ECZÉMA
DÉFINITION. — L'eczéma est une dermatose inflammatoire, caractérisée par une rougeur congestivc, accompagnée de tuméfaction, sur laquelle se développent des vésicules, petites, acuminées et confluentes, de très courte durée, dont la rupture donne lieu à l'écoulement d'un liquide transparent, se coagulant sous forme de croûtes,
(1) Dulirin{^, qui avait fait d'aboi-d de rimp(5tif,^o hcrpcLiformc une variété de dermalite herpétiforme, est revenu sur cette opinion au Congrès de dermatologie de 1889
auxquelles succèdent des squames furfuracées, puis une induration du derme, marquée surtout dans l'eczéma chronique.
DIVISION ET DESCRIPTION. — L'eczéma est aigu ou chronique; la forme aiguë n'est le plus souvent qu'une poussée aiguë dans le cours d'un eczéma chronique ou le début aigu d'une forme chronique.
Eczéma aigu. — Il présente trois périodes : 1° congestion et vésiculation; 2° suintement et formation de croûtes; 3" desquamation.
Première période. — Elle dure de vingt-quatre à quarante-huit heures. La peau rougit d'abord et se tuméfie; cette rougeur, qui est accompagnée d'une sorte de tension douloureuse de la peau et de démangeaisons parfois très vives, se recouvre de vésicules acurainées, confluentes, remplies d'un liquide clair. Ces vésicules quelquefois volumineuses, sont en général si petites qu'on ne les voit qu'à la loupe et que le doigt ne perçoit qu'un état chagriné des téguments. Parfois les vésicules se rompent dès leur formation et donnent lieu à un suintement abondant; dans d'autres cas, elles s'affaissent par résorption, le suintement fait défaut, la desquamation apparaît d'emblée.
Deuxième période. — Les vésicules persistent de quelques heures à un jour, puis se rompent et donnent issue à un liquide transparent, poisseux, qui se concrète et forme, avec les débris épidermiques, des croûtes souvent grisâtres, quelquefois jaunâtres quand les vésicules ont suppuré, ou brunâtres lorsque, par suite de grattage et d'excoriations, un peu de sang s'est mélangé aux croûtes.
Troisième période. — Au bout d'un temps variable, le suintement diminue et cesse, les croûtes finissent par tomber, la peau reste lisse, rouge, se couvre d'une desquamation plus ou moins abondante, lamelleuse, qui se renouvelle sans cesse. La rougeur de la peau persiste encore un certain temps, alors que la desquamation est terminée.
Quand les vésicules ne se sont pas rompues, que le contenu s'est simplement résorbé, la desquamation est plus fine et moins prolongée.
Ces trois périodes sont réunies d'ailleurs sur le môme sujet et l'on voit à la fois des éléments éruptifs d'âge différent, caractérisés par des vésicules, des croûtes et des squames.
Symptômes concomitants. — On observe une fièvre légère, de l'embarras gastrique, de la courbature, mais ces symptômes peuvent faire totalement défaut. On peut voir aussi de l'engorgement ganglionnaire et des adénites dans les ganghons où se rendent les vaisseaux lymphatiques des régions eczémateuses. Parfois, après l'éruption, apparaissent des furoncles, dus à une infection secondaire de la peau ; ceux-ci sont très tenaces et récidivent pendant longtemps.
Eczéma chronique. — Il peut succéder à la forme aiguë ; l'éruption persiste, s'accompagne d'induration de la peau. D'autres fois, la forme chronique s'installe d'emblée. La rougeur de la peau est moindre que
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dans l'eczéma aigu, mais les démangeaisons, plus intenses, sont, exagérées par les variations de température, la chaleur du lit, l'ingestion d'aliments épicés et de boissons excitantes. L'eczéma chronique est encore caractérisé par des poussées successives, pendant lesquelles apparaissent de nouvelles vésicules d'une courte durée. Souvent les vésicules font défa it; le suintement se produit d'emblée, moins abondant, mais plus épais que dans l'eczéma aigu, et se concrète sous forme de croûtes. Un autre signe caractéristique, c'est l'épaisissement de la peau, qui est dure au toucher et présente des fissures et des exulcérations superficielles, donnant naissance à un suintement séreux et même séro-purulent par infection secondaire.
