‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 36 sur 173 · en Auvergne · texte numérisé non relu

en Auvergne

19 — — en Alsace.

15 — — en Franche-Comte.

(1) Les malades qui ne font pas partie de cette statistique sont, pour la plu|)art, des élrangei's ; cuielqucs-uns proviennent de différents départements.

ABSINTHISME ET ALCOOLISME HÉRÉDITAIRES. 2Jj

Ainsi, Paris el l'Ile-de-France forment le contingent le plus fort; viennent ensuite les provinces de Normandie, de Picardie et de Bretagne, puis la Lorraine et la Champagne, etc. Par contre, le centre et le midi de la France, le Limousin, le Nivernais en particulier, ne donnent pas un seul alcoolique, bien que ces contrées aient fourni, à cette époque de construction et de transformation parisienne, le plus grand nombre des ouvriers de la capitale. Ce contraste est inexplicable, si on n'admet une tendance instinctive à l'usage des boissons spiritueuses chez certaines races, tendance forcément liée à l'hérédité, qui marque pour ainsi dire du sceau de l'alcoolisme le malheureux descendant du buveur.

Il n'est pas plus extraordinaire, au reste, de voir cette tendance se transmettre par hérédité que la passion du jeu ou du libertinage, que personne ne conteste. L'hérédité, dans ces cas, s'explique même plus difficilement que chez le buveur, où l'alcool, agent matériel, imprime aux éléments du système nerveux, une modification persistante; aussi la tendance innée à l'abus des liqueurs fortes n'est-elle pas discutable.

2° Les troubles fonctionnels ou dynamiques, propres aux descendants d'alcooliques, intéressent spécialement les fonctions cérébrales. Aucune d'elles n'y échappe, pas même la sensibilité morale, témoin cet air de tristesse dont se trouve si souvent empreinte leur physionomie, ces pleurs, ces rires qui se produisent sans cause appréciable, ou qui sont en désaccord avec l'intensité de la cause qui les a provoqués. Le tact est conservé, mais la sensibilité à la douleur est fréquemment exaltée ou diminuée aux extrémités. L'excitabilité réflexe, généralement exagérée, se traduit par de l'incontinence nocturne des urines dans le jeune âge, et plus tard, par des désordres de la motilité revêtant tantôt la forme hystérique, tantôt la forme épileptique. Dans ces conditions, la moindre cause suffit à provoquer une crise convulsive, comme le prouve un cas profondément gravé dans mon esprit. En 1874, j'étais appelé en toute hâte auprès d'un jeune garçon de sept ans qui, à la suite de son déjeuner, avait été pris de convulsions épileptiformes. Lors de mon arrivée, cet enfant était étendu sur un lit et immobile, tellement pâle que je le crus mort; mais, à la suite de l'excitation de sa sensibilité générale, il se mit à respirer. Tout aussitôt, je pratiquai la respiration artificielle, et le visage se colora, puis survint une violente crise d'éclampsie, après quoi l'enfant retomba de nouveau dans l'état de mort apparente. Une nouvelle crise eut lieu, puis une troisième qui, sans la respiration artificielle, aurait certainement été suivie de mort, et ainsi de suite pendant trois heures. Convaincu que ces crises ne pouvaient être l'effet que d'une excitation réflexe, j'en arrivai à proposera mes confrères l'emploi de îa morphine. Une première pi({ûre de six à sept milligrammes ne fit qu'augmenter les accidents; mais, à la suite d'une seconde piqûre,

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l'enfant tomba dans le sommeil narcotique et s'éveilla quatre heures plus tard totalement guéri.

