DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC
d'un dépôt abondant de graisse, et tout particulièrement, le cœur et les reins.
Dans les membranes séreuses, le dépôt graisseux donne lieu à un épaississement considérable du mésentère et forme des appendices saillants au pourtour des anses intestinales, dans les épiploons au niveau du péricarde, et, dans le tissu conjonctif sous-cutané, principalement à la partie inférieure de l'abdomen.
DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC. —Les effets de l'œnilisme se reconnaissent facilement, et se distinguent, comme nous le verrons, de ceux de l'alcoolisme et de l'absinthisme. Effectivement, malgré la lenteur de son évolution, l'intoxication par le vin présente, au bout de quelques années d'excès, tant du côté du tube digestif que des fonctions nerveuses, des signes des plus significatifs, qui sont : la pituite au réveil, au saut du lit, la difficulté des digestions et enfin la tuméfaction simultanée du foie et de la rate.
La pituite du buveur ne se retrouve, dans aucune autre maladie, avec les mêmes caractères.
La difficulté des digestions est moins spéciale, quoique distincte de celle des dyspepsies purement névropathiques.
La tuméfaction du foie du buveur offre, à ce point de vue, des différences tellement tranchées que l'état de cet organe constitue un des meilleurs signes du diagnostic de l'œnilisme. Il est remarquable, en effet, par la régularité de son développement et par ce fait qu'il ne tarde pas à s'élever d'un à deux travers de doigt au-dessus du mamelon, alors qu'il descend relativement peu au-dessous du rebord costal. Ce caractère distingue nettement le foie du buveur de celui du paludique, comme aussi des foies cardiaque, amyloïde, leucémique, etc., qui lui ressemblent le plus. Ajoutons que chacune des maladies où se rencontrent ces modifications hépatiques ont d'autres signes particuliers pouvant encore aider au diagnostic.
Les rêves professionnels, les cauchemars, les réveils en sursaut, le tremblement des lèvres, des mains et des avant-bras, sont, avec la diminution de la sensibilité aux extrémités et les crampes, les principaux désordres nerveux propres à mettre l'œnilisme hors de doute ; l'association de ces désordres avec ceux de l'appareil digestif peuvent servir de contrôle au diagnostic.
Le pronostic de cette intoxication est sérieux en lui-même, à cause des difficultés que nous éprouvons à abandonner une habitude contractée; l'adage ancien « qui a bu, boira » est toujours vrai, de telle sorte que si le buveur de vin n'est pas condamné à une mort certaine, il n'est pas moins prédisposé à périr par l'une des affections qui résultent de l'intoxication œnilique, sinon par une maladie intercurrente.
Le délire tremblant, toujours redoutable par la rapidité avec laquelle
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il peut entraîner la mort, se place en première ligne ; l'ivresse, beaucoup moins grave, ne tue que dans des circonstances exceptionnelles, à la suite de l'usage de boissons falsifiées, ou lorsque les individus qui en sont atteints se refroidissent tout à coup d'une façon ou d'une autre. La cirrhose, en raison de sa fréquence, est la cause la plus commune de la mort chez le buveur de vin qui, par suite de l'état de son foie et de sa prédisposition au délire, supporte mal les maladies aiguës, et succombe quand il aurait pu résister. L'oenilisme est une maladie redoutable, enfin, parce qu'elle prédispose à la tuberculose.
PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE. — L'usage du vin n'étant dangereux que par l'abus qu'on en fait et par les falsifications auxquelles il est soumis, il suffît, pour se préserver de ses funestes effets, de faire un usage modéré de cette boisson et d'éviter ses falsifications.
La thérapeutique étiologique n'a pas de prise dans l'espèce, car elle ne peut s'adresser au vin, qui est éliminé pour ainsi dire au fur à mesure de son absorption ; une thérapeutique pathogénique ne serait pas plus efficace, et, par conséquent, il ne reste au médecin qu'à viser les effets produits par l'abus du vin. Les agents propres à combattre ces effets varient suivant que le système nerveux ou le système digestif se trouvent plus spécialement troublés.
