'être habituellement transitoire.
Ces retours offensifs sont plus ou moins dangereux; leur gravité ou leur bénignité dépendent du degré de rénovation dos bacilles, de l'étendue, de l'importance de l'affaiblissement du terrain. Il convient aussi de se préoccuper de la quantité, de la qualité dos éléments destructeurs des germes ou de leurs poisons, quantité ou qualité que l'atteinte initiale a mises à l'épreuve ; il faut, en outre, s'enquérir des associations microbiennes, associations qui, à l'inverse de ces éléments protecteurs, dans la majorité des cas, renforcent ces nouvelles attaques.
Plus d'un auteur pense que ces accidents, décorés du nom de rechutes, sont l'œuvre du microphyte générateur des désordres du début (-), microphyte qui entre une deuxième fois en scène, après avoir reconquis sa virulence, après
(') La toxine diphlériiiuo engendre la sclérose (Hallion, Enri(iuez); elle agit sur Tintestin, le myocarde, les nerfs, la Iherniogenèse (Arloing. Laulanié), les muqueuses (Morax, Elmiassan),etc.
(-) Ce microbe se réi)andrail à nouveau dans léconomie, ces nouvelles dis{)ersions. comme les diffusions de la première atteinte, se réalisant souvent à l'aide des embolies bactériennes.
[A. CUARRINJ