BOUTON DE BISKRA. — DIAGNOSTIC. 90S
fooriquées. Les ulcérations seront lavées avec une solution saturée d'acide borique ou une solution pliéniquée à 1/100 ou à 1/50; puis on les pansera avec la vaseline iodoformée à 1/10, ou on les saupoudrera simplement de poudre d'iodoforme, de traumatol ou de dermatol. Les ulcérations rebelles seront pansées avec la pommade ^u styrax.
BOUTOIV DE BISRRA.
DESCRIPTION. — Encore nommé, selon la région oîi on l'a observé, boulon du Nil, d'Orienl, d'Alep, il peut se montrer d'emblée sur la peau saine, ou être inoculé sur une plaie quelconque, sur une pustule d'acné ou de vaccine, etc. 11 se rencontrée tout âge, chez la femme comme chez l'homme, et s'observe en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Syrie et jusque dans l'Inde, du mois de septembre au mois de février (Laveran) ; à partir de janvier ou de février on ne trouve plus de nouveaux cas jusqu'à l'automne suivant. La période d'incubation de la maladie semble être au minimum de ■dix-huit jours. (Vidal.)
Le bouton de Biskra s'observe surtout à la face et sur les membres, sur les parties découvertes ; il est rare sur le tronc. Il débute par une petite papule rosée, légèrement prurigineuse, qui s'accroît et, par son volume, se transforme en tubercule ; le sommet de ce tubercule devient bientôt jaunâtre et se dessèche pour former une croule. Si on détache celle-ci, on trouve au-dessous d'elle une ulcération à bords taillés à pic, à fond sanicux, sécrétant un liquide séro-purulent. L'ulcération se creuse au-dessous de la croûte, mais s'étend aussi en surface par l'apparition sur ses bords de nouvelles papules qui évoluent comme la papule primitive. L'ulcération unique, qui en résulte, atteint la dimension d'une pièce de un franc ; elle peut être même plus étendue ; dans un cas de Berlherand elle occupait toute la fesse. Parfois, les ulcérations restent bien distinctes les unes des autres. La croûte qui les recouvre est jaune ou brun foncé ou verdâlre; quand on l'arrache, elle ne se reproduit pas, le plus souvent
Au bout de quatre ou cinq mois, l'ulcération ne progresse plu? ; son fond se recouvre de bourgeons charnus, qui donnent à la lésion Yapparence paj)illoinaleuse, puis la cicatrisation se fait peu à peu. La cicatrice, d'abord violacée, puis jaunâtre, ou encore blanche au centre et brune à la périphérie, enfin blanchâtre, est indélébile. A moins de complication inflammatoire, le bouton de Biskra est complètement indolore; sa durée est en moyenne de six à sept mois. Il est rare d'observer un bouton unique; en général on en compte plusieurs, jusqu'à 20, 30, 40 et même plus.
DIAGNOSTIC. — Le bouton de Biskra a une certaine ressemblance avec le lupus vulgaire, mais ce dernier présente des nodules carac-
lérisliques autour de la lésion principale. On peut le confondre avec certaines syphilides tertiaires, même avec le chancre mou ; mais les syphilides n'ont pas la coloration rosée du bouton de Biskra, leur évolution est tout à fait différente; le chancre mou est une simple ulcération, taillée à pic, sans induration sous-jacente.
ÉTIOLOGIE. — Le bouton de Biskra est inoculable et auto-inoculable. Hickmann a pratiqué avec succès des inoculations sur des animaux et même sur l'homme. Une première atteinte ne met pas à l'abri d'une récidive. Boinet et Dépéret ont observé des cas de contagion sur des sujets n'ayant jamais quitté la France et qui avaient contracté la maladie auprès de soldats malades venus de Tunisie.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — L'agent pathogène du bouton de Biskra n'est pas encore déterminé d'une façon certaine. Boinet et Dépéret (1) ont obtenu des cultures d'un micrococcus ordinah'ement disposé en points doubles ; inoculées au lapin, ces cultures auraient produit une ulcération assez semblable à celle que détermine chez l'homme l'inoculation du pus du bouton de Biskra. Duclaux (2) a observé, dans le sang des malades et non dans la lésion, des cocci en gro)ipcsde2, qui, inoculés au lapin, ont déterminé des accidents généraux graves et des papules assez analogues au bouton de Biskra ; le microorganisme de Duclaux a été retrouvé par Heydenreich. Enfin Leloir (3) et Chanteraesse (4) sont arrivés aux mêmes résultats que Duclaux.
TRAITEMENT. — Daprès Mot.y (5j, a Taide d'un pansement iait avec du sublimé à 1/1000 on réussit à arrêter l'évolution du bouton de Biskra. Si la lésion est ancienne, on détache la croûte, puis on applique sur l'ulcère une mince couche de poudre de calomel, que l'on recouvre de tarlatane imbibée de liqueur de Labarraque ; on renouvelle ce pansement le lendemain et on continue ensuite le traitement avec la solution ordinaire de sublimé.
Au début, on peut aussi essayer de détruire le bouton à l'aide de la cautérisation ignée.
Dans les pays où la maladie est endémique, il est bon, comme moyen prophylactique, de protéger par un pansement les excoriations de la peau.
(1) Boinet et Dépéret, Lyon méd., n° 16, avril 1884.
(2) Duclaux et IIeydexreich, Arch. de physiol., août 1884.
