‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 33 sur 173 · DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

raence par les extrémités, ont pour caractère, comme à la suite des sections wallériennes, la segmentation de la myéline qui se concrète peu à peu, forme des boules de moins en moins considérables, les- (juelles deviennent granuleuses et sont résorbées, laissant les gaines de Schwann absolument vides. A cette période, le cylindre-axe est quelquefois détruit et la régénération du tube nerveux devient impossible, mais, heureusement, il n'en est pas toujours ainsi, et même, le tube nerveux se reconstitue, le plus souvent, comme aussi le muscle altéré par suite de sa dégénération, et le mouvement reparaît au bout de plusieurs mois dans les cas légers, d'une ou de plusieurs années dans les autres. L'encéphale en apparence peu altéré offre cependant, dans les cas avancés, des altérations dégénératives des cellules de la substance corticale et quelquefois même d'autres cellules.

Telle est, rapidement esquissée, la lésion propre auxparalysies liées à l'abus des boissons avec essences. Ces paralysies, d'abord désignées par nous, sous le nom de paralysies alcooliques^ l'ont été plus tard sous celui des paralysies absinlhiques, le jour où il nous a été démontré qu'elles se rencontraient uniquement chez des individus faisant usage d'apéritifs et jamais chez les buveurs de vin ou d'alcools rectifiés.

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC. — Les boissons avec essences, prises en excès, impriment à l'organisme humain des modifications tellement spéciales qu'il est difficile de les méconnaître. Indépendamment de l'insomnie, des rêves et des cauchemars, les désordres objectifs et subjectifs de la sensibilité qui ont pour siège les extrémités des membres, et dont la symétrie est toujours parfaite, sont des signes d'une haute importance.

Ces signes, en effet, mettent tout au moins sur la voie d'une intoxication, et, si quelques poisons comme le sulfure de carbone, l'alcool, etc., peuvent produire la diminution ou l'abolition de la sensibilité, aucun ne détermine une exaltation aussi prononcée que celle qui résulte de l'abus des amers et des apéritifs, de telle sorte qu'il est difficile de se tromper sur l'existence de cette dernière, et que l'on peut la diagnostiquer à coup sûr. Bien des fois, cependant, j'ai vu attribuer à la syphilis les douleurs si pénibles des extrémités des membres, alors qu'il était si facile de les reconnaître en tenant compte de leur symétrie, de leur exacerbation nocturne, et des rêves et cauchemars qui leur font toujours cortège.

Les paralysies, en raison de leur début par les extrémités, de leur marche ascendante et progressive, de l'absence de toute lésion des centres nerveux, et de leur complète symétrie, sont également faciles à distinguer. Aucune autre paralysie ne se comporte de la même façon, à part certaines paralysies toxiques, comme celles qui se

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rencontrent chez les mangeurs d'arsenic, dans l'intoxication oxycarbonée ou sulfocarbonée, etc. ; mais jamais ces paralysies ne s'accompagnent de la même exaltation de la sensibilité et ne sont précédées ou accompagnées de douleurs aussi vives que celles qui proviennent de l'action des amers.

Les paralysies résultantd'afïections cérébrales ou médullaires n'ont ni la symétrie, ni la marche des paralysies absinthiques, aussi, lorsqu'on sait tenir compte de l'évolution de ces dernières, l'erreur est pour ainsi dire impossible.

Cependant il y a quelquefois, au début de la paralysie absinthique des phénomènes d'incoordination motrice et, par exception, un léger degré d'anesthésie plantaire, qui pourraient donner le change à un observateur non prévenu, mais les troubles différents de la sensibilité abdominale et la marche des accidents, le délire et les hallucinations du buveur ne permettent pas une longue confusion. Enfin, dans le tabès, les crises gastrique, vésicale, etc., n'ont rien de commun avec les troubles dyspeptiques des absinthiques, chez lesquels, d'ailleurs, le phénomène />ara/?/sre passe avant le phénomène ataxie. Les paralysies hystériques, qu'on pourrait quelquefois confondre avec les paralysies alcooliques, ne s'accompagnent pas, comme ces dernières, de sensations subjectives, douloureuses ; par contre, elles coexistent avec une anesthésie complète et souvent aussi avec de la contracture. Ces paralysies, du reste, revêtent le plus souvent la forme monoplégique ou hémiplégique, et le caractère de symétrie, si important dans les paralysies toxiques, y fait ordinairement défaut.

La période avancée, ou période de démence de l'absinthisme, déjà caractérisée parun délire hallucinatoire agressif, l'est encore par les désordres de la sensibilité, par les pituites, la maigreur du faciès et des téguments. Ce dernier état, à la rigueur, pourrait être confondu avec celui qui résulte de l'artério-sclérose généralisée des vaisseaux encéphaliques, s'il ne s'en distinguait par la forme du délire et par les troubles de la sensibilité toujours plus accusés aux extrémités.

PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE. — La prophylaxie consiste à faire comprendre aux personnes le danger des boissons avec essences, de beaucoup les plus pernicieuses, de façon à les en préserver. Malheureusement, ce danger ne sera pas pour cela toujours évité, et alors il faut faire plus, instruire la jeunesse de l'inutilité de ces boissons, des graves inconvénients qui en résultent et de la difficulté de cesser les mauvaises habitudes contractées. Tout individu, bien pénétré de ces faits, hésitera à continuer de se laisser aller à son penchant et finira quelquefois par y renoncer, comme nous avons pu l'observer dans plusieurs circonstances. Sans avoir la même gravité, toutes les boissons avec essences ont de sérieux inconvénients, et aucune ne peut trouver grâce à nos yeux. Aussi, étant donnée la

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