Parfois l'eczéma chronique est sec, ne présente pas de croûtes, la peau est seulement épaissie, rugueuse, recouverte d'un mélange de papules, de vésicules avortées et d'exfolialion épidermique. Les démangeaisons, dans cette forme sèche, sont encore plus vives que dans l'eczéma humide. Cet eczéma chronique sec se rapproche du lichen simplex chronique ; d'où son nom à'eczéma lichénoïde.
L'eczéma aigu peut évoluer assez rapidement; mais, comme il y a souvent des poussées répétées, la durée de la maladie peut être prolongée. Quant à l'eczéma chronique, sa durée est indéfinie, l'épaississement de la peau persiste longtemps ; quand la maladie tend à disparaître, il reste une pigmentation souvent indébile. De temps en temps surviennent des recrudescences qui reculent le moment de la guérison.
VARIÉTÉS (1). — L'eczéma peut présenter des variétés suivant la forme et l'aspect de l'éruption et suivant le siège, la région qu'il occupe. Il peut être localisé ou généralisé ; dans ce dernier cas il y a toujours quelques intervalles de peau saine.
Variétés suivant la forme et l'aspect de l'éruption. — Eczéma RUBRUM AIGU. — Il pcut débuter d'emblée ou avoir pour point de départ un eczéma chronique localisé. Il s'annonce par de la fièvre accompagnée d'embarras gastrique, parfois d'agitation et même de déhre; il est précédé de démangeaisons généralisées à toute la surface du corps. L'éruption diffère de celle de l'eczéma ordinaire : au lieu de la rougeur diffuse, on voit apparaître, sur plusieurs points du corps, des plaques rouges, saillantes, s'étendant, se réunissant parfois entre elles, laissant toujours des régions exemptes d'éruption. Sur ces plaques rouges, siégeant aux phs articulaires, aux lombes, aux aisselles, aux coudes, à la face interne des cuisses, sur le scrotum, aux poignets, au cou et même à la face, on voit des vésicules, petites et confluentcs, parfois plus volumineuses, qui s'affaissent rapidement, se déchirent et produisent une sérosité abondante, puis <ies croûtes comme dans l'eczéma ordinaire. L'eczéma rubrum
(1) Voy. HiLLAiHET et Gaucher, Traité des maladies de la peau, 1884. — E. Gau^ -Ciiuit, Leçons sur les maladies de la peau, 1895.
débute comme un pseudo-exanthème , évolue en deux ou trois septénaires, récidive facilement, même à plusieurs reprises.
Eczéma nummulaire. — Constitué par des plaques arrondies, sèches ou peu suintantes, de la dimension d'une pièce de 5 francs, à bords bien limités, disséminées sur le tronc, les membres, principalement les membres supérieurs ; leur durée est très longue.
Eczéma cannelé. — Il se rapproche de l'eczéma nummulaire. D'après Brocq il serait constitué par de petits placards arrondis ou ovalaires, d'un rouge pâle, à bords bien délimités, siégeant sur la face dorsale des mains et sur les membres. Fait particulier, il présente des cannelures concentriques visibles seulement à la loupe.
Eczéma fendillé. — Forme parfois associée à l'eczéma vésiculeux ordinaire, pouvant aussi exister seule sans trace de vésicules. Cet eczéma est constitué par des fentes superficielles, par des fissures longues et étroites, plus ou moins profondes, étendues en zigzag, entre-croisées, circonscrivant des intervalles de peau saine et donnant naissance à une sérosité qui empèse le linge comme dans l'eczéma ordinaire. Le fond des fissures, d'abord rouge, pâlit dès qu'elles tendent à se cicatriser; mais de nouvelles fissures se montrent, prolongeant ainsi la maladie. Cet eczéma siège surtout aux membres inférieurs, aux jambes, parfois aux cuisses, aux avant-bras, aux aisselles et autour des orifices naturels, aux lèvres, à l'anus, où il est très douloureux.
Eczéma craquelé. — Variété d'eczéma fendillé, caractérisée par des fissures moins profondes que dans la forme précédente et disposées d'une façon régulière, sous l'aspect d'un réseau à mailles rouges circonscrivant des intervalles de peau saine, au lieu d'être irrégulièrement entre-croisées comme dans l'eczéma fendillé.