L'absence de tout désordre matériel m'ayant conduit à admettre lexistence de convulsions réflexes, la présence de vers dans les intestins fut soupçonnée, et deux jours plus tard, à la suite de l'administration de la santonine, ce jeune enfant rendait deux énormes lombrics. Or, le père, que j'ai soigné depuis, s'était adonné à des excès de boisson à partir de l'âge de vingt ans, et, bien qu'il fût des plus robustes, il mourut de tuberculose à l'âge de quarante-deux ans. Le descendant de ce père, aujourd'hui âgé de trente ans, buveur et tuberculeux, offrait ainsi dès sa jeunesse, une excitabilité réflexe très grande, à tel point que deux vers intestinaux suffirent à développer chez lui des convulsions qui mirent ses jours en danger. Cette histoire est commune, et le jour où l'on se donnera la peine de rechercher la cause des convulsions de l'enfance, on verra qu'elles ont fréquemment leur origine dans les fâcheuses habitudes des parents. Loin de nous l'idée de croire que l'abus des boissons soit toujours en cause; bien d'autres circonstances peuvent les produire, mais on ne peut nier qu'il soit très souvent possible de trouver dans les ascendants la raison des phénomènes morbides observés chez les enfants. Ce ne sont pas seulement des crises épileptiformes que l'on observe, en pareil cas, mais plutôt des crises hystériformes ou hystériques ; ces dernières, en effet, peuvent être considérées comme de fréquents stigmates de l'alcoolisme, et surtout de l'absinthisme, transmis aux enfants par les parents.

Il est commun, en effet, de voir de jeunes sujets nés de parents absinthiques présenter un ensemble de symptômes rappelant tout à fait ceux de l'hystérie ; il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les observations consignés dans nos Leçons cliniques. Les accidents, décrits sous le nom dliystérie par les auteurs, ne forment pas une maladiespéciale, ils constituent tout au plus un complexus symptomatique lié à des états pathologiques divers, parmi lesquels figurent l'absinthisme, l'herpétisme, beaucoup d'autres encore, et enfin l'hérédité. Il importerait donc d'étudier ce syndrome avec le plus grand soin et de rechercher les caractères différentiels qui permettraient de le rattacher à chacune des maladies dont il est l'effet, de façon à pouvoir remonter à ces maladies en s'appuyant de ces caractères. Dès lors, on ne peut pas dire qu'il y ait une hystérie toxique, car ce serait placer le symptôme avant la maladie; mais, comme nous l'avons soutenu devant l'Académie de médecine (1), certaines mtoxications, l'absinthisme en particulier, peuvent se traduire par des phénomènes semblables à ceux de l'hystérie ou même engendrer ce syndrome, directement ou par hérédité.

(1) E. LANCEnEAUY, Dc l'absinthisme aigu et de l'absinthisme chronique {Bull, de VAcad. de méd.. Paris, 18S0, série 2, p. SqS et 1074).

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Les troubles dynamiques des facultés mentales, rencontrés par nous chez les enfants des ouvriers de Paris adonnés aux liqueurs frelatées, n'apparaissent pas dès les premiers temps de la vie, mais seulement au bout de plusieurs années. Ces enfants ont une intelligence précoce et même vive, toutefois les espérances qu'ils donnent sont loin de se réaliser, car leur développement intellectuel finit presque toujours par subir un arrêt, de telle sorte que tel qui était le premier dans sa classe finit par être le dernier. Ils ont d'ailleurs assez rarement un équilibre parfait; ils sont légers, changeants, distraits, hargneux, et presque toujours emportés. S'ils ont une aptitude spéciale pour la littérature et les œuvres d'art, ils ne sont jamais que d'assez mauvais vaudevillistes, que des artistes d'un ordre inférieur. Mais ce qui est plus grave, c'est qu'il en est un certain nombre qui manquent entièrement de sens moral, se livrent aux pires excès, et ne reculent devant aucun crime, pas même l'assassinat.

3° Les désordres matériels provenant de l'hérédité alcoolique consistent en des lésions inflammatoires des centres nerveux, qui varient suivant l'âge de la vie où elles se produisent ; aussi il importe de les étudier, chez le fœtus, chez l'enfant et chez l'adulte.

Pendant la période embryonnaire, ces désordres, venant à modifier les éléments appelés à constituer plus tard une des parties importantes du centre cérébro-spinal, s'opposent à leur développement, et sont, par suite, le point de départ d'une malformation de l'encéphale, et en particulier de celle qui est désignée sous le nom d'anencé phalie. Demeaux et quelques autres observateurs ont, en elïct, rapporté des exemples de ce genre de malformation, qu'ils ont cru devoir attribuer aux excès alcooliques des générateurs.