L'indication étant, dans le premier cas, de calmer l'excitation nerveuse; c'est aux agents modérateurs de ce système, le chloral, la morphine, l'opium, le bromure de potassium, qu'il importe de s'adresser. Le bromure convient uniquement aux cas légers, dans lesquels le sommeil est à peine interrompu par des rêves ; il suffit de deux à quatre grammes pour ramener le calme. L'opium, à la condition d'être prescrit à la dose de dix à vingt centigrammes et plus, a rendu autrefois les plus puissants services contre le délire alcoolique; mais, aujourd'hui, en présence d'un accès aigu de délire tremblant, nous ne manquons jamais de recourir à l'emploi du chloral, l'expérience nous ayant appris que cet agent est de beaucoup préférable chez le buveur qu'il s'agit de faire dormir et de calmer. C'est à la condition, toutefois, de lui faire prendre une dose suffisante, car une dose faible augmente l'agitation, et une dose par trop forte peut avoir d'autres inconvénients. Cette dose varie avec le degré d'excitation : pour une excitation faible, trois grammes suffisent généralement; pour une excitation moyenne, nous prescrivons ordinairement 4 à 5 grammes; enfin, pour un délire intense, nous allons quelquefois jusqu'à 8, 9, 10 grammes et plus, dans les vingt-quatre heures.
Toujours, dans ces conditions, le chloral est pris avec ou sans sirop de morphine, dans un julep gommeux, dans de l'eau ou du vin de Malaga, à dose massive, c'est-à-dire en deux ou trois fois, et à dix minutes de distance. En même temps, le malade doit être placé dans une chambre obscure, de façon à éviter toutes les impressions qui
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pourraient lui venir du dehors, et surveillé attentivement. En efi'et, s'il ne s'endort pas, il faut absolument ou bien lui injecter quelques centigrammes de chlorhydrate de morphine, ou bien lui rendre du chloral, car la condition formelle étant de le calmer, on n'y parvient qu'en le faisant dormir; provoquer le sommeil, tel est en somme le but à atteindre.
La digitale, la strychnine et les autres substances, à l'aide desquelles on a prétendu pouvoir combattre ces mêmes accidents, n'ont jamais l'efficacité de celles dont nous venons de parler. Aussi, nous contentonsnous de les signaler. Deux sortes de moyens peuvent être opposés aux désordres du tube digestif et des glandes annexes, foie, rate et pancréas, presque toujours simultanément altérées : le régime et une médication appropriée. Le lait, à la condition qu'il soit donné d'une façon exclusive, est le régime le mieux approprié, non seulement pour combattre l'état de l'estomac, mais encore celui du foie qui est l'aboutissant de la plus grande partie des matériaux digestifs. Ce régime, déjà indiqué dans la période précirrhotique, l'est plus encore lorsque la cirrhose du foie se trouve constituée, attendu qu'il a produit les meilleurs effets, dans un grand nombre de circonstances. Nous prescrivons de prendre, chaque deux heures, par petites lasses à café, un demi-litre environ de lait de bonne qualité et cru plutôt que bouilli.
Lorsque cet aliment, par exception, est mal supporté ou n'est pas absolument nécessaire, nous recommandons un régime azoté, et défendons le vin, les substances acides, et toutes celles qui renferment des sels de potasse dans une certaine proportion.
La médication que nous adressons à l'estomac consiste dans l'emploi d'une préparation de strychnine ou de gouttes amères de Baume au début des deux premiers repas, et dans celui du bicarbonate de soude (1 à 3 grammes) à la fin de chacun d'eux, principalement s'il existe des aigreurs. Celle qui nous a le mieux réussi, lorsque le foie est cirrhotique, est la médication iodurée; nous faisons prendre l'iodure de potassium à la dose de 1 à 3 grammes par jour, à partir du moment où la glande commence à s'indurer. Nous réservons les diurétiques pour les cas dans lesquels il survient tout à coup une diminution de l'urine et de l'enflure des jambes.
L'hydrothérapie, que nous prescrivons simultanément, offre le double avantage d'agir sur le système nerveux qu'elle tend à calmer, et sur l'appareil digestif dont elle diminue la congestion, et active le fonctionnement.
H. ALCOOLISME. — ÈTIOLOGIE. — Les différentes eaux-de-vie, le kirsch, le rhum, le gin, le brandy, toutes les boissons, en un mot, qui ne renferment que des alcools plus ou moins parfaitement rectifiés, sont la cause de l'alcoolisme, mais cette intoxication, étant donnée la composition du vin et des amers, résulte encore, dans uo
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certain nombre de cas, de l'abus de ces dernières substances. Les eaux-de-vie, dont la provenance est la distillation de moûts sucrés préalablement fermentes, sont des composés d'alcools multiples que la science est parvenue à isoler et dont la toxicité est variable. L'expérimentation a démontré que, pour tuer un chien de 30 livres, il faut environ :
Alcool éthylique 90 grammes.