Ces formes, dans lesquelles il y a peu ou point de vésicules, ont servi d'arguments aux auteurs qui considèrent l'eczéma comme une dermatose polymorpheet non comme uneaffeclion exclusivement vésiculeuse.
Eczéma impétigineux {Eczéma scrofuleux de Bazin). — Il résulte d'une infection secondaire et est dû à la transformation pustuleuse des vésicules par l'inoculation des parasites pyogènes de l'impétigo. Comme l'impétigo, il se développe principalement sur les jeunes sujets lymphatiques. Ses croûtes sont d'un gris jaunâtre, mais moins jaunes que celles de l'impétigo. Moins prurigineux que l'eczéma ordinaire, il guérit plus facilement que lui.
Eczéma lichénoïde. — Variété constituée par un mélange de vésicules et de papules ; la plupart des vésicules s'arrêtent dans leur développe ment et restent à l'état papuleux. Cet eczéma occupe la partie externe des membres et affecte la disposition en plaques {Yoj.Lichensimplex).
Eczéma psomAsiFORME. — Il est caractérisé par des plaques recouvertes de lamelles épidermiques blanchâtres, moins bien délimitées que celles du psoriasis, offrant un léger suintement qui n'existe jamais dans le psoriasis ; ces plaques sont enfin très prurigineuses, tandis
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que le psoriasis ne provoque que peu ou point de démangeaisons. Lors des poussées aiguës, le suintement augmente; l'éruption s'observe surtout aux jambes et aux avant-bras.
Ueczéma marginé de Hebra n'est pas un eczéma, c'est tantôt une variété de trichophytie cutanée, tantôt une dermite causée par le Microsporon minutissimum {erythrasma).
L'eczéma folliculorum de M. Morris est une affection dont la nature n'est pas bien déterminée (Voy. la note, p. 815).
Variétés suivant le siège. — Eczéma du cuir chevelu. — On le rencontre fréquemment. Tantôt c'est un eczéma ordinaire avec suintement abondant, agglutinant les cheveux et occasionnant de vives démangeaisons; il est dû souvent à l'extension d'un eczéma de la face, rarement il naît sur place ; on trouve alors presque toujours des plaques d'eczéma derrière les oreilles. Tantôt il est impétigineux, chez les jeunes enfants principalement, peut provoquer la chute des cheveux et parfois des plaques d'alopécie définitive. Enfin il peut être sec d'emblée ; l'éruption vésiculeuse avorte, il y a résorption du contenu des vésicules, suivie d'une desquamation abondante. La présence de plaques eczémateuses derrière les oreilles permettra de faire le diagnostic entre l'eczéma et le pityriasis du cuir chevelu ; les squames du pityriasis sont plus fines et moins adhérentes. On ne confondra pas davantage l'eczéma sec du cuir chevelu avec le psoriasis du cuir chevelu dont les squames plus épaisses, stratifiées, ont un aspect nacré caractéristique; le psoriasis est limité au cuir chevelu tandis que l'eczéma descend en général sur le front et s'étend derrière les oreilles. L'eczéma sec se distinguera de la teigne tondante : dans celle-ci les cheveux sont cassés et l'examen microscopique montrera la présence de spores.
Eczéma de la barbe et des sourcils. — On le nomme aussi eczéma pilaire; il est caractérisé par une rougeur vive, un très léger suintement et une desquamation abondante, dont les squames entourent la base des poils. Si l'inflammation gagne le follicule pilaire, on est alors en présence du sycosis, que nous étudierons plus loin.
L'eczéma pilaire ne doit pas être confondu avec le pityriasis alba parasitaire, deuxième degré de la teigne tondante : dans cette dernière la peau est moins rouge et le microscope montre l'existence de spores. Il se distinguera du lupus : ce dernier présente une teinte violacée et lïaisse des cicatrices à mesure qu'il marche vers la guérison.
