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CHAPITRE IX"^ LES SÉCRÉTIONS MICROBIENNES — LEURS PROPRIÉTÉS CHIMIQUES

HISTORIQUE — PRODUITS PUTRIDES — PTOiMAINES — SECRETIONS MICROBIENNES ALCALOÏDIOUES,

ALBUMOSIOUES

Propnélés générales des toxines ou sécrétions des ferments figurés. — Historique. — Produits de la putréfaction. — Ptomaïnes. — Travaux de Gaspard, Panum. Selmi, Gautier, etc. Origine des sécrétions microbiennes. — Procédés suivis par les bactéries

pour métamorphoser la matière. Toxines alcaloïdiques microbiennes. — Toxines alca-

loïdiques de la putréfaction. — Toxines alcaloïdiques des microbes pathogènes.

Toxines microbiennes albumosi([ues.

La découverte des substances toxiques formées de toutes pièces aux dépens de matières putréfiées ou virulentes est bien antérieure à la microbiologie. Dès le commencement de ce siècle, en 1822, Gaspard et Stick constataient que les extraits cadavériques peuvent donner la mort, quand on les injecte sous la peau d'un animal. Ces observations furent confirmées par plusieurs expérimentateurs, par Magendie, par Darcet, par Sédillot; elles ne dépassèrent cependant pas le domaine de la physiologie proprement dite. Aucun de ces savants n'avait songé à isoler chimiquement les substances toxiques dont il avait étudié les effets sur l'organisme : les connaissances chimiques étaient alors trop élémentaires, les procédés d'investigation trop primitifs.

Bien que les travaux de Panum, publiés(^) en 1856, n'aient pas abouti à des résultats beaucoup plus précis que ceux de ses devanciers, le mémoire du savant danois marque cependant un progrès important sur les recherches antérieures. Cet auteur essaya de séparer sommairement les produits toxiques formés au cours de la putréfaction ; il fut conduit à admettre que, si les matièresputréfiées cèdent à l'alcool une partie de leurs éléments toxiques, une autre portion est au contraire insolubilisée par ce dissolvant. Cette observation remarquable a été le point de départ d'un grand nombre de découvertes.

Aujourd'hui encore, malgré les progrès accomplis depuis quarante ans, quand il s'agit de déterminer la nalure des poisons bactériens, beaucoup

(*) Il n'est que juste de rappeler que ce chapitre est dû en grande partie au professeur

HUGOUNENQ.

(-) Panum, Virchov's Arcli., t. XXVII, XXVIII et XXIX, et Aini. cli. et phys., o' sér., t. IX.

lA. CHARUIN/i

198 SÉCRÉTIOXS MICROBIENNES. — IIISTORIOUE.

«rexpérimenlateurs son tiennent à l'expérience de Panum; c'est, d'ailleurs, une base solide pour une classification naturelle des toxines microbiennes, telles cju'on les conçoit ordinairement. Pendant plus de dix ans, de I8a(j à 1808, au moment même où Pasteur constituait les bases scientifiques de la bactériologie ])ar ses travaux mémorables sur les fermentations, la physiologie n'ajouta rien de nouveau aux résultats acquis par la génération précédente.

Cependant les observations, les mémoires, les thèses n'ont pas fait défaut pendant cette période. En 1864 et 1863, Weber (') publiait quelques recherches; en 1866, Hemmer(-), Schweninger(^), W. de Raison (''), Dupré et Bence Jones (^), Hager(^); l'année suivante Mûller('), Weidenbaum(**j, Schmitz (') multipliaient les tentatives pour isoler les poisons putrides; ils ne réussissaient qu'à confirmer les observations de leurs devanciers, n'apportant personnellement rien de nouveau.

Par contre, BergmannC") isola, en 1808, de la levure de bière putréfiée, un corps azoté cristallin qu'il étudia, en collaboration avec Schmiedbergf"); ces deux savants lui donnèrent le nom de sepsine. Quelque temps après, Zuelzer et Sonnenschein(*-j retiraient du produit de la putréfaction une substance azotée dont l'action physiologique était comparable à celle de l'atropine. Rôrsch et Fassbender('^), puis Schwanert('^), extrayaient d'un cadavre un principe amorphe voisin de la digitaline, tandis que Dupré et Bence Jones obtenaient une substance fluorescente en solution sulfurique, substance qui, en raison même de ce dichroïsme, rapprochée de la quinine, fut désignée sous le nom de quinoidine animale.

C'était là un premier pas dans la voie de la différenciation chimique des poisons putrides; Gautier, envisageant la question surtout au point de vue biologique, devait aller plus loin. Il montre que la putréfaction des albumines entraîne la formation d'éléments azotés, nettement alcaloïdiques, dont l'apparition est constante au cours des fermentations putréfactives subies par des matières protéiques('^). De ce chef, la genèse des toxines n'avait plus l'intérêt d'un fait isolé; elle prenait l'importance d'une loi chimique d'ordre général; néanmoins, il fallut la consécration, toujours retentissante, des applications toxicologiques pour attirer l'attention du public médical sur la portée de ces nouvelles conquêtes. — Quand le médecin légiste italien Selmi('^), qui se préoccupait avant tout du côté toxicologique, eut donné la démonstration que l'eslo-

(1) Weber, Deutsche Klinik, 4864, 48-51 ; 1865, 2-8.

(-) Hemmer. Expérimentale Studien ûber die Wirkung faulender Stiicke an den Ihierischen Organen. Mûnchen, 1806.

p) ScHWEMXGER, Uebcr die Wirk. faul. org. Subst. Miinchen, 1866.

(*) W. DE Raison. Notes expérim. relatives à la conn. de Tint, putride. Thèse inaug. Dorpat, 1860.

(•'') Dupré et Benxe Jones, Pharm. CenlraVA., XVI, 10. et Zeitschrifl fiir Chemie und Pharm.. 1866.

(6) Hager, Pharm. CentraUialle, XVI, 8, 1866.

C) Mcller, Étude expér. sur une cause de maladie ou de mort. Le poison dit putride contenu dans les matières putrescentes. Thèse inaug. Munich, 1867.

(*) Weidenbaum, Étude expér. sur l'isol. du pois. putr. Thèse inaug. Dorpat, 1867.

(3) Schmitz. Sur la question du pois. putr. Thèse inaug. Dorpat, 1868.

(»o) Bergmann, D. putr. Gift. u. d. putr. Dorpat, 1868.

('*) Bergmann u. Schmiedberg, Centralblatt f. d. med. Wissensch , Zi, 1868.

(*-) Zuelzer u. Sonnenschein, Berl. klin. Wochenschr., 12. 1869.

('^) Rôrsch u. Fassbender. Ber. der deutschen chem. GeselL. 1864. 1869.

(^*) Schwanert. Ber. der deutschen chem. GeselL, 141, 1869.

(''') Gautier, Chimie appliquée à la physiol., à la pathol. et à l'hygiène. Paris. Savy. 1874.

('**) Selmi, Acad. di Bûlogna, janvier 1872.

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