‹ Traité de médecineChapitre 85 sur 207 · MICROBES ET CELLULES. — PARALLÈLE · texte numérisé non relu

MICROBES ET CELLULES. — PARALLÈLE

bactériennes; c'est que les substances que leurs déviations nutritives produisent sont moins nocives pour nos tissus, comme aussi plus connues de ces tissus, (jui sont plus accoutumés à elles; c'est que ces affections de Taxe cérébrospinal, plus encore les maladies humorales, surviennent à un âge relativement avancé, à un moment où la sclérose a envahi les viscères, où les réactions sont moins ardentes.

Néanmoins, ces perturbations ont leurs crises; Fépilepsie, la goutte en témoignent; elles ont leurs rechutes, leurs récidives; ce mal comitial, celte diathèse urique, en témoignent aussi; elles passent également de la forme aiguë à la forme chronique; elles vieillissent avec le sujet qui les porte.

C'est que si ces deux cellules, l'organique et la microbienne, offrent des différences, elles présentent, en revanche, nous le rappelons, de nombreuses analogies. Elles sont polymorphes l'une et l'autre; les globules sont sphériques à l'exemple des coques, les épithéliums cylindriques allongés à la façon des bacilles, les fibres élastiques enroulées à la 'manière des vibrions ; les éléments anatoraiques possèdent des noyaux, tandis que quelques-uns, les hématies rouges, en sont privés; Butschli prétend que certains micrôphytes en sont pourvus, tandis que d'autres en manquent. Les bactéries, aussi bien que nos organites, fixent les réactifs avec intensité, en particulier les couleurs d'aniline, lorsqu'elles sont en parfaite vitalité; elles les retiennent moins ai.sément quand elles sont en voie de dégénérescence; les bactéries, aussi bien que nos cellules, présentent des états embryonnaires, un protoplasme ayant l'apparence granuleuse, la structure, la composition albuminoïde de celui de nos tissus; les bactéries, aussi bien que nos cellules, se divisent par scissiparité, consomment de l'oxygène, de l'azote, etc. Dans les deux groupes existent des corps aérobies et anaérobies, des oxydants, des réducteurs; les sécrétions ont des voies d'entrée et de sortie communes; nous avons des déchets qui ne passent pas ou fort peu dans l'urine; Kartulis prétend que lessécrétions tétaniques prennent peu ce chemin que d'autres suivent. Parmi les produits nés de l'évolution soit des parasites, soit de nos éléments, on décèle, à côté de l'acide carbonique, à côté des groupes ammoniacaux qui forment, dans chaque cas, la plus grande part des cendres, on décèle des doses minimes de toxines spéciales, car si les germes ont leurs albumines, leurs diastases, leurs acides, leurs alcaloïdes, etc., nous avons la ptyaline, la trypsine, les acides chlorhydrique, lactique, les leucomaïnes ; nous avons la bilirubine, la biliverdine, l'hémoglobine, l'urochrome, etc., de même qu'ils engendrent la pyocyanine, le vert fluorescent, les matières du prodigiosus, de l'aureus, etc. ; une partie des éléments actifs est soudée au protoplasma.

En injectant les cultures stérilisées, on fait naître des convulsions, du coma, des diarrhées, de l'albuminurie, des hémorragies, des congestions, des œdèmes (^) des viscères. En introduisant dans les vaisseaux l'urine, qui n'est qu'un mélange des substances issues de la vie de l'économie, on provoque la naissance de phénomènes identiques. D'ailleurs, chez le brightique, les déchets organiques, au lieu de s'échapper par le rein, circulent dans nos plasmas; or, que font-ils apparaître, si ce n'est de la dyspnée, du délire, de l'agitation,

(') Qu'il s'agisse des œdèmes du tissu cellulaire ou des viscères, on peut expliquer la pathog'énie de ces phénomènes en invoquant les propriétés vaso-motrices des toxines, les altérations des humeurs, les irritations directes, les attributs de certains agents (bacilles de l'œdème), le mauvais état des vaisseaux, des nerfs, surtout s'il existe aussi de la gangrène, etc.