Eczéma des lèvres. — Il peut résulter de l'extension d'un eczéma de la face ou être isolé. Il présente plusieurs aspects. D'abord c'est Veczéma orbiculaire, Vimiié à la partie cutanée des lèvres; sec, rayonné, celui-ci présente des fissures transversales, suivant les pfis de la peau des lèvres ; il siège sur les deux lèvres, qui deviennent douloureuses, indurées, crevassées, saignantes, et se couvrent de squames. Les autres formes, bien étudiées par Besnier, sont ïeczéma éléplian-
iiasique de la lèvre supérieure et Veczéma de la partie rouge du bord des lèvres. Ueczéma éléphanliasique s'observe chez les jeunes sujets lymphatiques et survient en général dans le cours d'un coryza chronique dont il est la conséquence. La lèvre supérieure est tuméfiée, dure ; la peau rouge, suintante, couverte de croûtes. La seconde forme, décrite pour la première fois par Batemann et par Rayer sous le nom de psoriasis et de pityriasis des lèvres, débute par des taches rouges, auxquelles succèdent une rougeur généralisée et une desquamation continuelle de l'épithélium des lèvres. Les malades éprouvent dans les lèvres un sentiment de chaleur et de tension. L'épithélium J-^unit, s'épaissit, se gerce et se détache en lamelles assez larges; au-dessous se forme un nouvel épiderme qui tombe à son tour. Cette maladie, toujours longue et rebelle, est bien distincte d'une inflammation passagère des lèvres qui est produite par le froid ou qui se montre dans les maladies aiguës ; elle ne sera pas confondue avec les plaques muqueuses des lèvres qui sont opalines, ni avec laperlèche, siégeant aux commissures de la bouche, particulièrement chez les enfants.
Eczéma des narines. — Chez les sujets lymphatiques, sur le bord des narines et dans les cavités nasales, on peut rencontrer un eczéma chronique, souvent associé à l'eczéma éléphantiasique de la lèvre supérieure : la muqueuse nasale est tuméfiée, couverte de croûtes, qui produisent une gêne et une cuisson assez vives.
Eczéma des paupières. — Il s'observe également sur les sujets lymphatiques et siège ordinairement sur les deux yeux, sur la face externe des paupières, leur bord libre, leur face interne (blépharoconjonctivite eczémateuse) ; aux commissures externes on voit des fissures. Les paupières, rouges, douloureuses, tuméfiées, s'indurent, se déformenten cctropion. Les conjonctives oculaires sont rouges, présentent à leur surface de petites vésicules ; l'inflammation détermine des troubles de nutrition de la cornée et, par son extension aux points lacrymaux, produit de l'épiphora. Le bord libre des paupières est rouge, couvert de croûtes, de vésico-pustules qui, en s'ulcèrant, donnent naissance à un écoulement qui peut agglutiner les bords libres des deux paupières.
Eczéma des oreilles. — Il est tantôt aigu, tantôt chronique. L'eczéma aigu est le plus souvent impétigineux et s'observe chez les enfants et les adolescents. Tout le pavillon auriculaire est douloureux, tuméfié, rouge, chaud; les ganglions lymphatiques correspondants sont en général engorgés. L'eczéma chronique est sec et caractérisé par une desquamation très abondante; il siège sur le pavillon et dans le conduit auditif externe (otite eczémateuse). Les squames, en s'accumulant dans ce conduit et sur la membrane du tympan, produisent une diminution de l'acuité auditive, qui augmente quand les téguments du conduit s'indurent et s'épaississent au point d'en amener le rétrécissement.
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Eczéma du sein. — Cet eczéma s'observe fréquemment au cours ■de la grossesse, de la lactation et chez les sujets lymphatiques. Les plaques eczémateuses ont une disposition arrondie avec suintement €t croûtes ; sur l'aréole et le mamelon on trouve des excoriations et des fissures très douloureuses; cet eczéma est très tenace et, quand il guérit, il laisse une pigmentation qui dure très longtemps. On ne le confondra pas avec l'éruption de la gale, fréquente dans cette région, ni avec la maladie de Paget, dont la surface malade est granuleuse, d'un rouge foncé, non crevassée et non croûteuse.
Eczéma de l'ombilic. — Il est fréquent chez les petites filles lymphatiques; chez les adultes il est favorisé dans sa production par l'obésité et la malpropreté. Il est tenace et donne naissance à un suintement abondant, fétide, avec formation de croûtes et de fissures quelquefois tresdouloureuses.il peut être confondu avec des plaques muqueuses; mais celles-ci sont des érosions étalées, qui ne sont pas accompagnées de croûtes ni de squames et qui répandent une odeur caractéristique.
