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TOXICITE GÉNÉRALE DE L'ARSENIC ET DE SES COMPOSES

poisons. L'expérimentation ne peut donner que des approximations. Il y a en effet des immunités particulières chez certaines races (1).

Chez l'homme, la dose thérapeutique, pour l'acide arsénieux et ses sels de soude ou de potasse, est au début de 2 à 3 milligrammes. La dose peut être élevée à 2 et 3 centigrammes. Il y a d'ailleurs une véritable tolérance de l'organisme, chez l'homme, vis-à-vis de ce métalloïde, et dont nous reparlerons plus loin. Dans les cas d'empoisonnement, la question est difficile à élucider, sauf dans les empoisonnements par crime, où la quantité donnée à ingérer est toujours supérieure aux besoins du but criminel. Il faut aussi compter, dans ces cas, avec les vomissements, la diarrhée, qui expulsent en partie le poison. Les corps gras retardent aussi ordinairement l'effet du toxique. D'après Taylor, la dose minima de 2 grains et demi n'a jamais tué. Mais les autres toxicologues (Lachèze, Orfila, Tardieu) pensent que 10 à 20 centigrammes, sauf cas exceptionnels, sont parfaitement suffisants à amener la mort. Il faut donc considérer une dose de 10 h 15 centigrammes comme pouvant amener une intoxication aiguë mortelle (2).

L'arsenic, nous l'avons dit plus haut, est un des exemples les plus frappants de la tolérance de l'organisme vis-à-vis d'un poison. L'usage de la liqueur de Fowler, on le sait, peut être portée impunément à doses progressives jusqu'à 2 et 3 centigrammes par jour et même au delà.

L'histoire des arsenicophages en est une autre preuve. On sait qu'il existe dans la Basse-Autriche et en Styrie des paysans dits « mangeurs d'arsenic », dont Tschudi a fait une étude approfondie.

Ces arsenicophages, habitant un pays de montagne, prennent l'habitude de mettre dans leur bouche, avant de faire une marche en ascension, un petit morceau d'orpiment, qu'ils laissent peu à peu fondre dans leur bouche. « L'effet en est surprenant; ils montent aisément les hauteurs qu'ils ne sauraient gravir qu'avec la plus grande peine sans cette pratique ». Chez les jeunes gens et les femmes, cette absorption d'arsenic peut être faite dans un but de coquetterie, car elle donne, outre un certain degré d'embonpoint, un teint frais et sain.

On arrive ainsi à absorber, jusqu'à un âge avancé, une dose

(1) Le mouton pourrait, dit-on, absorber 30 grammes d'acide arsénieux sans en souffrir.

(2) Parmi les empoisonnements accidentels, nous citerons seulement les afTaires de Saint-Denis en 1880{BrouardeletLhote) ovi 268 personnes furent empoisonnées par un boulanger, dont la farine avait été mélangée d'acide arsénieux, et celle d'HyÎTcs où plus de 400 personnes, dont onze moururent, furentintoxiquéespardu vin plâtré, en partie a\ec de l'acide arsénieux. Les papiers de tenture ont également provoqué de rares accidents.

188 R. WURTZ. — ARSENICISME.

quotidienne de 20 à 25 centigrammes, sans production d'aucun phénomène morbide. Cependant si la dose est forcée, il peut y avoir des accidents aigus mortels.

L'arsenic peut tuer également s'il est absorbé en lavements (un fait de Christison).

Voie cutanée. — Ces cas sont infiniment plus rares (caustiques arsenicaux, lotions), ces modes de thérapeutique étant tombés en désuétude.

Voies respiratoires. — Outre l'empoisonnement aigu par l'hydrogène arsénié, les intoxications professionnelles par inhalation de poussières sont assez fréquentes (ouvriers du Hartz, mines d'arsenic; ouvriers en papiers, étoffes ou fleurs teintes à l'arsenic). D'après Layet et Ferré, l'hydrogène arsénié jouerait un rôle dans un certain nombre de ces intoxications.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'INTOXICATION ARSENICALE. — L'étude des symptômes de l'intoxication arsenicale est des plus importantes pour le médecin.

Ainsi que le fait remarquer M. Thoinot dans ses Leçons, on décrit, dans les livres de toxicologie classiques, des formes d'empoisonnement qui varient, suivant que la durée de l'intoxication a été de huit jours ou de trois mois. C'est là une erreur. Les symptômes de l'intoxication par l'arsenic sont toujours semblables, seulement ils peuvent se masquer, ou bien se dérouler tout au long. En tous cas, les mêmes systèmes organiques sont invariablement touchés et souffrent de la même façon. Le mode d'ingestion du poison n'influe en rien sur les symptômes, pas plus que sur la marche.

I. Symptômes digestifs. — L'intoxication porte sur les organes digestifs, au premier chef, puis elle s'attaque à l'organisme tout entier : les vomissements et la diarrhée, la soif, la constriction de la gorge avec picotements et sensation de chaleur, et les douleurs épigastriques ouvrent la scène.

Vomissements. — Ils sont presque constants et initiaux On les retrouve dans presque toutes les observations à la suite de l'ingestion du poison. Mais ils peuvent manquer, même dans l'empoisonnement aigu. Ils sont brusques, sans sensations douloureuses à l'estomac, et ne laissent pas après eux de douleurs vives. Alimentaires d'abord, ils deviennent pituiteux et se mélangent de bile. Ils se répètent fréquemment, jusqu'à l'intolérance.

La constipation est plus fréquente que la diarrhée ; mais elle n'a pas son importance. La diarrhée est intense quand elle existe comme les vomissements. Elle s'observe surtout dans les intoxications lentes. Les selles sont séreuses, blanches, cholériformes, involontaires, parfois sanglantes.

Soif. — Elle s'observe dès le début dans les empoisonnements aigus.

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