‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 31 sur 173 · ÉVOLUTION ET MODES DE TERMINAISON · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION ET MODES DE TERMINAISON

lieu, chez l'homme sain, à une sensation presque insupportable.

Les caractères si particuliers de ces accidents et leur coexistence constante avec les phénomènes de l'intoxication chronique par les boissons avec essences, mettent hors de doute l'existence d'une relation entre ces paralysies et les excès de ces boissons. La symétrie, la tendance à la généralisation, la perte de la contractilité électro-musculaire, l'absence de contracture, sont autant de caractères qui distinguent ces accidents de ceux que déterminent les altérations de la moelle épinière ou de l'encéphale ; quant aux symptômes de l'ataxie locomotrice, ils diffèrent trop de ceux des paralysies absinthiques, tant par leur début que par leur évolution, pour pouvoir être confondus avec elles.

La névrite des nerfs pneumogastriques se manifeste par l'accélération de la circulation et de la respiration, et par des phénomènes de dyspnée, d'embarras des poumons qui, en général, ne tardent pas à être suivis de la mort. L'altération des nerfs optiques donne lieu à une amblyopie plus ou moins complète; l'audition et l'olfaction, par contre, sont rarement modifiées.

Les fonctions cérébrales, toujours excitées au début, traduisent leurs souffrances par de l'insomnie, des rêves professionnels, et surtout par des cauchemars effrayants ou terrifiants, par des hallucinations de même nature, et par un délire hallucinatoire, éminemment agressif. Plus tard, ces fonctions baissent notablement ; la mémoire s'affaiblit, la conception se ralentit, tout travail intellectuel, souvent même physique, devient impossible. Les malades rient ou pleurent sans motif, ils deviennent gâteux par relâchement des sphincters paralytiques, tombent dans un état de mélancolie stupide et succombent, enfin, au milieu de l'hébétude et de l'abrutissement le plus complet.

Des troubles gastriques : dyspepsie, pituites, inappétence, font cortège à ces divers accidents, mais, comme ils ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui se rencontrent chez les buveurs de vin et les buveurs d'eau-de-vie, nous n'y insisterons pas. Le foie et la rate restent normaux; l'appareil circulatoire et les reins ne sont pas touchés. Les poumons restent intacts, ou bien ils deviennent tuberculeux. La tuberculose, complication fréquente de l'oenilisme, est un accident pour ainsi dire fatal dans l'absinthisme. Plus que toute autre intoxication, celle que produisent les boissons avec essences, a la propriété de dénourrir les individus et de les prédisposer à cette grave maladie. Le sommet droit en est le siège habituel, et après un début insidieux, elle évolue parfois avec une grande rapidité, comme il m'est arrivé de le constater chez de jeunes femmes adonnées aux apéritifs, et qui, à la suite d'une paralysie des membres, se trouvaient emportées par une tuberculose aiguë.

EVOLUTION ET MODES DE TERMINAISON. — Les accidents qui

Page 1