E. LANCE REAUX. — ALCOOLISME
résultent de Tabus des boissons avec essences présentent deux périodes, l'une d'excitation, l'autre de dépression. La première a pour caractères l'hyperalgésie, l'insomnie, les cauchemars, les hallucinations, le délire; la seconde, la paralysie des membres et parfois du tronc ou des organes des sens, la diminution des facultés mentales, la perte de la mémoire, l'incontinence des matières et l'abrutissement le plus absolu.
La terminaison est variable, mais le malheureux absinthique, comme le morphinomane ou l'éthéromane, se trouve pris dans une sorte d'engrenage dont il ne lui est pas facile de se tirer, car, abandonner l'usage acquis est chose difficile, en raison du besoin contracté. Peu de personnes, en effet, parviennent à se corriger à moins d'habitudes récentes; mais celles qui ont ce courage, finissent par guérir entièrement, pourvu qu'elles n'aient pas dépassé la période d'excitation.
La mort, qui est la terminaison habituelle de l'absinthisme chronique, survient directement à la suite de désordres nerveux, lorsque la paralysie se généralise et s'accompagne ou non de démence avec relâchement des sphincters, d'escarres, ou bien, lorsque gagnant les pneumogastriques, la respiration et la circulation s'accélèrent au point d'amener une terminaison rapide.
Le plus souvent, enfin, le malheureux absinthique ne meurt pas des accidents directs engendrés par les essences; il est conduit par une dénutrition progressive, au bout de quelques années, à une tuberculose qui l'emporte. Qu'on le veuille ou non, il n'est pas moins vrai que tel est son genre de mort habituel, et c'est là un fait digne d'attention qui montre la nécessité, pour éviter la tuberculose, de savoir conserver sa santé et s'abstenir de tout excès.
La moindre maladie fébrile enfin, et surtout la pneumonie etl'érysipèle déterminent chez le malheureux absinthique de l'agitation, du délire, et, enfin, un coma le plus souvent fatal.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les désordres anatomiques observés chez les buveurs d'absinthe sont les uns propres, les autres communs et semblables à ceux qui se rencontrent dans l'alcoolisme et l'œnilisme. Ces derniers consistent, malgré une maigreur parfois excessive, en des dépôts graisseux dans les épiploons, le mésentère, au pourtour des viscères abdominaux et thoraciques, dans un épaississement avec teinte ardoisée de la membrane muqueuse de l'estomac, et un léger degré de décoloration des muscles. Les premiers intéressent spécialement le système nerveux et se localisent, comme je l'ai tout d'abord établi, aux cordons nerveux et aux muscles des extrémités. Aux jambes, les muscles, ceux de la région externe surtout, sont pâles, anémiés, atrophiés, en voie de dégénérescence; ceux des avant-bras présentent les mêmes désordres toujours moins accentués. Les tubes nerveux, siège initial de l'altération qui com-