— propylique 45 —
— butylique 27 —
— amylique 23 —
Les eaux-de-vie de grains, de riz, de mélasse, de fruits, de vin, etc., ne sont qu'un mélange de ces alcools, auxquels il faut ajouter, avec l'eau, de nombreuses substances d'importance secondaire, mais dont quelques-unes, pourtant, comme l'éther acétique, les aldéhydes éthylique et pyromucique ou furfurol, et d'autres encore, sont loin d'être inoffensives. Par conséquent, le degré de toxicité de ces boissons varie nécessairement avec la qualité des alcools et la quantité des impuretés qui s'y trouvent renfermées. Pour remédier à ces inconvénients, on soumet ces liquides à une opération qui a pour but de séparer l'alcool éthylique des autres alcools, (ou alcools dits supérieurs), des aldéhydes et autres substancesqui-en augmentent la toxicité et lui communiquent une odeur désagréable. Cette opération se nomme la rectification. Aussi ne doit-on livrer à la consommation que des alcools rectifiés, et c'est à quoi s'appliquent aujourd'hui la plupart des États.
Le tableau que nous donnons des phénomènes produits par l'abus des eaux-de-vie est tracé d'après des faits observés à une époque où la rectification était loin d'être parfaite. Il est d'ailleurs assez rare de trouver des cas absolument purs d'empoisonnement par l'eaude-vie, le rhum et le kirsch, si ce n'est dans quelques provinces, la Normandie et la Bretagne, par exemple. A Paris, du moins, la plupart des buveurs font usage de boissons multiples, et c'est tantôt l'alcool, tantôt le vin, tantôt les amers et, parfois simultanément, ces différents genres de boisson- Quelques professions cependant conduisent à boire de préférence de l'eau-de-vie ou du rhum; telles sont celles des hommes de peine, des marchands des quatre-saisons et des ouvriers en bâtiment, et bien que ces habitudes changent d'un instant à l'autre, ce n'est pas moins sur ces derniers et sur des malades venus de la province qu'il nous a été permis d'observer les phénomènes produits par l'abus des boissons alcooliques.
SYMPTOMATOLOGIE. — Les phénomènes propres à l'intoxication par l'alcool, contrairement à ceux qui résultent de l'abus du vin, ont pour siège spécial l'appareil nerveux et, accessoirement, l'appareil digestif. Ils se montrent sous les deux formes aiguë, ou chronique.
SYMPTOMATOLOGIE 221
La forme aiguë se traduit par une ivresse qui a de grandes analogies avec l'ivresse du vin; mais, au lieu d'être caractérisée par une gaieté exubérante, elle présente plutôt de la tristesse, de la torpeur, de la somnolence et un état d'abrutissement qui varie d'ailleurs avec la qualité de la boisson ingérée.
Passons à la forme chronique, qui mérite toute notre attention.
Produite par des excès quotidiens, longtemps continués, l'intoxication chronique par l'alcool localise ses principaux effets à l'appireil de l'innervation, dont la plupart des fonctions sont simultanément affectées au bout d'un certain temps. Les troubles de la sensibilité se manifestent tout d'abord ; ils sont objectifs et subjectifs. Les troubles objectifs, de beaucoup les plus importants, consistent en une analgésie symétrique, qui commence par les extrémités inférieures, atteint quelquefois les extrémités supérieures, et s'étend peu à peu vers la racine des membres. C'est au niveau des pieds que l'on constate la diminution de la sensibilité, qui va s'atténuant jusqu'à disparaître en totalité, de telle sorte que la pression avec les doigts la piqûre d'une épingle finissent par ne plus déterminer aucune sensation douloureuse. Des pieds, l'analgésie remonte jusqu'aux malléoles, peu à peu jusqu'à la partie supérieure de la jambe, la partie inférieure de la cuisse, en sorte que ce désordre occupe successivement la région recouverte par le soulier, par la bottine, par la botte ordinaire et enfin par la botte d'égoutier. En même temps, le réflexe plantaire est généralement diminué ou aboli, tandis que les sensibilités tactile et thermique sont conservées. Les troubles de la sensibilité subjective, relativement peu accusés, se manifestent par de rares élancements douloureux, dans les membres inférieurs de préférence, par des crampes nocturnes au niveau des mollets, et par des sensations de fourmillements et de picotements aux extrémités des doigts des pieds.
Indépendamment d'un léger tremblement des membres supérieurs, la puissance musculaire conserve son intégrité, et ne se modifie d'une façon sensible qu'au bout de plusieurs années d'excès. Alors, elle s'affaiblit peu à peu, de telle sorte que le buveur d'alcool, comme, du reste le buveur de vin, est de moins en moins apte à se livrer au travail, et, très souvent, il se trouve dans la nécessité d'abandonner toute profession exigeant des efforts, cela, même à un âge peu avancé, vers la cinquantaine, ainsi que nous avons pu le constater dans maintes circonstances. De nombreux exemples démontrent d'ailleurs que l'alcool n'est pas un agent de la puissance musculaire, et l'on sait que les guides des montagnes suisses, les boxeurs anglais, les bicyclistes les plus renommés ont soin de s'en abstenir. La puissance génitale, du reste, est, comme la force musculaire, diminuée par les excès alcooliques.