(3) I-ELoiR in LousTALOT, Le bouton de Biskra. Th. de Lille, 1888.
(4) (2hantemesse, Bull, de la Soc. anat,, octobre 18S7.
(5) MoTY, Bull, de la Soc. de dermat., 6 avril 1893.
TERLECHE. — TRAITEMENT âll
PERLECHE.
DESCRIPTION. — La perlèche est- une afTeclion spéciale de la commissure des lèvres, étudiée par J. Lemaistre et qui a de nouveau fail le sujet de recherches de P. Raymond (1). Elle siège presque toujours sur les deux commissures ; à ce niveau l'épiderme devient blanc et se soulève pour former comme une membrane plissée. La lésion peut s'étendre au-dessus et au-dessous de la commissure, à une distance variant d'un millimètre à plus d'un demi-centimètre. L'épiderme ainsi décollé s'arrache facilement pour laisser le derme à nu ; il survient alors une fissure située dans le fond de la commissure, quelquefois il se forme deux ou trois petites fissures secondaires, placées au-dessus ou au-dessous de la fissure principale. La lésion ne s'étend pas beaucoup au delà de la commissure, mais, du côté de la muqueuse labiale, on voit parfois de petits soulèvements épithéliaux blanchâtres. Dans certains cas, la fissure devient plus profonde et saigne légèrement, elle se recouvre alors d'une croûte, autour de laquelle on observe une auréole inflammatoire. Sa durée est de deux à trois semaines, mais elle peut atteindre de quatre à six semaines. La lésion tend à guérir spontanément ; toutefois elle récidive avec la plus grande facilité et laisse pendant longtemps, une fois guérie, une surface rose blanchâtre d'un aspect caractéristique.
DIAGNOSTIC. — Elle se distingue deVhei^pès des lèvres par l'absence de vésicules ; elle ressemble davantage aux plaques muqueuses commissurales, mais celles-ci sont formées par une ulcération opaline et s'accompagnent d'autres accidents syphilitiques.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — La perlèche est extrêmement contagieuse soit par les baisers, soit par l'usage du même verre ou de la même serviette. Elle peut s'observer à tout âge. D'après Lemaistre elle est causée par un strcptococcus à longs cha])elets {Slreptococcus plicalilis) que cet auteur a pu cultiver et qu'il a retrouvé dans l'eau. Raymond a rencontré, de son côté, le Staphylococcus albus et le Staphijlococciis aureus. Mais personne n'a encore essayé d'inoculer expérimentalement l'un ou l'autre de ces microbes soit à l'homme, soit aux animaux.
TRAITEMENT. — Il faut toucher rulcération fissurique avec un cristal de sulfate de cuivre ou d'alun.
(1) P. Raymond, Bull, de la Soc. de dermat., mai 1S93.
912 E. GAUCHER Eï C. BARBE. — MALADIEf. DE LA PEAU.
TUBERCULOSES CUTANEES.
TUBERCULOSE PUSTULO-ULCÉREUSE.
DESCRIPTION. — Celte affection a été décrite pour la première fois par l'un de nous (1). C'est la forme la plus atténuée de la tuberculose cutanée ; elle est aussi fréquente que les gommes tuberculeuses et com prend la plupart des faits décrits autrefois sous le nom d'impétigo rodens. Elle est constituée au début par des pustules ressemblant à celles de l'impétigo vulgaire, formées par de petites collections purulentes épidermo-papillaires plus profondes que les pustules impétigineuses, suivies bientôt de croûtes jaunâtres qui recouvrent des ulcérations arrondies, plus profondes et plus persistantes que celles de l'impétigo ulcéré vulgaire.
Elles siègent sur la face et le cou, moins souvent sur les membres, où elles se rencontrent sur les bras, les fesses et les cuisses. Les pustules sont toujours isolées comme celles de Vimpetigo sparsa, ne sont jamais agglomérées. L'affection coexiste souvent avec d'autres manifestations tuberculeuses de la peau, surtout avec des gommes, quelquefois avec des tubercules lupiques ; mais on ne trouve pas de manifestation tuberculeuse viscérale et l'état général des jeunes sujets reste ordinairement bon.
ÉTIOLOGIE. — La nature tuberculeuse de ces pustules, peu virulentes, a été déterminée par les inoculations aux animaux. Le pus, inoculé au cobaye, dans le péritoine, a toujours donné naissance dans nos expériences à une tuberculose à évolution très lente. En revanche, jamais nous n'avons trouvé de bacilles, ni dans le pus, ni à la surface des ulcérations.
DIAGNOSTIC. — La tuberculose pustulo-ulcéreuse peut être confondue avec l'impétigo simple (2) et certaines lésions ulcéro-crustacées dépendant soit de la syphilis héréditaire soit de la syphilis acquise. Ces dernières sont beaucoup plus profondes, beaucoup plus persistantes. Les inoculations expérimentales, d'une part, l'épreuve du traitement spécifique, de l'autre, lèveront tous les doutes.
TRAITEMENT. — La cicatrisation s'obtient en trois semaines ou en un mois, rarement davantage, en saupoudrant les ulcérations avec parties égales d'acide borique et de talc pulvérisés; on fait ensuite un pansement à la vaseline boriquée à 1/10.
(1) E. Gaucher, Congrès de dermat. de 1SS9, p. 544,
(2) Voy. ci-dessus, p. 905.