‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 39 sur 173 · RÉSUMÉ. — PROPHYLAXIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ. — PROPHYLAXIE GÉNÉRALE

état d'ivresse ou des suites de rinioxication alcoolique, le nombre atteindrait des proportions si effrayantes, que Ton trouverait un suicide sur 30 individus décédés de vingt-cinq à cinquante ans. La proportion des délits et des crimes, au rapport du même auteur, s'est également accrue en Suède avec la consommation des liqueurs fortes. Que l'on consulte le travail si remarquable de Guerry sur la criminalité en France (1), les statistiques si intéressantes de Legoyt,' et l'on y trouvera la vérification du fait avancé par le médecin suédois. De même, si l'on se donne la peine de parcourir les nombreux rapports de la Société de Boston sur l'état des prisons aux États- Unis, on y voit que l'intempérance est signalée comme l'une des causes les plus communes du crime. Par conséquent, l'abus des boissons alcooliques n'est pas seulement une cause de dégénérescence morale de l'espèce humaine. Mais quelles sont les causes de cet abus? Que convient-il de faire pour le réprimer? Voilà sur quoi, en terminant, je demande la permission de dire quelques mots.

Tout le monde sait qu'il est commun de voir les fils d'ivrognes s'adonner à des excès de boisson; si, d'un autre côté, on prend la peine de rechercher, chez les alcooliques de nos hôpitaux, les circonstances dans lesquelles a été contractée l'habitude de l'ivrognerie, on est bientôt conduit à placer, au premier rang, l'influence de l'hérédité. Effectivement, sur un chiffre de huit cent treize faits recueillis par moi, l'hérédité paternelle ou maternelle a été constatée cent soixantequatorze fois. Le plus souvent, dans ces cas, j'ai pu m'assurer que l'exemple était nul ou n'avait exercé qu'un rôle accessoire, et que la tendance à faire usage des boissons alcooliques était, contrairement à l'opinion de iMagnus Huss, l'effet d'une modification organique héréditaire. L'habitude acquise, le besoin créé se transmettent aussi bien que les qualités physiques et morales : c'est là un fait certain et qui méi'ite d'être médité.

Après l'hérédité, les préjugés peuvent être comptés, du moins chez nous, parmi les causes les plus importantes de l'alcoolisme. J'étais appelé, il y a quelques années, à visiter un enfant de quatorze mois bien constitué, mais un peu amaigri. La mère de cet enfant me fit remarquer que, depuis deux mois, il avait fréquemment des coliques, de la rougeur au visage, qu'il était nerveux, agité la nuit, et que son agitation se manifestait surtout par des cris, des pleurs, des réveils en sursaut. ■,

Or, en interrogeant cette femme, j'appris que depuis trois ou quatre mois, son enfant buvait du vin de Narbonne ou pur ou coupé avec de l'eau. La substitution du lait à cette boisson ne tarda pas à faire disparaître les accidents à la grande stupéfaction de la mère de mon petit malade, qui n'y pouvait rien comprendre, attendu, me

(1) GuEniiY, Statistique morale de l'Angleterre, comparée avec la stalislique morale de la France. Paris. 1861.

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(lisait -elle, qu'en Auvergne, son pays, on donnait plus souvent du vin que du lait aux enfants d'un an. Je sais, d'autre part, qu'en Normandie, c'est trop souvent de l'eau-de-vie qu'on administre aux jeunes enfants, et cela non pas dans le but de leur nuire et de s'en débarrasser, mais uniquement dans leur intérêt et pour les fortifier.

Voilà, dans sa triste réalité, une des causes de la mortalité des jeunes enfants dans certaines provinces de la France. Le même préjugé existe encore pour l'adulte, et bien des gens ne se seraient jamais adonnés aux boissons alcooliques s'ils n'avaient considéré comme nécessaire l'usage de ces boissons. Ce sont des nourrices, des femmes grosses, qui, croyant avoir besoin de se réconforter, se laissent aller à user des boissons alcooliques, sans se douter qu'elles peuvent nuire à leur nourrisson ou au produit de leur grossesse ; puis, à leur insu, le besoin se crée, il devient peu à peu plus puissant et plus impérieux ; il se convertit enfin en une passion devant laquelle la volonté la plus énergique devra succomber.

Dans les administrations, nous retrouvons le même préjugé avec des conséquences beaucoup plus graves. Je n'exagère rien en disant que la distribution de l'eau-de-vie aux marins que notre gouvernement envoie dans les contrées chaudes, a toujours été plus préjudiciable à la France que l'ennemi qu'on allait combattre. Non seulement cette distribution de liqueurs fortes est une des principales causes de mort pour nos marins en campagne, mais elle est encore une cause importante d'alcoolisme, en ce sens qu'elle fait contracter l'habitude de boire à des hommes, qui, sans cela, seraient toujours restés sobres. Ce que je dis du marin s'applique au fantassin : la profession militaire, tant à cause des boissons que l'on délivre au soldat, que de l'inaction à laquelle, autrefois du moins, il était soumis, doit être regardée comme une puissante cause d'alcoolisme. En somme, habituer des jeunes gens à prendre quotidiennement une dose d'eaude-vie est un acte déplorable, qu'il faudrait juger criminel s'il n'était le fait de l'ignorance et de l'irréflexion.