L'hydrocéphalie me paraît pouvoir être rattachée à la môme cause, dans quelques cas du moins, et peut-être aussi l'affection particulière qu'on a désignée sous le nom de porencéphalie, laquelle consiste en une destruction partielle de l'encéphale qui, de la périphérie, gagne jusqu'au ventricule, et résulte vraisemblablement d'un ramollissement par lésion artérielle, cependant la syphilis, en raison du siège ordinaire de cette altération en est sans doute une cause plus commune.

Survenant à la fin de la période fœtale ou dans le jeune âge, les désordres héréditaires de l'alcoolisme se traduisent par des lésions qui, sans détruire les centres nerveux, s'opposent du moins à leur complet développement; c'est ainsi qu'il convient d'envisager certaines atrophies partielles, et le plus souvent unilatérales des hémisphères cérébraux, désignées par Breschet sous le nom d'agènésie Ces atrophies par arrêt de développement présentent les caractères de la sclérose; elles sont, en général, accompagnées d'une déformation de la tête, plus ou moins marquée suivant l'état des os du crâne, d'épilepsie et d'hémiplégie avec atrophie des muscles et du squelette des membres paralysés. D'autres fois les deux hémisphères

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peuvent être atteints, la tête est fort peu développée, le crâne petit : il y a microcéphalie et développement général très incomplet.

L'être dégénéré, produit du buveur, marche alors avec difficulté, il est parfois hémiplégique ou paraplégique, souvent imbécile ou idiot. Si on s'applique à remonter aux antécédents des enfants ou des adultes qui présentent ces désordres pathologiques, il est facile d'arriver à reconnaître, dans bien des cas, que les parents se sont laissé aller à des excès de boissons alcooliques, et que ces boissons ont dû jouer le principal rôle dans la genèse des accidents dont sont frappés les enfants.

D'ailleurs, sur 83 enfants ou adolescents, examinés, à ce point de vue et à ma demande par H. Martin (1), 60 fois les parents furent trouvés alcooliques, et si, dans le reste des cas, il ne fut pas possible d'arriver à cette constatation, il n'en résulte pas que la chose n'eut pas lieu.

Dans les 60 familles auxquelles appartenaient ces individus, le nombre des enfants était de 301, dont 132 avait déjà succombé. Sur les 169 survivants, il y avait 60 épileptiques : -48 avaient eu des convulsions dès leur jeune âge, et 64 seulement pouvaient être considérés comme bien portants. Dans les 23 familles restantes, ily avait 106 descendants, parmi lesquels 27 étaient morts. Or, sur les 79 survivants, 23 étaient épileptiques, 10 avaient eu des convulsions en bas âge, 46 étaient bien portants. Ajoutons qu'un grand nombre de ces enfants étaient paralytiques et mal conformés.

Les excès de boissons alcooliques peuvent donc compter parmi les causes de certaines formes de paralysie de l'enfance , mais l'épilepsie nous paraît résulter tout particulièrement de l'ivrognerie des parents, et ce qui nous le fait croire, c'est la conformation particulière des épileptiques qui ont dans leur famille des antécédents alcooliques. Ceux-ci, en effet, ordinairement petits, incomplètement développés, présentent de l'asymétrie crânienne et faciale, et parfois une hémiatrophie de tout le corps. La tête est petite, l'expression du visage étrange ou triste. Ces malades ont, dans leur enfance, des convulsions qui cèdent plus tard; mais, quand vientla puberté, et surtout le moment de la suture des os du crâne, fréquemment prématurée chez eux, alors se déclarent à la suite d'une cause occasionnelle quelconque, une frayeur par exemple, des attaques d'épilepsie, ou mieux d'hystéro-épilepsie.

Ces attaques, généralement précédées d'aura, ont non seulement les caractères, mais encore l'évolution de l'épilepsie franche, dite essentielle, attendu qu'elles constituent une maladie considérée comme incurable. Dans quelques cas, pourtant, la grande attaque n'existe pas, les malades accusent simplement des vertiges, des étour-

(i^ H. Martin, Arch. gén. de méd., 1877.

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