EVOLUTION ET MODES DE TERMINAISON
qualité delà boisson ingérée, l'intoxication parle vin a une marche lente et des plus variables. Il est indéniable que certains buveurs de vin, dans les campagnes, surtout, où la boisson est ordinairement plus naturelle que dans les villes, l'exercice plus considérable et l'hygiène meilleure, peuvent parcourir une longue existence, troublée au plus par des pituites, le matin, une légère excitation, dans la journée, et des cauchemars plus ou moins accusés dans la nuit ; mais il n'est pas moins vrai que dans les villes, et en particulier à Paris où les boissons sont souvent falsifiées, le buveur de vin ne parvient pas à un âge avancé. Trois ordres d'accidents terminent en général son existence : le délire tremblant, la cirrhose du foie, la tuberculose.
Le délire tremblant, tantôt peu intense, est à peine dangereux, tantôt très aigu, épuise rapidement les malades qu'il emporte dans l'espace de douze à vingt-quatre ou quarante-huit heures, si on ne parvient pas à les calmer.
La cirrhose hépatique est un accident qui, en raison de sa lente évolution, est beaucoup moins grave que le précédent, parce qu'elle laisse au médecin le temps d'intervenir. Autrefois, à la vérité, sa terminaison était presque toujours fatale, mais aujourd'hui, sa guérison est la règle, lorsque les malades sont dociles et qu'ils sont traités assez tôt. Toutefois, le développement excessif de l'ascite et l'asphyxie qui en est la conséquence, une ponction par trop abondante, comme j'ai pu le voir plusieurs fois, et surtout une insuffisance fonctionnelle du foie révélée par un état de profonde adynamie avec dessèchement des membranes muqueuses, la diminution des urines, le délire et le coma, sont les circonstances qui entraînent généralement la mort au cours de cette affection. Certaines maladies intercurrentes, et surtout la pneumonie, peuvent encore amener la terminaison fatale du buveur de vin, car, surexcité et vieilli par le fait de ses excès, il supporte difficilement les états fébriles, quelle qu'en soit l'origine.
La tuberculose qui n'est pas un accident, mais bien une complication de l'œnilisme, est assez commune pour qu'il y ait lieu à s'en préoccuper chez tout buveur, même chez les buveurs de vin. Elle se rencontre particulièrement chez ceux qui, à Paris, exercent des professions nécessitant des efforts, comme les camionneurs, les porteurs à la halle, les garçons de magasin, les tonneliers, etc., et se manifeste de préférence par des localisations au sommet du poumon droit ou dans le péritoine.
La première condition de la guérison est la cessation des habitudes, chose toujours difficile. Cependant nous avons pu, à plusieurs reprises, convaincre suffisamment nos malades pour les amener à ce résultat, et obtenir, de cette façon, la rétrocession des accidents et le retour à la santé. Notons que, dans certains cas, il s'agissait d'individus atteints d'une intoxication déjà avancée, et même de cirrhose, mais, pour arriver à ce but, il importe de surveiller les malades pendant un long
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temps, sans quoi ils reprennent un jour ou l'autre leurs fâcheuses Habitudes, et, cette fois, ils sont perdus.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les désordres matériels engendrés par l'abus du vin sont locaux ou généraux. Les désordres locaux ont pour siège spécial l'estomac et le foie. L'état de l'estomac (1) se traduit par la présence à la surface interne de cet organe de plaques ou arborisations vasculaires et même d'érosions hémorragiques et de petites érosions ayant pour siège principal le cardia et la petite courbure, de saillies glandulaires avec teinte ardoisée dans la région pylorique, et enfin d'un mucus épais et abondant, indice de l'exagération de la sécrétion muqueuse, au détriment de la sécrétion du suc gastrique. Indépendamment des hémorragies et des pertes de substance de la membrane muqueuse, le microscope révèle l'existence d'un léger état de sclérose de cette membrane et d'altération granuleuse des glandes stomacales.
Le foie, toujours augmenté de volume, lisse et ferme, d'un brun jaunâtre, s'injecte et devient le siège d'une prolifération conjonctive limitée tout d'abord au niveau des espaces portes et des parois de la veine sus-hépatique, mais, dans quelques cas, il présente en outre une infiltration graisseuse simultanée des cellules glandulaires. Telle est la première phase du processus cirrhotique, à laquelle s'arrêtent un grand nombre de buveurs de vin. Dans une seconde phase, la lésion, s'étend des espaces portes à la périphérie du lobule hépatique, le circonscrit par des traînées de petites cellules embryonnaires qui, peu à peu, s'organisent en un tissu conjonctif définitif, rétractile, comme tous les tissus de cette nature. A ce moment, en etfet, apparaissent la dilatation des veines superficielles de l'abdomen, l'ascile et l'œdème. Les cellules hépatiques, peu ou pas graisseuses, comprimées par rétraction, et mal nourries, s'altèrent, du moins à la périphérie et au centre du lobule, et cette altération est parfois suffisante à produire de l'ictère et tous les phénomènes de l'insuffisance hépatique (2). La rate, fortement tuméfiée, est le siège d'une congestion intense et d'un très léger degré de sclérose, comme aussi le pancréas ; les parois de l'intestin sont épaissies et le plus souvent ardoisées par le fait de la stase résultant de la rétraction du tissu hépatique.
Les lésions d'ordre général proviennent de l'action de l'agent toxique sur les grandes fonctions de l'innervation et de la nutrition, elles sont surtout la conséquence de la diminution des combustions. Les capillaires, ceux de l'encéphale surtout, sont dilatés et constituent, avec de faibles modifications des cellules corticales de l'encéphale, les seuls désordres observés dans le délire alcoolique.
La plupart des organes thoraciques et abdominaux sont enveloppés
(1) Lancereaux, Atlas d'anat, pathol. Paris, 1871. ,(2) Ibid.
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