Certaines professions prédisposent par leur nature à l'usage des boissons spiritueuses et par là môme à l'alcoolisme : telles sont les professions qui exposent au feu, et exigent un grand déploiement de force, comme celles de forgeron, boulanger, etc. Les professions qui s'exercent en commun dans les ateliers conduisent aussi, soit par l'exemple, soit par les mauvais conseils, à la débauche et à Tivrognerie. La profession de blanchisseuse, qui réunit toutes ces conditions défavorables, est pour la femme l'une des grandes causes de l'alcoolisme. Les professions de cuisinier, de marchand de vin, de distillateur, de tonnelier, par les tentations auxquelles elles donnent lieu, sont des causes non moins puissantes de cette maladie, et par conséquent le médecin doit s'appliquer à prévenir les personnes qui les exercent des dangers auxquels elles s'exposent.

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Faisons remarquer,' à propos de ces dernières professions, que l'absorption des vapeurs alcooliques vient quelquefois aider à Faction de l'usage interne. Cette absorption est dans certains cas la seule cause d'intoxication qu'il soit possiI)le d'invoquer. De môme que l'éther et le chloroforme, l'alcool détermine des effets toxiques à une dose beaucoup moindre s'il pénètre par les voies aériennes que si on l'ingère dans l'estomac. Dans le premier cas, il arrive directement dans le sang artériel et exerce son action sur le système nerveux; dans le second, il se môle d'abord au sang veineux, et traverse les poumons où il est en grande partie éliminé avant d'arriver au sang artériel. L'empoisonnement par les poumons est bien moins rare qu'on ne serait tenté de le croire : plusieurs fois nous avons été à même d'observer l'intoxicaiion alcoolique professionnelle chez des parfumeurs, des fabricants de vernis, des marchands de couleurs, des éventaiilistes, des vernisseurs, etc.

Je ne veux pas insister plus longtemps sur les circonstances diverses au milieu desquelles peut se développer l'alcoolisme ; cependant il est une cause de ce mal que je ne puis passer sous silence, c'est la mauvaise qualité des boissons livrées à la consommation. Depuis longtemps j'ai remarqué que ce ne sont pas les individus qui font les plus grands excès qui sont le plus alcoolisés ; parmi nos malades des hôpitaux, un grand nombre se conteiitent chaque jour de quelques petits verres d'eau-de-vie ou de liqueurs, quelques-uns même ne boivent guère plus dur. litre et demi à deux litres de vin et néanmoins ils présentent les accidents les plus sérieux. S'il en est ainsi, il faut bien admettre que ce n'est pas la quantité qui a le plus contribué à l'intoxication, et qu'il importe de ne livrer à la consommation que des boissons de bonne qualité.

Là est toute la proph}laxiede l'alcoolisme. Inspecter sérieusement la fa])rication et la vente des boissons alcooliques, édicter les peines les plus sévères contre les falsificateurs, s'opposer à la multiplication des cabarets et faire en sorte que ces lieux de débauche ne soient pas, comme semble le vouloir un de nos sénateurs, le salon de l'ouvrier. Accorder la liberté à la vente des boissons peu ou pas nuisibles, telles ({ue vin, cidi'e et bière, et frapper d'un iin[)àt élevé les eaux-de-vie du commerce, prohiber la vente des ])oissons avec essences. Telles sont les principales mesures prophylactiques que nous conduit à réclamer l'étude de rakoolismc. Sachons enfin inspirer le goût du travail et des bonnes mœurs, et, par tous les moyens, cherchons à nous opposer au vice de l'iNrognerie, ce fléau d(;s Éials, car non seulement les ivrognes deviennent paresseux et ne produisent rien, mais c'est dans leurs rangs que se recrutent les pires ennemis de la société.

l'AU

R. WURTZ

Professeur agrégé à la Faculté de médecino Médecin des hôpitaux.

De toule antiquité, les eiïets physiologiques de l'opium ont été connus en Orient. On sait que le suc concrète du Papaver somniferum, qui constitue l'opium, vient surtout d'Asie Mineure, de Turquie et d'Egypte. On n'évalue pas à moins de 6000 à 7000 tonnes l'usage annuel de l'opium à la surface du globe. La thérapeutique en utilise à peine 500 tonnes. Le reste est destiné aux fumeurs, aux opiophages et aux morphinomanes. On peut donc dire que l'opium, par son importance toxicologique, se place à côté du tabac et de l'alcool, dont il se rapproche à tant d'autres titres. (Hugounenq.)

L'opium contient environ une quinzaine d'alcaloïdes. Les seuls qui soient bien connus et bien définis sont la morphine, la narcotine, la papavérine, la codéine, la thébaïne et la narcéine. L'opium de très bonne quaUté (Asie Mineure), contient de 15 à 17 p. 100 de morphine. Cet alcaloïde, qui est le plus actif de tous les alcaloïdes opianiques, a donc une action prédominante dans l'empoisonnement par l'opium, soit aigu, soit chronique.

TOXICITÉ DE L'OPIUM. — La toxicité générale de l'opium est très difficile à établir d'une façon précise. La provenance de la drogue fait varier en effet sa teneur en alcaloïdes ; d'autre part, l'expérimentation ne permet pas d'obtenir des résultats qui soient comparables de l'animal à l'homme. La morphine, qui est très toxique pour l'homme, l'est en effet beaucoup moins pour les animaux, pour les chiens par exemple, qui peuvent absorber des doses massives d'opium sans en être affectés ainsi que pour les oiseaux et les lapins (Claude Bernard). Chez l'homme adulte, la limite des doses toxiques est des plus variables.

Les efi'ets nocifs du poison sont de plus très irréguliers. On a cité un cas de mort à la suite de l'administration de 4 grammes de teinture d'opium, de 38 centigrammes d'extrait thébaïque. Olivier a publié

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