Les désordres des facultés cérébrales se traduisent par de l'insom-
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aie, des rêves effrayants ou terrifiants, des réveils en sursaut et en sueur, et parfois aussi par des accès de délire et des hallucinations. Le délire de l'intoxication alcoolique, moins éclatant et moins aigu que celui de l'intoxication par le vin, offre une évolution plus lente, aussi le désigne-t-on généralement sous le nom d'accès subaigu. Ces accès revêtent les formes maniaque, mélancolique ou stupide, et s'ils ne tuent pas rapidement, ils ont du moins de la tendance à se prolonger et à se terminer par la dépression des facultés mentales. Les hallucinations sont pénibles, multiples, mobiles et professionnelles, mais on constate, en outre, dans quelques cas, un affaiblissement manifeste de la vision et des bourdonnements d'oreilles, fort incommodes. Plus tard enfin le malade, s'il ne devient phtisique, tombe dans un état d'abrutissement progressif.
La digestion stomacale, ordinairement troublée au bout d'un certain temps, est lente, laborieuse, et s'accompagne d'éructations ou même de pyrosis. Des nausées et des vomissements pituiteux se produisent au réveil, sinon à la descente du lit. La digestion intestinale est relativement peu modifiée, et les glandes annexes du tube digestif ne présentent pas les altérations que produit le vin. C'est ainsi que la rate reste normale, et que le foie et le pancréas, rarement atteints, ne deviennent pas cirrhotiques, mais simplement graisseux. La glande hépatique, stéatosée, dépasse assez peu le rebord costal et ne remonte jamais au-dessus du mamelon, en sorte que son état diffère nettement de celui qui est le propre de l'intoxication par le vin. Les ouvrages classiques enseignent que les excès d'alcool engendrent l'athérome artériel ou mieux V artériosclérose généralisée, et ce fait, partout répété, ne manque pas d'intérêt en ce sens qu'il montre la facilité avec laquelle se propagent les erreurs en médecine et la négligence apportée par la plupart des auteurs de Pathologie à vérifier ce qu'ils avancent. Mes recherches sur ce sujet, qui datent de plus de trente-cinq ans, m'ont appris que l'artério-sclérose généralisée était manifestement rare chez le buveur, et si elle venait à s'y rencontrer, celui-ci était toujours en même temps un rhumatisant chronique, autrement dit un herpétique, et qu'ainsi la lésion artérielle se liait non pas à l'intoxication alcoolique mais bien à l'herpétisme, qui est la maladie où s'observe spécialement l'athérome généralisée du système artériel. Observons, toutefois, que, chez les vieux buveurs, les éléments cellulaires de l'endartère subissent parfois la dégénérescence graisseuse, désordre tout différent de la prolifération cellulaire qui caractérise l'artério-sclérose.
Le cœur, ordinairement adipeux, légèrement dilaté, peut manquer d'énergie dans quelques circonstances, mais il devient rarement insuffisant au point d'amener de l'hyperhémie stasiquedans le foie (1).
(1) Lancereaux, Atlas d'anat. pathol.
La similitude d'altération entre la néphrite interstitielle et la cirrhose hépatique a conduit la plupart des auteurs à attribuer cette néphrite aux excès alcooliques. C'est là une erreur, car si l'on se donne la peine d'observer et de suivre les buveurs d'eau-de-vie, on trouve leurs reins à peu près constamment normaux, tel est du moins le résultat de nos observations personnelles sur des quantités de cas, où, à l'exception de quelques uns, cet organe présentait non pas une altération du stroma conjonctif, mais une légère infiltration graisseuse des éléments épithéliaux. Par conséquent, la néphrite interstitielle; pas plus que l'artério-sclérose, n'est une manifestation de l'alcoolisme, ce fait est indiscutable pour tout esprit qui se donne la peine d'observer.
ÉVOLUTION ET MODES DE TERMINAISON. — La marche de l'intoxication par l'alcool est ordinairement continue, comme les habitudes des malades. Au début, le malheureux alcoolique est excité, et plus tard, son système nerveux se déprimant peu à peu, il passe par deux phases successives, l'une d'exaltation, l'autre de dépression.
