MARCHE
rarement au-dessus. Il y a quelquefois une chute au moment de la mort. (Frerichs.)
MARCHE . — Forme aiguë. — Tels sont les signes que l'on observe dans l'empoisonnement aigu par le phosphore. Les symptômes du début, digestifs dans les deux tiers des cas, se montrent ordinairement une heure, parfois deux ou trois heures après l'ingestion du poison. Les vomissements peuvent parfois manquer; les douleurs et la soif sont les seuls signes. Ils peuvent être précédés (Leudet) d'une sensation désagréable du pharynx, d'un goût alliacé survenant au bout d'un quart d'heure, avec exhalaison de vapeurs phosphorescentes dans l'obscurité.
On peut décrire à l'empoisonnement par le phosphore une forme commune aiguë. Au début, que nous venons de décrire, succède la période d'état avec les symptômes énumérés plus haut : continuation des troubles digestifs, ictère, hépato et splénomégalie, fièvre peu élevée, hémorragies, refroidissement et lipothymies, et enfin, comme phénomènes nerveux, la prostration et les douleurs.
La terminaison peut se faire de doux façons différentes, qu'il faut bien connaître. Elle peut être graduelle. Le malade finit alors dans le collapsus, ou bien il est pris de délire avec convulsion et coma terminal. La terminaison peut être brusque., par mort subite. Ceci s'observe assez fréquemmentfun sixièmedes cas, d'après Tardieu). II peut, ici, se présenter deux cas : ou bien le malade continue le cours de son affection et succombe brusquement par syncope avant le terme prévu. Ou bien il y a une rémission et, forme trompeuse entre toutes, le malade, que l'on espérait sauver, meurt subitement vers le sixième ou le septième jour. Ces cas ne sont point rares. Souvent, en effet, dans la forme aiguë, on observe des améliorations apparentes qui sont bien plutôt des apaisements des symptômes digestifs plutôt qu'autre chose.
On lit, en efiet, dans les traités classiques, que, dans l'empoisonnement par le phosphore, après les vomissements et les troubles digestifs du début, une rémission durant un ou deux jours est de règle, puis alors surviendrait l'ictère et le syndrome connu. C'est là un schéma qu'aucune observation ne justifie, ainsi que l'a justement fait remarquer Thoinot. L'amélioration peut, en effet, survenir à toute période de l'empoisonnement, souvent môme à une période avancée, voisine de la mort. Ce n'est en tous cas qu'une simple apparence, un simple amendement des symptômes pénibles pour le malade.
La durée de la forme aiguë que nous venons de décrire est courte. En moyenne, dans le tiers des cas, la mort survient en deux ou trois jours et dans les quatre cinquièmes des cas, avant le huitième jour.
Forme chronique. — D'après Tardieu, qui en a rapporté une observation, il existerait une forme chronique de l'empoisonnement
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par ingestion massive de phosphore. Dans celte forme rarissime, rictère ne survint qu'au vingt-septième jour, des hémorragies constantes se montrèrent pendant les huit mois de survie.
DIAGNOSTIC. — Deux cas peuvent se présenter : 1" il y a ictère ; 2° l'ictère fait défaut.
C'est la première éventualité qui est de beaucoup la plus fréquente, dans 90 p. 100 des cas. Si l'ictère fait défaut, en dehors des anamnestiques, le diagnostic peut être des plus embarrassants. Quand il y a ictère, la confusion n'est possible qu'avec les ictères aigus et graves, mortels, car l'ictère phosphore est toujours mortel.
L'ictère aigu terminant les maladies du foie (cirrhoses, cancer, syphilis, etc.) sera facile à éliminer.
L'ictère aigu, ictère grave primitif, est plus difficile à difTérencier de l'ictère phosphore. Les commémoratifs seront naturellement du plus grand secours. S'ils font défaut, il n'y a guère que des nuances cliniques entre le début et la marche, car les symptômes sont pour ainsi dire calqués dans les deux affections.
Au début, dans l'empoisonnement parle phosphore, les symptômes digestifs sont beaucoup plus précoces et plus prononcés. L'ictère et l'albuminurie sont moins marqués. Les vomissements et l'haleine sont phosphorescents dans l'obscurité. Il y a un goût alliacé dans la bouche. Les hémorragies multiples sont ici au dernier plan, car il faut savoir que la plupart des ictères phosphores évoluent sans ces hémorragies qui sont un des symptômes les plus importants de l'ictère grave primitif.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Ce qui frappe tout d'abord, à l'autopsie, c'est la teinte ictérique de la peau. On trouve parfois dans le tube digestif, adhérent à la muqueuse de l'œsophage, de l'estomac ou de l'intestin, sous forme de fragments, du phosphore solide à odeur alliacée caractéristique.
Les lésions sont locales ou générales. Locales, ce sont des lésions déterminées par la causticité du poison, plaques de gangrène, perforations si le toxique a été ingéré à dose massive. Elles siègent dans l'œsophage, l'estomac et l'intestin.
Les lésions générales sont les vrais stigmates de l'empoisonnement phosphore. Ce sont des hémorragies et de la dégénérescence graisseuse des organes.
Les hémorragies siègent : 1° dans les séreuses, péritoine, plèvre, péricarde, sous forme de plaques ecchymotiques analogues à des taches de purpura; 2° dans les muqueuses, digestive, vésicale, utérine et bronchique. Des ecchymoses se voient aussi dans les muscles et dans le tissu cellulaire.
La stéatose siège surtout sur le foie, les reins et les muscles. Le foie
est lisse, uni, d'une couleur parfois jaune uniforme, ou jaune piqueté (le rouge. Histologiquemenl, on constate une dégénérence granulograisseuse de la cellule qui a été détruite à un stade avancé. Les reins sont d'un brun jaunâtre. Leur substance corticale surtout est hypertrophiée. Les muscles (cœur, fibres striées et fibres lisses) sont également dégénérés. Les muscles striés perdent leur striation. Le cœur est couleur feuille morte.
Ces stéatoses des différents organes peuvent être très rapides
PRONOSTIC. — Il est très grave. L'empoisonnement par le phosphore se termine presque fatalement par la mort, pour peu que la dose ingérée ait été supérieure à 50 centigrammes.
TRAITEMENT. — Quand on est appelé auprès d'une personne qui vient d'être empoisonnée par le phosphore, la première chose à faire est d'administrer des vomitifs (ipéca ou piqûre d'apomorphine) de façon à débarrasser le tube digestif du poison qu'il contient encore.
Le lavage de l'estomac est également indiqué ; on a en effet trouvé, quarante-huit heures après l'ingestion du poison, du phosphore en nature dans l'estomac. (Van Starck.)
L'antidote du phosphore est l'essence de térébenthine (Auvant [d'Aix], Personne). Elle devra être administrée d'une façon suivie, soit sous forme de capsules (4 à 8 grammes par jour) ou en sirop (20 à 25 grammes par jour).