Eczéma de l'anus. — Caractérisé par une rougeur vive occupant l'anus et sa périphérie, peu suintant, il s'accompagne de démangeaisons très vives, parfois insupportables, exaspérées par la marche et par le séjour au lit, et il est généralement compliqué de lésions de grattage. Cet eczéma se complique en outre de fissures très douloureuses, occupant les plis de la peau et produisant une douleur très vive au moment de la défécation. On ne le confondra pas avec le prurit simple qui ne s'accompagne pas de lésion de la peau, ni ^vec les plaques muqueuses très fréquentes à l'anus; celles-ci, de teinte opaline, ne sont jamais recouvertes de croûtes, mais tendent à ■devenir végétantes et exhalent une odeur spéciale.
Eczéma du scrotum et du pénis. — Spécial aux adultes et aux vieillards, quelquefois limité au scrotum, il peut s'étendre à la verge, au périnée, à la face interne des cuisses, à l'anus et jusqu'au pli interfessier. La peau est rouge, tuméfiée, suintante, couverte de croûtes et plus tard de squames ; les démangeaisons sont très vives. Quand le gland et le prépuce sont atteints, ils se tuméfient, s'œdématient; cette localisation s'observe souvent dans le diabète sucré et paraît due à l'irritation déterminée parle contact de l'urine sucrée.
Eczéma de la vulve. — Il atteint la vulve, les grandes et les petites lèvres, le méat urinaire, l'orifice du vagin, la cavité vaginale jusqu'au col de l'utérus ; il peut s'étendre jusqu'au périnée, et môme jusqu'au pubis. Caractérisé par de la rougeur, de la tuméfaction, du suintement, des croûtes, des fissures, des traces de grattage, il s'accompagne de démangeaisons très pénibles. S'il affecte le vagin, il produit un écoulement qu'il ne faut pas confondre avec la leucorrée, ni avec l'écoulement blcnnorragique. L'écoulement eczémateux est grisâtre, tandis que l'écouleiuent leucorréiquc est
blanchâtre et récoulement blennorragique jaunâtre. Cet eczéma est fréquent dans le diabète sucré.
Eczéma des plis articulaires. — Cet eczéma se rencontre à l'aisselle, à l'aine, au pli du coude, au creux poplité ; très rebelle, à cause du mouvement incessant des articulations, suintant, croûteux, il se complique souvent aux aisselles d'inflammation des glandes sudoripares {hydrosadénite de Verneuil).
Eczéma des jambes. — Eczéma variqueux. — Localisé aux membres inférieurs, il s'observe le plus souvent en même temps que des varices; constitué par des plaques d'un rouge foncé, tantôt suintantes et couvertes de croûtes, tantôt sèches, écailleuses, il est très rebelle à cause des varices, qui gênent la circulation en retour. Ces plaques laissent après guérison une pigmentation le plus souvent indébile. Parfois la peau subit la transformation papillomateuse : elle se recouvre de petites élevures, l'épiderrae est épaissi, crevassé, ses stries deviennent plus marquées qu'à l'état normal.
Eczéma des mains et des pieds. — Quand il se développe sur le dos des mains et des pieds, il est accompagné de petiles fissures suintantes dans les espaces interdigitaux. Aux faces palmaii et plantaire, l'épaisseur de l'épiderme empêche la plupart du temps le soulèvement vésiculeux de se produire; on observe seulement des squai.ics plus ou moins épaisses et larges, au-dessous desquelles l'épiderme est rouge, avec un aspect luisant. S'il devient chronique, il se caractérise par l'épaississement des téguments, qui sont calleux, sillonnés aux plis cutanés de fissures douloureuses. Cet eczéma peut être confondu avec le psoriasis palmaire, cependant très rare ; avec la syphilide palmaire, avec la kératose essentielle. Dans le psoriasis, les lésions sont caractérisées par des plaques à bords plus nets, des fissures sèches, tandis que celles de l'eczéma sont souvent suintantes ; les squames sont blanches, épaisses, tandis que dans l'eczéma elles ont une coloration jaunâtre ou grisâtre. Les plaques syphilitiques sont d'un rouge cuivré, à contour net et ne provoquent pas de démangeaisons. Dans la kératose essentielle, l'épiderme seul est intéressé, sans éruption eczémateuse.
