‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 45 sur 173 · R. WURTZ. — COCAÏNISME · texte numérisé non relu

R. WURTZ. — COCAÏNISME

traie de 80 centigrammes a tué un homme adulte en vingt minutes. L'empoisonnement par la cocaïne peut être aigu ou chronique. L'absorption répétée de petites doses peut donner à l'organisme une accoutumance remarquable. Nous verrons que, dans le cocaïnisme chronique, les doses ingérées peuvent devenir considérables.

COCAÏ!VISME AIGU. — L'action anormale de la cocaïne s'exerce, on le sait, de la façon suivante. L'instillation d'une solution de cet alcaloïde dans les fosses nasales, par exemple, détermine une anesthésie complète, en même temps que l'on perçoit à la face une sensation marquée de froid. En même temps les tissus pâlissent et semblent se contracter. Bientôt, sous l'influence d'une accoutumance au poison, le seul phénomène que l'on observera sera lancsthésie loc-^le que l'on veut obtenir.

Si la dose est dépassée, et cette dose varie suivant la réceptivité de l'individu au poison, des accidents éclatent presque aussitôt. Ils frappent également le système circulatoire et le système nerveux.

On observe tout d'abord une pâleur excessive avec sensation de froid au visage. Les yeux sont fixes, la vue se trouble en même temps que le malade ressent une angoisse précordiale très pénible. Il y a des battements de cœur. Le pouls devient petit et filiforme, souvent incomptable. La respiration devient haletante, précipitée, surtout chez les anémiques et les nerveux. Le rythme de Cheyne-Stokes a été parfois noté.

11 n'est pas rare d'observer en même temps des nausées et des vomissements.

Si la dose absorbée est considérable, des troubles cérébraux pourront survenir, tantôt sous forme de phénomènes d'excitation (agitation, loquacité, délire plus ou moins accentué); tantôt, au contraire, le malade est profondément déprimé, avec sensation de mort prochaine, ou plongé dans une sorte d'hébétude, de semi- stupeur.

Les convulsions toniques et cloniques de la face et de ses membres peuvent s'observer. Dans les cas mortels, des convulsions épileptiformes (1) avec perte absolue de connaissance, terminent la scène. Il peut également y avoir mort subite, par syncope. La pupille ne réagit plus aux excitations quelque temps avant la mort.

La durée de ces accidents n'est pas longue, dans la grande majorité des cas. Ces troubles se dissipent rapidement, le plus souvent sans laisser de traces.

Dans quelques cas, cependant, on a noté des vertiges, de la difficulté à marcher, des douleurs précordiales, et même de l'anémie intermittente. M. Hallopeaua publié un cas intéressant, survenu chez

(1) L'expérimentation détei'mine des phénomènes absolument identiques. Chez les animaux intoxiqués on observe des convulsions toniques, puis cloniques. La mort survient au milieu de ces phénomènes d'excitation cérébro-médullaire si la dose est suffisante.

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un malade remarquablement sensible à ce poison et qui avait reçu dans la gencive une injection de 8 milligrammes de chlorhydrate de cocaïne. Pendant quatre mois le malade resta sous l'influence du poison. Il présentait une céphalalgie continue, des vertiges, avec insomnie et abattement profond. Tous ces symptômes survenaient par accès. Dans l'intervalle, le malade était profondément déprimé, Il y avait, de plus, au membre supérieur, une sensation d'engourdissement et de fourmillements.

Des faits de ce genre sont d'ailleurs exceptionnels. Quelle que soit ia durée de l'empoisonnement, la convalescence est toujours parfaite. Les accidents, quelque prolongée que soit leur durée, ne laissent pas à leur suite de phénomènes durables.

Le plus souvent on aura affaire à des phénomènes tout à fait passagers : des vertiges, des convulsions peu marquées, se dissipant au bout d'un temps très court. D'autres fois ces phénomènes persisteront pendant quelques jours. Enfin la mort peut survenir, plus ou moins vite. C'est d'ailleurs, ainsi que nous l'avons dit, l'exception. On compte actuellement le nombre de morts qu'a déterminés ce poison. « On peut, dit M. Reclus, échapper à ces accidents, du moment qu'on en connaît la cause, et depuis que j'ai systématiquement adopté le décubitus horizontal pour toutes les opérations de la tête, de la face, du cou et de la bouche, je n'ai plus noté de syncope. Le titre trop élevé de la solution, la position verticale, voilà les deux causes d'accidents que nous révèle le plus souvent la lecture des observations. »

Les lésions que les différents auteurs ont eu l'occasion de constater à Tautopsie sont fort peu caractéristiques. Elles sont, d'après Monialti, analogues à celle que Ton observe dans l'empoisonnement par la théine et la caféine. Ehrlich a eu l'occasion de constater une lésion du foie qu'il considère comme caractéristique du cocaïnisme aigu, et qui consiste en une dégénérescence vacuolaire des cellules hépatiques, qui sont hypertrophiées et deviennent parfois énormes. Il y a également de la dégénérescence graisseuse de ces cellules, ainsi que ,dc celles des canaux biliaires et de celles des vaisseaux sanguins. 'Montalti a observé une congestion généralisée des viscères, en particulier du foie et de la rate, qui étaient gorgés de sang. D'après Maure! (dc'Toulouse) on constate des altérations leucocytaires. Les globules blancs augmentent de volume, deviennent sphériques, rigides et perdent leur adhérence aux parois vasculaires. Les vaisseaux capillaires se contractent sous l'influence du toxique. Il peut ainsi se produire des thromboses et des embolies, en particulier des embolies pulmonaires capables de déterminer des accidents mortels.

COCAINISME CIIRONIQUE. — C'est à la substitution de la cocaïne à la morphine, dans les cas de morphinomanie, qu'est due la production de cette intoxication.

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