La durée de chacune de ces phases est longue, car les excès alcooliques, à moins d'être excessifs, ont besoin de plusieurs années avant de modifier l'organisme au point de rendre l'existence impossible. La cessation des accidents peut avoir lieu, s'ils ne sont pas arrivés à une phase par trop avancée, lorsque le malade vient à abandonner ses funestes habitudes. Dans le cas contraire, la mort, qui est le mode de terminaison pour ainsi dire fatal, a lieu par le système nerveux, au cours d'un délire qui vient compliquer une maladie fébrile générale, ou encore dans un état de marasme, d'abrutissement et de vieillesse anticipée, auquel s'ajoutent des escarres et une fièvre de résorption. Quelquefois, enfin, elle est l'effet d'une tuberculose préparée par les excès et le dépérissement progressif qui en est la conséquence. Cette tuberculose, comme celle du buveur de vin, débute par le sommet du poumon droit et revêt surtout la forme granuleuse.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les désordres anatomiques propres aux buveurs d'alcool se rencontrent partout, car, à part l'estomac, ils n'ont pas de localisation spéciale. Les téguments, ternes, décolorés, ont perdu leur éclat; le tissu adipeux sous-cutané est relativement abondant, à moins d'une excessive maigreur, les appendices épiploïques et le mésentère sont chargés de graisse aussi bien que les feuillets séreux qui entourent les reins et le cœur. L'estomac, de dimensions normales, est injecté ou ardoisé, parsemé de petites taches ecchymotiques. Le foie, légèrement augmenté de a olume, offre une teinte jaunâtre de son parenchyme, due à l'infiltration graisseuse de ses éléments cellulaires. Le pancréas, recouvert de graisse, est aussi, du moins dans quelques cas, atteint de stéatose, comme les
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glandes salivaires, les reins et même les teslicules. La rate est normale ou peu modifiée.
Indépendamment de la surcharge adipeuse dont il est le siège, le cœur est ordinairement pâle et sa libre musculaire peu résistante. Le système artériel est normal, à part quelques taches jaunâtres, à peine saillantes, liées à l'infiltration graisseuse des éléments de Tendartère et totalement différentes des nodosités athéromateuses. Les cellules cartilagineuses sont d'ailleurs modifiées de la même façon et les os renferment une forte proportion de graisse qui les rend plus friables qu'à l'état normal; les muscles, jaunâtres etfragiles, entourés de pelotons graisseux, présentent en général un léger état de dégénération granulo-graisseuse.
Toutes ces lésions, constantes en somme, ont une ressemblance frappante avec les modifications apportées par l'âge à notre organisme ; aussi avons-nous été conduit, depuis longtemps, à comparer l'alcoolique à un vieillard, et à considérer l'abus des boissons spiritueuses comme produisant une vieillesse anticipée (1). C'est là un fait exact, non seulement dans l'état physiologique, puisque buveur et vieillard se font remarquer par une diminution dans l'exhalation de l'acide carbonique, mais encore dans l'état pathologique où les maladies aiguës, presque toujours accompagnées de phénomènes délirants, prennent chez l'un et chez l'autre, une gravité exceptionnelle.
DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC. — Les signes diagnostiques de l'alcoolisme se tirent à la fois des désordres des fonctions nerveuses et de ceux des fonctions digestives. L'analgésie symétrique des extrémités inférieures offre à cet égard la plus grande valeur, surtout si on la rapproche de l'état du foie et de la rate, dont le volume se modifie peu chez le buveur d'alcool, tandis qu'il augmente notablement chez le buveur de vin. La pituite, avec son caractère matinal, est un signe non moins important, en ce sens qu'il différencie l'intoxication alcoolique des intoxications par le sulfure de carbone, l'arsenic, l'essence de térébenthine et de toutes celles dans lesquelles la sensibilité à la douleur se trouve diminuée ou abolie aux extrémités des membres. La réunion de ces symptômes empêchera de confondre l'alcoolisme avec une lésion matérielle des centres et des cordons nerveux où les désordres de la sensibilité ne se limitent pas ordinairement aux extrémités, et n'ont jamais la symétrie parfaite de ceux de l'intoxication par l'alcool. Le délire alcoolique maniaque ou mélancolique se distingue également par la nature de l'agitation, des rêves et des hallucinations qui lui font cortège, tant du délire qui résulte d'un désordre matériel de l'encéphale que de celui qui survient dans le cours des maladies aiguës.
(1) Lancereaux, Étude sur les altérât, produites par l'abus des boissons alcooliques (Gaz. hebdom. de méd. et de chirurgie, Paris, 1865, p. 435 et 464).