Eczéma des ongles. — 11 est souvent associé à celui des mains et des pieds ou d'autres régions, mais parfois il se montre à l'état isolé. Les ongles, épaissis, secs, cassants, fendillés, présentent à leur surface tantôt des stries plus ou moins régulières, tantôt un piqueté noirâtre par accumulation des poussières, tantôt des aspérités inégales ; au-dessous de l'ongle, entre celui-ci et son lit, s'accumule une couche épaisse de substance cornée. On observe souvent autour des ongles une inflammation du rebord cutané périunguéal, qui est rouge, tuméfié, douloureux, et offre un certain nombre de vésicules; dans ce périonijxis eczémateux les ongles peuvent tomber. Cette dernière lésion peut exister seule ou coïncider avec les
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lésions unguéales précédemment décrites. Très douloureuse aux orteils, c'est une aliection très rebelle. L'eczéma unguéal à l'état isolé est d'un diagnostic très difficile, surtout avec le psoriasis des ongles. Quelques dermatologistes considèrent le piqueté unguéal comme caractéristique du psoriasis; Bazin était d'avis que les stries transversales s'observaient surtout dans le psoriasis, tandis que les longitudinales appartenaient à l'eczéma. Mais ces caractères se rencontrent aussi bien -dans le psoriasis que dans l'eczéma des ongles. Eczéma des muqueuses. — Indépendamment de l'eczéma de diverses muqueuses (nasale, vaginale, oculaire) étudié précédemment, l'éruption peut envahir les lèvres, la muqueuse bucco-linguale et pharyngée ; celle-ci est rouge, tuméfiée, douloureuse, exulcérée, recouverte de petites squames molles et humides. Son diagnostic est des plus difficiles, s'il n'y a pas coexistence de lésions similaires sur un autre point du corps. Quelques auteurs estiment que la desquamation de la langue en aires ou glossite exfoliatrice marginée est une forme d'eczéma; cette opinion a besoin d'être démontrée.
DIAGNOSTIC. — Dans l'étude des eczémas régionaux, nous avons discuté le diagnostic de l'eczéma avec les principales dermatoses des mêmes régions ; nous exposerons ici le diagnostic de l'eczéma en général. L'eczéma aigu de la face peut en imposer au début pour un érysipèle, mais la présence de vésicules, l'absence de fièvre et d'engorgement ganglionnaire empêcheront de commettre l'erreur. — L'eczéma rubrum aigu peut simulera son apparition Vérgthème scarlalini forme; mais les plaques de l'eczéma sont isolées, tuméfiées, présentent du suintement et des croûtes, et il y a des intervalles de peau saine. — Dans la dermalite exfoliatrice les squames sont plus larges, beaucoup plus abondantes que dans l'eczéma rubrum. — h'herpès se distinguera de l'eczéma par l'aspect de ses vésicules plus grosses, isolées, groupées sur une surface rouge, situées le plus souvent autour des orifices des muqueuses ; l'herpès ne suinte pas, mais forme des croûtes brunâtres, qui, après leur chute, ne sont jamais suivies de cette desquamation prolongée observée dans l'eczéma. — On ne confondra pas l'eczéma avec les sudamina (miliaire blanche) ni avec la miliaire rouge, affections qui sont liées toutes deux à la diaphorèse et qui n'occasionnent ni démangeaisons ni formation de croûtes. — Le dyshidrosis est également une affection sudorale, localisée surtout aux mains, caractérisée par l'absence de croûtes. — L'eczéma se distinguera aisément de la dermalite herpétiforme de Duhring, dermatose dans laquelle les' vésicules sont bien distinctes, isolées et plus volumineuses que celles de l'eczéma. — Les lésions de la gale ont quelque analogie avec celles de l'eczéma, mais les lésions scabicuscs siègent particulièrement dans les espaces interdigitaux, sur les organes génitaux,.sur les seins, et l'on trouve des
