SYMPTOMATOLOGIE DE L'INTOXICATION ARSENICALE
Elle est marquée, sitôt le poison avalé, et peut devenir inextinguible [cas du duc de Choiseul-Praslin (et autres)].
En même temps on observe, très fréquemment, une constriction de la gorge avec une chaleur et sensation de brûlure s'étendant à tout le tube digestif. Ce symptôme est tenace. Il s'accompagne de douleurs à l'épigastre et de coliques, avec état saburral des voies digestives. Il y a, de plus, un crachotement continuel et du ptyalisme.
II. Symptômes respiratoires. — Les symptômes respiratoires de l'empoisonnement arsenical sont objectifs (coryza, laryngite, bronchite) ou fonctionnels (oppression, dyspnée). La pathogénie de ces deux ordres de symptômes est différente. La dyspnée et la sensation d'oppression, hors de proportion avec ces signes locaux, relèvent probablement d'une lésion bulbaire. L'inflammation de la muqueuse des voies respiratoires relève de l'action du poison qui circule dans le sang.
On observe du catarrhe bronchique, associé parfois à du catarrhe laryngé et piluitaire pouvant simuler absolument la grippe.
L'oppression, la dyspnée sont deux symptômes majeurs, surtout dans les empoisonnements aigus, et pouvant primer tous les autres. C'est une sensation de barre sur la poitrine, marquée davantage et s'accentuant vers l'agonie.
III. Symptômes circulatoires. — Le cœur est très souvent touche. Il faiblit, subit des arrêts temporaires dans sa contraction, d'où des lipothymies et des syncopes. On trouve parfois des souffles à lauscultation (souffle au premier temps, signes d'endocardite). La mort peut survenir par arrêt progressif, ou par arrêt brusque du cœur (mort subite). Le pouls est petit, irrégulier vers l'agonie.
Du côté de la circulation générale, on observe de la pâleur ou de la cyanose, du refroidissement des extrémités. La peau est glacée, avec ali^idité périphérique. Dans les cas aigus, surtout avant l'agonie, on a le tableau du choléra asiatique (choléra arsenical). Les hémorragies sont surtout fréquentes dans les empoisonnements externes; ce sont des péléchies, des ecchymoses, des épistaxis, des diarrhées sanglantes.
Du côté des reins on observe l'oligurie et l'anurie, parfois une sensation de ténesme vésical ; du côté du foie, un ictère léger, très rarement intense, mais pouvant cependant aller jusqu'à l'ictère grave.
IV. Symptômes cutanés. — Du côté de la peau, on a signalé depuis longtemps une éruption miliaire généralisée. Les éruptions arsenicales sont polymorphes (érythcme, urticaire, vésico-pustules). Au visage elles affectent parfois la forme d'impétigo, aux mains l'aspect du psoriasis syphilitique, aux parties génitales, celui d'herpès. Souvent on observe de la desquamation des parties affectées (épidémie d'Hyères). Elle estfurfuracée ou par larges squames.
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On a signalé, comme troubles sécrétoires, une augmentation de la sueur, des œdèmes (bouffissure de la face). A ces symptômes cutanés peuvent se rattacher les symptômes oculaires. Il y a de l'œdème, de la rougeur avec tuméfaction des paupières, de l'injection conjonctivale, du larmoiement.
V. Symptômes nerveux. — Les troubles nerveux sont moteurs ou sensitifs.
Troubles moteurs. — La paralysie occupe ici le premier plan. L'arsenic, comme le plomb, l'alcool, le mercure, le sulfure et l'oxyde de carbone, détermine des paralysies se rapprochant beaucoup des paralysies alcooliques. Il y a là, en quelque sorte, la même prédilection du poison. Les paralysies arsenicales ont été signalées déjà en 1786 par Hahnemann, qui décrivit les douleurs des membres, les contractions, les tremblements, les convulsions, les paralysies. Depuis elles ont été l'objet de nombreux travaux. (Brouardel, Pouchet, Marie.)
Paralysies arsenicales. — Leur fréquence est beaucoup plus grande en France qu'on ne le croyait, avant les faits remarquables d'empoisonnements épidémiques du Havre et d'Hyères. Elles sont certainement plus fréquentes en Russie, où Scolosuboff les a étudiées (1).
L'étiologie de ces paralysies arsenicales semble relever d'une dose unique plus souvent que de doses faibles mais journalières. C'est en un mot un empoisonnement aigu plutôt que chronique (Brouardel), nécessitant soit une dose plus ou moins forte, soit des doses répétées mais assez considérables.
Les vrais empoisonnements chroniques ne comportent au contraire pas de paralysies notables.
Dans le tableau clinique de l'empoisonnement par l'arsenic, la paralysie n'est jamais initiale; c'est un signe assez tardif; c'est pour cela qu'on ne l'observe pas dans les cas aigus à marche rapide. Dans les cas marchant plus lentement, elle est au nombre des signes les plus marqués quand elle existe.
La paralysie est limitée et non généralisée, comme cela se voit dans le saturnisme et dans l'alcoolisme. Elle est limitée aux membres inférieurs et aux membres supérieurs, ou seulement aux membres inférieurs par lesquels elle paraît débuter, en s'y cantonnant le plus souvent. La face, le tronc, les sphincters sont indemnes.
Dans les membres paralysés eux-mêmes, l'affaiblissement musculaire présente une topographie spéciale, semblable à ce qu'on observe dans l'alcoolisme et qu'il importe de connaître.
Jambe. — Début par l'extenseur commun des orteils, où la paralysie se fixe le plus longtemps, ainsi que dans les autres muscles de la région antéro-exierne de la jambe. A la région postérieure, les
(1) L'arsenicisme est très commun en Russie. • •