‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 40 sur 173 · INTOXICATION AIGUË · texte numérisé non relu

INTOXICATION AIGUË

par contre l'observation d'un empoisonnement par l^^S d'extrait thébaïque, suivi de guérison.

Les femmes et surtout les enfants (Taylor) sont beaucoup plus sensibles à l'action de l'opium. Chez ces derniers, on a observé la mort à la suite de doses de quelques milligrammes d'opium.

La toxicité générale de la morphine est également variable. Avec l'accoutumance, les morphinomanes arrivent à absorber des doses colofîsales de poison (jusqu'à 5 grammes de chlorhydrate par jour) mais chez un individu non morphinisé, une dose de 40 centigrammes doit être, d'après Lewin, considérée comme mortelle.

INTOXICATIOIV AIGUË. — L'opium sous toutes ses formes pharmaceutiques a déterminé des accidents d'intoxication aiguë, qu'il s'agisse de crime, de suicide, ou d'accidents. Nous donnerons ici, d'après Hugounenq, le tableau des équivalences en mor[)hine des principales préparations pharmaceutiques encore en usage

Doses équivalentes des principales préparations tliébaïques. Un centigramme de morphine équivaut à :

5 centigrammes d'extrait gommeux d'opium.

1 centigramme 26 centièmes de clilorliydratc de niorpliine. 80 centigrammes de laudanum de Sydcnham. 48 — — de Rousseau.

65 — de teinture d'opium.

20 — de gouttes noires.

50 — de poudre de Dower.

8 grammes de tliériaque ou de diascordium. 100 grammes de sirop diacode.

10 grammes d'clixir parégorique.

Le laudanum est le poison préféré des femmes pour le suicide, mais presque toutes les préparations mentionnées ci-dessus ont déterminé des intoxications. Rarement criminelles, elles résultent surtout d'une erreur d'ordonnance, soit du médecin, soit du pharmacien. Ces accidents sont fréquents en Angleterre et s'observent presque toujours chez des enfants au-dessous de cinq ans (Taylor) qui sont, comme on le sait, particulièrement sensibles à l'action de ce poison.

SYMPTOMATOLOGIE. — L'empoisonnement aigu par l'opium peut revêtir, au point de vue des symptômes, deux formes (Tardieu), l'une foudroyante, l'autre plus ou moins rapide.

Dans la forme foudroyante, les individus passent sans transition d'un état narcotique profond à la mort. Ils respirent bruyamment, sont insensibles à toutes les excitations et succombent dans le coma au bout d'un temps variable, allant de trois quarts d'heure à deux ou trois heures. Les pupilles sont constamment dilatées. ' Dans la forme commune, les premiers symptômes se manileslent

peu de temps après l'ingestion du poison (trente minutes à une heure), beaucoup moins cliez les enfants. Il est exceptionnel que les eflets toxiques tardent à se manifester.

Les signes du début sont caractérisés par une hyperesthésie sensorielle très vive. Les malades ne peuvent supporter ni le moindre bruit, ni une lumière un peu vive. 11 y a en même temps des vertiges, de la pesanteur de tète, avec nausées et, parfois, des vomissements. La peau est sèche, avec un prurit généralisé ; il y a quelquefois une éruption papillcuse ou vésiculeuse. Le pouls bat avec force; toutes les sécrétions, en particulier la sécrétion urinaire, sont suspendues. Les malades ne tardent pas à s'assoupir avec une respiration considérablement ralentie ; on n'en compte plus que quatre ou cinq par minute (Tardieu). D'autres fois l'assoupissement est le premier symptôme et les phénomènes d'excitation peuvent faire défaut. La respiration devient stertoreuse et les malades succombent dans le coma, comme dans la forme foudroyante, au bout de douze à quinze heures. La pupille, d'abord rétrécie, se dilate ensuite.

Dans certains cas, on observe une rémission. Les malades reprennent connaissance, peuvent môme parler, dans un demi-sommeil, puis, après quelques alternatives d'assoupissement et de réveils, ils deviennent agités, délirants, et succombent au bout de quatre à cinq jours seulement.

Dans les cas qui ne se terminent pas par la mort, la fréquence plus grande de la respiration, la réapparition des sécrétions, sous forme de sueurs abondantes et de crises urinaires, marquent la fin des phénomènes toxiques. Le malade reprend peu à peu sa sensibilité et son intelligence et revient progressivement à la santé. La convalescence est parfois assez longue. Les malades sont souvent pris de vomissements ; ils sont faibles et défaillants, pendant les jours qui suivent l'empoisonnement.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les lésions de l'empoisonnement par l'opium n'ont rien de caractéristique. On observe une congestion généralisée des viscères, portant surtout sur le poumon et le cerveau, les reins et les organes génitaux. Le sang est tantôt tluide, tantôt coagulé.

Le congestion cérébrale occupe surtout le cortex. Il y a même quelques hémorragies capillaires avec épanchement de liquide dans la cavité arachnoïdienne et les ventricules. Dans les cas d'empoisonnement par le laudanum, il existe parfois une coloration jaune de l'œsophage et de l'estomac, due au safran que contient le laudanum. La putréfaction est manifestement retardée.

TRAITEMENT. — Le traitement le plus simple et le plus efficace de l'empoisonnement aigu par l'opium, consiste à faire prendre au

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