TRANSFORMATIONS VARIABLES DE LA MATIÈRE
autres par des chaînes latérales. L'édifice ainsi constitué pourrait être représenté scliématiquement par une formule à chaînons ramifiés, nombreux et enchevêtrés. Or, sous Tinfluence des alcalis, des micro-organismes, de leurs diastases, comme aussi des cellules vivantes de l'économie, de l'eau se fixe sur ces albumines; des copules se détachent du noyau moléculaire, ils deviennent libres. Alors prennent naissance les peptones, des acides amidés analogues à la leucine, des bases pyrroliques ou hydropyrroliques, véritables alcaloïdes que nous retrouvons, sous le nom de ptomaïnes, dans les produits de la putréfaction. Il faut ajouter que les microbes pathogènes poursuivent rarement jusqu'à cette dissection ultime l'hydratation des matières protéiques : le plus souvent, et c'est là ce qui rend difficile l'étude de leurs actions chimiques, ils se bornent à imprimer aux albumines nutritives des modifications très légères, presque insensibles aux réactifs, que trahit seule l'action physiologique. Les produits de cet ordre forment un groupe bien distinct, chimiquement très voisin des peptones; il comprend des substances azotées, neutres, amorphes, solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool absolu, l'éther, le chloroforme. Ces composés présentent les réactions du biuret, celle d'Adamkiewicz ; le réactif de Millon les colore en rouge; l'acide azotique les teint en jaune: ce sont les toxines albumosiques. Quand la décomposition des albumines a été plus profonde, des corps de constitution plus simple se sont formés; plusieurs cristallisent; la plupart sont bien définis : ce sont des composés azotés, basiques, huileux ou cristallins, plus solubles dans l'alcool ou les dissolvants organiques que dans l'eau, formant des sels avec les acides, précipitables par l'iodure de potassium ioduré, les iodures doubles, l'acide picrique, le sublimé, les acides phosphotungstique, phosphomolybdique, etc., etc. Telles sont les toxines microbiennes alcaloïdiques fréquemment désignées sous le nom de ptomaïnes (').
Les toxines alcaloïdiques peuvent se présenter sous forme d'huiles incolores ou ambrées, d'odeur très variable, tantôt vireuse ou cadavérique, quelquefois agréable, analogue à celle de l'aubépine, du seringa. Ces bases, souvent ' insolubles dans l'eau, se dissolvent généralement bien dans l'alcool, l'éther, dans les dissolvants des substances riches en charbon; elles se combinent aux acides pour donner des sels solubles, bien cristallisés; elles peuvent s'unir également au chlorure d'or, au chlorure de platine pour fournir des combinaisons qui cristallisent facilement, qui se prêtent bien à la séparation des alcaloïdes : ces bases liquides ne renferment habituellement pas d'oxygène.
Par contre, les alcaloïdes oxygénés sont presque toujours solides, incolores : la plupart cristallisent à l'état de sels; beaucoup se dissolvent bien dans l'eau, médiocrement dans l'alcool, mal dans la benzine, dans le chloroforme.
Quel que soit leur état, solide ou liquide, les toxines basiques présentent un ensemble commun de propriétés chimiques : l'oxygène, la lumière, les acides en excès les altèrent facilement, les colorent, les résinifient; les acides dilués, les chlorures d'or, de platine s'en emparent, forment avec elles des combinaisons cristallines, quelquefois teintées en rose. Vis-à-vis des réactifs précipitants, ces alcalis se comportent comme les bases extraites des végétaux; ils sont toujours précipités par l'acide phosphomolybdique, à peu près constamment par l'iodure de potassium ioduré, par les iodures doubles de potassium, de mercure, par ceux
(1) La dénomination des ptomaïnes ne convient pas à tous les alcaloïdes microbiens; elle doit être restreinte, d'après l'étymologie (TrTÛ|jia, cadavre), aux bases alcalines qui se produisent pendant la putréfaction cadavérique.