‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 37 sur 173 · ABSINTHIS.VIE ET ALCOOLISME HÉRÉDITAIRES · texte numérisé non relu

ABSINTHIS.VIE ET ALCOOLISME HÉRÉDITAIRES

dissements fréquents, et se plaignent de rêves ou d'iiallucinations plus ou moins terrifiantes.

Lorsqu'il échappe aux désordres fonctionnels ou matériels au système nerveux, le descendant de l'alcoolique n'offre pas moins, dans de nombreux cas, un certain degré de faiblesse congénitale et d'infantilisme. Magnus Huss écrit, à propos de l'énorme extension de l'eau-de-vie en Suède : « Il est un fait irrécusable, c'est que, sous le rapport des forces physiques et de la stature, le peuple en Suède a dégénéré de ses ancêtres ». Nos officiers de recrutement ont remarqué que, depuis une quarantaine d'années, la taille du soldat français a subi une diminution notable.

Dans mon village, cette diminution m'a péniblement frappé. Au lieu des grands jeunes gens que je voyais pendant mon enfance, je ne trouve aujourd'hui que des hommes de petite taille, presque imberbes. Or, ce pays, qui, autrefois, récoltait beaucoup de vin, ne connaissait pas les eaux-de-vie ; c'est vers 1850 que ces boissons y ont fait invasion, comme ailleurs, et depuis lors, la taille des habitants a notablement diminué.

Une semblable observation a été faite par Rotureau, dans l'arrondissement de Domfront. Cet arrondissement, celui du département de l'Orne où les excès alcooliques sont le plus habituels et l'usage de l'eau-de-vie de poiré le plus répandu, est aussi celui où la taille est leplus abaissée, à tel point que, dans quelques cantons, le recrutement des jeunes conscrits devient presque impossible

Il nous serait facile de rapporter d'autres faits à l'appui de l'abaissement de la taille chez les descendants d'alcooliques, car ils sont nombreux. Cet abaissement, sur lequel insistait déjà Morel (1), est encore appuyé par ce fait que les individus adonnés dès leur jeunesse à l'iisage des liqueurs fortes, se font remarquer, aussi bien que les descendants de buveurs, par ki petitesse de la stature et par un faible développement de la force musculaire. Ajoutons que les individus frappés d'hérédité alcoolique, généralement frêles et délicats, ont la poitrine aplatie, étroite, un faible développement du système pileux, et présentent tous les caractères de l'état désigné sous le nom d'mfcmlilisme. Attribué à l'hérédité tuberculeuse, cet état, en raison de la fréquence de la tuberculose chez le buveur, conduit à rechercher si ce ne sont pas surtout les descendants des tuberculeux alcooliques qui présentent le cachet de l'infantilisme. En tous cas, diminution de la force physique, abaissement de la taille, stérilité relative et accroissement de la mortalité, tels sont, dans l'ordre physique, les principaux eifets des licjueurs spiritueuses chez les peuples qui en abusent.

Ainsi, poussé à ses extrêmes limites, l'alcoolisme crée en quelque sorte une race spéciale, tant au point de vue des facultés mentales

(1; Moni.L, Trailéde: dcRénûrescences.

24'i E. LANCEREAUX. — ALCOOLISME.

que des attributs physiques. Cette race peut bien se continuer un certain temps avec ses infirmités et ses tendances vicieuses, mais, heureusement, elle manque d'éléments suffisants pour se perpétuer. Exposée à toutes sortes d'accidents et de maladies, vouée à l'impuissance et à la stérilité, elle tend à disparaître, et de cette façon s'éteint l'alcoolisme lorsqu'il a pénétré dans la famille. La connaissance de ces désordres est donc de la plus haute importance, et exige toute l'attention du législateur qui, en la négligeant, encourrait une responsabilité énorme.

D'ailleurs des mesures de prophylaxie bien entendues doivent être appliquées à combattre les prédispositions héréditaires que les enfants apportent en germe à leur naissance. Aussi, nous défendons l'usage du vin et des liqueurs, et conseillons l'usage de l'eau, de la bière ou du lait comme boisson. Nous surveillons avec soin le moment de la puberté, qui est celui du danger; l'adolescence étant l'époque où se manifestent les tendances de l'hérédité nerveuse.

Quand la maladie est confirmée, il importe, avant tout, de s'adresser au système nerveux et de chercher à le modifier. L'hydrothérapie, sous toutes les formes, et surtout les douches froides de courte durée, ont, alors, leur indication, et, de fait, aucune médication n'est plus efficace. L'emploi du bromure du potassium, de la morphine ou même du chloral à haute dose sera un adjuvant précieux, surtout si l'insomnie et des rêves terrifiants viennent harceler le malade.

En présence de désordres matériels, enfin, il ne reste guère que des palliatifs thérapeutiques ; mais il devient nécessaire de s'occuper de l'état intellectuel des malades, de leur procurer une éducation en rapport avec leurs aptitudes, souvent même de les placer dans un établissement particulier ; aussi sommes-nous partisan de la construction d'asiles ou hôpitaux pour les alcooliques.

V. RÉSUMÉ. — PROPHYLAXIE GÉNÉRALE. — Les effets des boissons fermentées et distillées sur l'organisme humain, variant avec la nature de chacune d'elles, il est facile au clinicien de séparer entre elles les intoxications par le vin, par les boissons alcooliques, par les boissons avec essences.

Le vin, qui engendre tout à la fois des désordres des fonctions digestives et des troubles du système nerveux, se distingue surtout par les modifications de l'appareil digestif. Effectivement il rend les glandes de l'estomac saillantes, injecte sa membrane muqueuse, y produit parfois une coloration ardoisée et des exulcérations. Le foie et la rate sont constamment tuméfiés ; et ce caractère, joint à une pituite matinale, avec crampes, insomnie, rêves effrayants, troubles de la sensibilité aux extrémités inférieures et tremblement, met en évidence l'abus de cette boisson et hors de doute l'intoxication œnilique.

Les phénomènes liés à l'abus des boissons simplement alcooliques

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