LUPUS TUBERCULEUX. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
rouges, comme ceux du lupus; ils ne se laissent pas dilacérer facilement et ne saignent pas, enfin ils sont bien limités. On ne confondra pas le lupus avec la syphilide piislulo-ulcéreuse : dans celle-ci les croûtes ont une coloration verdâtre ; les ulcérations, plus régulières, ne sont pas auréolées de cette teinte violacée livide des ulcérations lupiques; il n'y a pas d'infiltration périphérique. Quand l'ulcère syphilitique se cicatrise, la cicatrice est plus régulière, entourée d'une auréole brunâtre; de plus les lésions syphilitiques ont une marche plus rapide que les lésions lupiques. Dans certains cas il sera nécessaire d'instituer le traitement d'épreuve. — Uépithélioma ulcéré est quelquefois difficile à distinguer du lupus ulcéré : il est caractérisé par une ulcération irrégulière, à base indurée, à bords déchiquetés, renversés, saillants; il saigne facilement, occasionne des douleurs lancinantes et s'accompagne d'engorgement ganglionnaire. — Les tubercules de la /ép/'e peuvent être confondus avec le lupus, surtout chez les nègres, mais dans la lèpre il y a une anesthésie tout à fait particulière. Dans la lèpre localisée à r oreille, le lobule est souvent augmenté de volume, mais il reste toujours pendant et libre (Besnier), tandis que, dans le lupus, le lobule hypertrophié est toujours adhérent à la peau du voisinage. — Il est impossible de confondre le lupus avec V impétigo, dans lequel il n'y a pas d'infiltration cutanée, ni d'ulcération. — Le sycosis peut être quelquefois pris pour un lupus et inversement, quand celui-ci siège sur les régions pileuses : dans le sycosis, les lésions sont inflammatoires et très douloureuses, les poils sont altérés et cassés, et, dans le sycosis trichophytique, le microscope montre des spores. — On ne confondra pas le lupus éléphantiasique des membres avec Véléphanliasis des Arabes ; le lupus débute dans l'enfance, et, au milieu des lésions éléphantiasiques, on trouve des tubercules lupiques non ulcérés ou ulcérés, mais toujours caractéristiques.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — La néoplasie lupique est essentiellement de nature tuberculeuse. Dans les nodules, disséminés dans le derme, on trouve des follicules tuberculeux types avec des cellules géantes, une couronne de cellules épithélioïdes et embryonnaires à la périphérie; on observe de plus des traînées embryonnaires autour des vaisseaux, des glandes, des follicules pileux. On constate la présence du bacille de Koch dans le follicule tuberculeux, et surtout dans les cellules géantes. Les bacilles sont rares à la vérité, il faut faire parfois un grand nombre de préparations pour en trouver un petit nombre.
On rencontre en outre des lésions secondaires : rallongement des prolongements intcrpapillaires, l'hypcrlrophie des papilles, qui sont tuméfiées par la néoformation embryonnaire, la dilatation des vaisseaux sanguins avec épaississement de leur paroi et quelquefois obli-
téralion de leur cavité. Quand l'ulcération est proche, les nodules se caséifient et se ramollissent; les cellules du corps muqueux de Malpighi subissent la dégénérescence vacuolaire.
La nature tuberculeuse du lupus est démontrée par les inoculations, qui sont toujours positives, quand on les pratique dans des conditions convenables; ces inoculations réussissent très rarement si l'on insère le tissu lupique sous la peau, mais faites dans le péritoine, chez le cobaye, elles sont presque toujours suivies de succès. La greffe dermo-épiploïque, imaginée par Leloir, convient encore mieux : on fait une incision aux téguments de l'abdomen, dans laquelle on introduit un fragment de tissu lupique qui siège à la fois dans le péritoine et dans la plaie cutanée. Le lapin est plus réfractaire aux inoculations : le seul moyen de le rendre tuberculeux consiste à pratiquer l'inoculation dans la chambre antérieure de l'œil.
ÉTIOLOGIE. — Le lupus tuberculeux peut se développer chez des sujets déjà tuberculeux, atteints d'adénites tuberculeuses ou de tumeur blanche, ou de tuberculose pulmonaire ; il est alors la localisation cutanée d'une tuberculose plus ou moins généralisée. Il peut être aussi la première manifestation d'une tuberculose héréditaire ou acquise. Mais, dans la grande majorité des cas, le lupus est dû à une inoculation cutanée, que celle-ci provienne d'un sujet étranger ou qu'elle soit produite par le sujet lui-même, atteint déjà de tuberculose pulmonaire, qui s'inocule, par exemple, avec ses produits d'expectoration. L'inoculation peut se faire au niveau d'une excoriation simple ou d'une excoriation déterminée par une éruption d'impétigo ou d'eczéma. Le lupus s'observe à toutes les époques de la vie, mais il débute le plus souvent dans le jeune âge. Il siège avec prédilection sur les parties découvertes et surtout à la face ; mais on peut l'observer sur toutes les régions du corps, sur le tronc, sur les membres.
TRAITEMENT. — Le lupus tuberculeux réclame un trailemenl interne et un trailemenl externe.
Traitement interne. — C'est le traitement de toutes les tuberculoses. L'huile de foie de morue à haute dose, six, huit et dix cuillerées par jour, si le malade peut les supporter, donne le meilleur résultat. On pourra prescrire des préparations iodées, surtout sous forme de sirop iodo-tannique. Hardy préconisait le chlorure de sodium à la dose de 3, 4 et 5 grammes par jour. On peut donner aussi des préparations arsenicales, de la créosote soit par la voie gastrique, soit en injections sous-cutanées. Une bonne préparation est la suivante : biphosphate de chaux, 15 gr. ; liqueur de Pearson, 10 gr. ; sirop iodo-tannique, 300 grammes.
Les eaux sulfureuses de Challes, d'Uriage, de Luchon ; les eaux chlorurées sodiques de Salies-de-Béarn, de Salins, l'eau arsenicale de