‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 41 sur 173 · INTOXICATION CHRONIQUE · texte numérisé non relu

INTOXICATION CHRONIQUE

malade une infusion de café additionné de cognac. C'est le véritable contrepoison de la morphine. Le lavage de l'estomac ou les vomitifs, comme dans presque tous les empoisonnements, sont également indiqués. En même temps, on cherchera à ranimer le malade par des révulsifs ; si la respiration est stertoreuse et embarrassée, on pratiquera la respiration artificielle, et on fera inhaler de l'oxygène.

IIVTOXICATIOIV CHROIVIQUE. — L'empoisonnement chronique par l'opium présente un intérêt bien plus considérable que l'intoxication aiguë. L'usage de l'opium peut en effet dégénérer en habitude, et sur presque toute la surface du globe, actuellement, on ne peut plus compter le nombre d'individus qui s'empoisonnent, d'une façon lente, par l'opium ou par la morphine.

Ces modes d'empoisonnement sont variés. L'opium peut être ingéré ou fumé ; la morphine est absorbée sous forme d'injections sous-cutanées.

Opiophagie. — Ce genre d'empoisonnement s'observe surtout en Turquie et dans l'Asie Occidentale,

Les mangeurs d'opium portent le nom de thériakis. Les signes de l'empoisonnement sont ceux du morphinisme chronique, que nous décrirons plus loin. En Europe, l'opiophagie est beaucoup moins répandue que la morphinomanie; c'est en Angleterre surtout qu'elle s'observe. Le laudanum est la préparation opiacée dont les malades se servent le plus souvent pour satisfaire leur passion. Comme pour la morphine, il y a des exemples nombreux de tolérances individuelles qui permettent l'ingestion de doses énormes de poison sans que la santé générale du malade s'en ressente d'une façon notable, ïl n'en est pas moins vrai que la plupart des opiophages jouissent d'une santé déplorable. Taylor, d'après Oppenheim, a donné le tableau suivant de l'opiophage :

« L'homme qui a l'habitude de manger de l'opium est facilement reconnaissable. Tout son corps est amaigri, son visage est jaune et desséché, sa démarche chancelante, son épine dorsale. pliée jusqu'à donner parfois au corps une forme demi-circulaire ; ses yeux caves et vitreux le trahissent au premier regard. Ses fonctions digestivcs se font mal. 11 ne mange presque rien et va à peine à la garde-robe une fois par semaine. Ses forces physiques et morales sont détruites. Lorsque l'habitude est invétérée, la faiblesse qui augmente rcMid plus impérieux le besoin du stimulant et il faut sans cesse augmenter la dose pour obtenir l'etïet désiré. Lorsqu'il s'est longtemps livré à sa passion, le mangeur d'opium souffre de névralgies, auxquelles l'opium lui-même n'apporte aucun soulagement. Rarement ces malheureux atteignent l'agc de quarante ans, lorsqu'ils ont commencé de bonne heure à s'adonner à l'opium. »

25i R. WURTZ. — EMPOISONNEMENT PAR L'OPIUM.

Les clïets de l'absliaence de l'opium, quand il est ingéré, sont les mêmes que dans le morphinisme chronique. Nous en parlerons donc plus loin.

Fumeurs d'opium. — Originaire de Perse, l'habitude de fumer l'opium a gagné les Indes et la Chine, où elle est extrêmement répandue. La consommation d'opium, comme celle du tabac, ne cesse point d'augmenter en Extrême-Orient, où elle cause de nombreuses victimes. Il existe en France quelques fumeurs d'opium qui ont contracté cette habitude dans nos colonies de l'Indo-Chine. JMais la forme d'intoxication opianique qu'il importe le plus aux médecins français de connaître, c'est la morphinisation par injections souscutanées, qui est la forme moderne de cette intoxication.

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