PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE
facilité avec laquelle l'homme, et la femme surtout, s'y habituent, nous croyons qu'il est du devoir d'une Administration éclairée de prohiber le débit de toute boisson avec essences. C'est ce que ne manquent pas de faire certains gouvernements, et cet exemple, il nous faudra le suivre, un jour ou l'autre, dans l'intéi'ôt de notre malheureux pays qui est l'un de ceux où les excès de boissons avec essences sont les plus répandus.
Le traitement varie avec la période plus ou moins avancée de la maladie. L'indication, dans la période d'excitation, doit être de calmer le système nerveux, et l'hydrate de chloral, qui a la propriété de provoquer le sommeil, est le moyen qui y répond le mieux, attendu qu'il diminue, en même temps, les vives souffrances des extrémités des membres. A cet effet, il doit être donné à des doses élevées et massives, sans quoi il reste infructueux; aussi le prescrivons-nous, depuis longtemps, à la dose de 3 à 4 grammes, dans les cas de forte intoxication, à la dose de 4 à 5 grammes, en ayant soin d'élever cette dose jusqu'au point d'obtenir un sommeil de plusieurs heures. Si, malgré tout, les douleurs persistent de façon à faire crier les malades, nous ajoutons à la potion de chloral un ou plusieurs centigrammes de chlorhydrate de morphine, substance que les malades supportent également bien, à dose élevée. L'extrait thébaïque n'agit absolument, dans ces conditions, qu'à la dose de 15, 20 à 25 centigrammes ; autrement, il détermine plutôt une excitation, comme, du reste, le chloral et la morphine quand la dose n'en est pas suffisante; habituellement je donne en potion 30 à 50 grammes de sirop de morphine, avec 3 à 5 grammes de chloral hydraté. En môme temps que ces moyens, nous recommandons des lotions froides, chaque malin, et lorsque les malades peuvent sortir, l'usage quotidien d'une douche froide en jet brisé, d'environ quinze secondes de durée, pendant un temps aussi long que possible.
L'état des fonctions digestives ne sera pas négligé, attendu que l'abus des boissons avec essences tend à dénourrir les individus et les prédispose à la tuberculose. L'usage des gouttes amères, de la strychnine se trouve ainsi indiqué dans le but de stimuler l'estomac, et une alimentation azotée est de rigueur. En cas d'inappétence, le régime lacté sera préféré à tout autre.
Le chloral et la morphine sont encore utiles dans la seconde période de l'intoxication absinthique, lorsqu'il existe de l'insomnie ; mais quand la dépression est manifeste, il y a lieu de recourir à l'emploi des strychnées, de l'eau froide en lotions, des douches, et à un régime approprié. L'électricité est nécessaire pour réveiller la contractilité musculaire, elle a de bons effets dans les paralysies absinthiques; mais, la plupart du temps, ces paralysies, qui ne manquent pas d'analogie avec celles qui succèdent à un traumatisme des nerfs, guérissent spcntanément par suite de la régénération du tube ner-
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veux et du muscle correspondant. Dans ces conditions, il est toujours difficile de démêler l'action exercée par le médicament de celle qui résulte des eflbrts de la nature. Aussi j'hésite à conseiller un médicament, bien qu'il m'ait paru n'être pas sans efficacité, c'est le chlorure d'or, qui, administré à la dose de quelques milligrammes, a paru réveiller l'excitabilité nerveuse et la contractilité musculaire.