‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 38 sur 173 · RESUME. — PROPHYLAXIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

RESUME. — PROPHYLAXIE GÉNÉRALE

consistent en des sensations subjectives de fourmillement et de picotement avec analgésie symétrique et progressive des extrémités vers la racine des membres, crampes et tremblement. A ces phénomènes s'ajoutent de T'insomnie, des rêves terrifiants avec sueurs nocturnes, et, lorsqu'ils se continuent, ils conduisent fatalement à une vieillesse prématurée et à la mort, le plus souvent dans la démence.

L'absence de tuméfaction du foie et de la rate, l'intensité de l'analgésie et un certain degré d'abrutissement, telles sont les circonstances qui permettent de distinguer l'intoxication alcoolique de l'intoxication œnilique.

Ce sont les troubles de la sensibilité qui permettent de séparer les désordres provenant des excès de boissons avec essences, de ceux que produisent le vin et les alcools. Loin d'être diminuée ou abolie, la sensibilité à la doaleur est exagérée, le moindre pincement fait pousser des cris au malade et l'excitation de la plante des pieds donne lieu à une exaltation considérable des réflexes.

La terminaison de ces diverses intoxications par la mort est commune ; elle a quelquefois lieu pendant l'ivresse, plus souvent à la suite d'un delirium tremens ou encore dans le cours d'une maladie aiguë. L'individu dont les organes sont modifiés par l'usage prolongé des boissons alcooliques, supporte assez mal les traumatismes et difficilement les maladies, qui, comme la pneumonie, l'érysipèle, la variole, provoquent une élévation continue de température. Le système nerveux et le cœur ne tardent pas à faiblir, et le malade alcoolique succombe alors que, le plus souvent, une personne sobre aurait pu vivre.

L'alcoolisme n'est pas seulement dangereux en raison des graves complications qu'il détermine dans le cours ou dans la convalescence des maladies aiguës, il l'est encore par la large part qu'il prend dans la genèse de la maladie qui est la principale cause de mort dans notre climat, la tuberculose. Après avoir signalé chez les enfants nés de parents alcooliques la prédisposition à contracter la méningite tuberculeuse, j'ajouterai qu'un grand nombre d'individus, adonnés aux liqueurs fortes, succombent à cette même méningite, à une tuberculose pulmonaire ou péritonéale. Les faits sont tellement nombreux à ce sujet qu'ils en sont effrayants et la preuve qu'il ne s'agit pas là d'une simple coïncidence, ce sont les caractères particuliers que revêt la tuberculose dans les cas de ce genre où elle se distingue par sa localisation initiale au sommet droit, par la dissémination et la généralisation des granulations miliaires, tout au moins dans les poumons et les membranes séreuses.

Aidé de la tuberculose, l'alcoolisme est depuis longtemps l'un des principaux facteurs de la dépopulation dans un certain nombre de régions. La réunion de ces fadeurs, beaucoup plus que le fer et le feu, a contribué à réduire de plus en plus le nombre des indigènes de

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l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud. C'est elle encore qui aujourd'hui amène la disparition progressive des habitants d'un grand nombre d'îles de l'Océanie, notamment ceux des îles Marquises, Sandwich, Taïti, etc. Mais il suffit d'examiner ce qui se passe chez nous pour reconnaître que l'alcoolisme est une cause de dépopulation. Beaucoup de statisticiens et d'économistes s'alarment à juste titre de la décroissance de la population dans l'une des provinces les plus tavorisées de la France, et chacun donne à sa façon l'explication de ce fait. Tel y voit le résultat d'un calcul, tel autre un effet de la mortalité excessive des nouveau-nés. Cependant, si l'on y regarde de près, on reconnaît que la Normandie, contrée où l'on distille une grande quantité d'eau-de-vie, est une de celles où l'alcoolisme exerce les plus grands ravages. Là règne le préjugé qu'il est nécessaire d'administrer du vin et des liqueurs aux jeunes enfants pour les fortifier. Cette fâcheuse habitude de nourrir les enfants autrement qu'avec du lait, venant se joindre aux excès alcooliques si communs en Normandie, est, sans aucun doute, une des principales sources de la dépopulation de celte riche province.

Il importe de savoir que les peuples, comme les individus, ne peuvent vivre longtemps qu'à la condition d'être sobres et vertueux, et que, dès l'instant où ils deviennent intempérants et vicieux, ils sont destinés à périr. La preuve s'en trouve à chaque page de l'histoire : les Grecs et les Romains, comme aujourd'hui les peuplades océaniennes, n'étaient-ils pas, à leur période de décadence, adonnés à toutes sortes d'excès, et en particulier aux excès de boisson ? La viabilité d'un peuple dépend d'un certain nombre de conditions, et quand, parmi ces conditions, s'introduit l'abus des boissons alcooliques, cet abus devient le pronostic d'une décadence plus ou moins prochaine

L'accroissement du chiffre des aliénés, du nombre des suicide^, des délits et des crimes, tels sont dans l'ordre moral les résultats de l'alcoolisme. Que l'on consulte les statistiques relatives au suicide en Suède, en Angleterre, en Amérique, etc., on constate que cette maladie s'est accrue dans des proportions notables au fur et à mesure que s'est répandu l'usage des boissons alcooliques. Les recherches intéressantes du D"" Lunier nous ont appris qu'en France les cas de folie de cause alcoolique sont presque partout en raison directe de la consommation des alcools d'industrie. Effectivement, Ce 1831 à 1873, la consommation de l'alcool par individu s'est élevée de t',09 à 2', 84, et la proportion des cas de folie par excès de boisson, de 1838 à 1874-1876 s'est accrue, sur 100 admissions, dans les asiles, de 7,64 à 13,94 ; de même, le nombre des suicides attribués soit à des accès d'ivresse, soit à l'ivrognerie habituelle, a varié, de 1849 à 1876 dans la proportion de 6,69 à 13,41. En Suède, où l'alcoolisme exerce de grands ravages, Magnus Huss prétend que si l'on voulait considérer comme suicidés tous les individus morts en

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