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des désordres intestinaux, circulatoires, tout comme les toxines, — Si ces toxines agissent sur les vasormqteurs, sur la pression, l'urée, suivant Chiarrulini, agit sur ces vaso-moleurs,-sur cette pression; si ces toxines enflamment l'intestin, par troubles de l'osmose, par action nerveuse centrale ou périphérique, par irritation directe, ou en passant du sang dans sa cavité, chez l'individu alleinl de néphrite interstitielle, les poisons urinaires se comportent d'une façon analogue. — Les unes et les autres de ces matières nuisibles, par des procédés semblables, irritent les séreuses, les muqueuses, la peau; elles créent des symptômes, des lésions semblables, à ce point, que, si le dothiénenlérique a de la bronchite, une sécrétion abdominale excessive, des perturbations nerveuses, des oscillations thermiques, une éruption, etc., l'urémique a lui aussi des lésions des canaux aériens, lésions étudiées avec som par Lasègue; ses selles sont liquides; d'autre jDart, les troubles psychiques, les ér}1hèmes, etc., chez lui, ne font pas défaut. Lorsque la mort arrive soit dans les maladies viscérales, soit à la fin des diathèses, elle est le résultat de l'intoxication poussée à ses dernières limites. Qu'est-ce, en effet, que mounr par le rein, par le foie, par le cœur, par les poumons, ou des suites de la goutte, sinon succomber sous l'influence de principes nuisibles qui ont échappé à l'élimination, à la destruction, sinon succomber empoisonné par l'acide carbonique, par les acides gras, etc., etc. (')?

Or, dans l'infection, en dehors de quelques processus réflexes, du reste, peu communs, les accidents les plus graves sont la conséquence de l'imprégnation des organes, des tissus, des centres de la respiration ou de la circulation par les produits solubles de nature parasitaire ; ils sont d'ordre toxique.

Continue ou intermittente, cyclique ou irrégulière, aiguë ou chronique (-), l'infection, au lieu de conduire à la mort, peut aboutir à la guérison; cette guérison est en partie réalisée le jour où ces 'poisons d'origine bactérienne sont éliminés ou détruits, le jour où, grâce à la phagocytose, grâce aux propriétés bactéricides des humeurs, les microphytes, dont quelques-uns sortent par les émonc foires, sont anéantis, etc.

Le retour à l'intégrité peut être parfait. Certains virus, par exemple, celui de la pneumonie, du rhumatisme articulaire aigu, le plus ordinairement lorsqu'ils ne conduisent pas à la terminaison fatale, permettent ce retour : la vitalité des germes en cause est peu durable.

Dans d'autres circonstances, surtout si le mal a persisté longtemps, s'il a procédé par assauts, par rechutes, par accès, s'il y a eu des complications, des associations microbiennes, si, à un instant donné, le pronostic a été sombre, dans d'autres circonstances, le danger présent disparaît, mais non sans que le.-, agents pathogènes laissent des traces de leur fonctionnement : il suffit de rappeler les néphrites de la scarlatine, les endocardites de la fièvre typhoïde, les névrites de la diphtérie, etc. Dans ces tissus malades, vous chercheriez en vain, au bout d'un temps suffisant, tant le bacille que les toxines; ces facteurs de symptômes ou d'altérations ont disparu: ce qui leur survit, c'est la

(*) J'ai longuement insisté (voy. Semaine médicale, 1893, 189i; voy. Poisons de l'urine. Poisons du tube digestif. Poisons des tissus, collection encyclopédie Léauté) sur le nombre, la fréquence des processus toxiques en évolution dans Torganisme; j'ai établi que le mécanisme de la mort, en dehors des actes réllexes, d'inhibition ou de dynamogénie, est le plus souvent de cet ordre.

(-) Cette chronicité est due, en partie, soit à la longue rétention, à raccuiiiulaliun des déchets des bacilles ou des cellules, soit aux lésions de ces cellules, etc.

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