siilons caractéristiques. — L'eczéma peut être parfois confondu avec Vimpétigo, d'autant plus facilement que les vésicules eczémateuses peuvent devenir pustuleuses par inoculation consécutive. — Les croûtes de l'eczéma se distingueront aisément des croûtes de la séborrhée concrète, qui sont molles, grasses, se détachent facilement, ne laissent ni exulcération, ni trace d'inflammation. — Le pityriasis simplex est caractérisé par des squames minces, qui ne sont précédées ni de suintement, ni de croûtes ; nous avons énuméré précédemment les caractères différentiels du pityriasis capitis et de l'eczéma du cuir chevelu. Il est impossible de confondre l'eczéma avec le pityriasis rosé, qui est formé par des taches rosées, squameuses. — U herpès circiné trichophy tique se distinguera de l'eczéma nummulaire par plusieurs caractères : l'herpès ne consiste qu'en une ou quelques plaques rouges à évolution excentrique, à peine prurigineuses, sur lesquelles on trouve les spores caractéristiques. — Dans \g psoriasis on n'observe jamais de suintement, les squames sont épaisses, blanches, sèches, reposent sur des plaques bien délimitées, tandis que les plaques d'eczéma sont plus diUuses. — Le lichen simplex aigu offre plusieurs points de ressemblance avec l'eczéma, mais il s'en distinguera en ce que les papules qui le caractérisent ne se transforment jamais en vésicules, qu'il n'y a pas de suintement; les croûtelles observées à la surface des papules sont le résultat du grattage.
— Le lupus érythémateux peut simuler l'eczéma chronique par les squames qui le recouvrent quelquefois ; mais, dans le lupus, l'infiltration du derme est plus profonde, il n'y a jamais de vésicules, la peau présente par places des cicatrices, qui n'existent jamais dans l'eczéma.
— L'apparition des tumeurs, dans le mycosis fongoïde,esiprécédéesouvent d'éruption eczématoïde qu'on ne confondra pas avec l'eczéma vrai.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les lésions de la peau doivent être étudiées dans le derme et dans l'épiderme. Dans le derme, les vaisseaux du corps papillaire sont congestionnés et remplis de globules sanguins; cette congestion explique la rougeur de la peau et l'exsudation séreuse abondante qui est le caractère capital de l'eczéma. En outre les papilles sont infiltrées par les éléments nucléaires du tissu conjonctif proliféré. Dans l'eczéma aigu ce sont seulement des éléments embryonnaires ; dans l'eczéma chronique les cellules et les fibres de tissu conjonctif prédominent et produisent l'épaississement ■et l'induration de la peau. Cette infiltration des papilles augmenle leurs dimensions et devient le point de départ de ces productions papillomateuses observées dans l'eczéma chronique des membres inférieurs. Du côté de l'épiderme, le corps muqueux de Malpighi est parsemé de vésicules brillantes, résultant de la transformation cavitaire des cellules malpighiennes, par altération vésiculeuse du noyau. A un degré plus avancé, on voit, dans le centre de certaines colonnes inter-
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papillaires, des cellules détruites, ouvertes les unes dans les autres, iformant une cavité cloisonnée par une sorte de réticulum fin, dont les travées sont formées par les parois des cellules détruites, et dans les mailles duquel s'accumule la sérosité exsudée des vaisseaux papillaires ; cette cavité constitue la vésicule de l'eczéma. De l'altération cavitaire des cellules malpighiennes résultent des troubles profonds de la nutrition de l'épiderme et de sa kératinisation ; les cellules de la surface de l'épiderme sont nucléées, le stratum granulosum et le stratum lucidum ont disparu.
Une autre altération cutanée constatée par l'un de nous consiste dans le décollement en masse de l'épiderme (1). A l'état normal, l'union intime de l'épiderme et du corps papillaire se fait par l'intermédiaire d'une couche hyaline ou basement-membrane, formée par la condensation de la matière amorphe des papilles; dans l'eczéma cette union n'existe plus, l'épiderme se trouve ainsi disjoint du corps papillaire.
Sur les muqueuses, sur la langue par exemple, les lésions histologiques sont les mômes que sur la peau : même congestion vasculaire , même infiltration embryonnaire , môme transformation vésiculeuse des cellules. En outre les exulcérations sur les muqueuses se forment plus rapidement que dans l'eczéma de la peau.
Le plus souvent il n'y a pas d'altérations viscérales; ce n'est que dans quelques cas d'eczémas généralisés spontanément ou à la suite d'un traitement intempestif, qu'on a vu des congestions viscérales (pulmonaire, cérébrale) se produire et môme amener la mort comme chez les individus atteints de brûlures très étendues.
ETIOLOGIE. — Deux doctrines étiologiques se trouvent ici en présence : la doctrine française, ancienne, d'après laquelle l'eczéma reconnaît une cause interne et la doctrine allemande qui prétend que l'eczéma est toujours de cause externe; c'est la théorie soutenue par Hebra et son école.
Pour l'école française l'eczéma vrai est une éruption diathésique, duti à une disposition générale de l'organisme, à une altération humorale, que l'azin appelait l'arlhritisme, et que les recherches modernes attribuent à un ralentissement de la nutrition (Voy.Zi'//o/o^ie ginérale des maladies de la peau). Pour la plupart des dermalologislos français les causes externes ne jouent que le rôle de causes occasionnelles agissant sur des sujets prédisposés.
Nous avons vu, à l'article Eruptions de cause externe, que les eczémas dits artificiels étaient en réalité des dermatoses eczématiformes et non des eczémas. Ces éruptions disparaissent parle trailemt^nt calmant le plus simple et môme sans traitement, dès que la
(1) E. Gaucher, Anatoniie pathologique de reczcma [Annales de dermalologiey 1881). Traité des maladies de la peau, 1885. Leçons sur les maladies de la peau, 1895.
cause irritante a été supprimée. Quand l'éruption persiste, malgré la suppression de la cause, c'est que le malade est un eczémateux et un diathésique. Si ce trouble dépendant d'une nutrition défectueuse n'existait pas à l'origine de tous les eczémas, la même cause irritante produirait chez tous les sujets la même éruption, ce qui n'est pas.
2)'autres causes occasionnelles de l'eczéma résident dans l'alimentation; les aliments épicés ou facilement fermentescibles, les poissons de mer, la charcuterie, le gibier, les boissons alcooliques, le café, le thé, provoquent l'eczéma, mais ne le provoquent que chez les eczémateux ou les arthritiques. D'autres causes n'agissent aussi qu'en créant des conditions favorables au développement de l'eczéma. Ueczéma de la dentition, qui se montre chez certains enfants à l'apparition des dents de lait, est un eczéma diathésique, qui ne se développe que parce que ces enfants sont eczémateux constitutionnellement ; il siège sur le front, sur les joues, sur le bord externe du dos de la main et du poignet. La grossesse, la ménopause, les émotions violentes sont aussi des causes occasionnelles du développement de l'eczéma. Nous avons vu précédemment que les lésions nerveuses pouvaient produire des éruptions eczématiformes ; mais celles-ci doivent être distinguées de l'eczéma vrai.
Nous signalons seulement pour mémoire l'opinion d'après laquelle l'eczéma aurait une origine microbienne, cette idée ne s'appuie sur aucune base sérieuse.
PRONOSTIC. — L'eczéma, même dans sa forme aiguë, est une maladie difficile à guérir, qui récidive facilement. L'eczéma chronique est une maladie longue, tenace, douloureuse, sujette à des poussées aiguës; mais ce n'est pas une maladie mortelle, à part quelques rares exceptions. Dans quelques cas l'eczéma peut devenir le point de départ d'un pemphigus foliacé secondaire, que Bazin appelait herpétide maligne exfoliatrice, ou d'un pityriasis rubra secondaire, affection d'une gravité fatale.
TRAITEMENT. — Chez les eczémateux, avant tout, on favorisera, par des laxatifs répétés et des diurétiques, l'élimination des matières toxiques de l'organisme, en même temps qu'on cherchera à modifier la nutrition. Quand le traitement général aura été institué, alors seulement on pourra commencer la médication locale.
Traitement général. — Il doit être étudié dansl'eczéma aigu et dans l'eczéma chronique.
Eczéma aigu. — Au début, on prescrira des laxatifs fréquents; quand il y aun état saburral des voies digestives, on ordonnera même des purgatifs. Les diurétiques sont également indiqués ; le meilleur, c'est le lait. Le lait et les laitages doivent constituer la base de lalimentation des eczémateux. On prescrira aussi les eaux alcalines de