‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 48 sur 173 · EMPOISONNEMENTS PAR LES POISSONS · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENTS PAR LES POISSONS

dt la sardine, a donné lieu à plusieurs empoisonnements à bord de stationnaires en Nouvelle-Calédonie. Les meleltes grillées sont toxiques, bouillies elles sont inoffensives ; les naturels jettent l'eau qui a servi à faire bouillir le poisson, parce qu'elle est chargée d'un principe toxique.

Le Lelhrinus mambo, qui habite également le Pacifique, peut occasionner des accidents : vomissements, coliques, diarrhée fétide, avec grande faiblesse des jambes et des articulations rendant la marche et même la station debout très difficile.

D'après Dormay, on observe toujours de la rougeur de la langue. Les phénomènes qui se montrent le plus souvent portent sur l'appareil digestif : sensation de chaleur de la région stomacale, vomissements, diarrhées ou constipations consécutives. Il y a constamment de la dilatation des pupilles et parfois des troubles de la vue. Des symptômes qui ne manquent presque jamais sont des douleurs articulaires assez vives ; de la dysurie, des désirs vénériens, de la congestion utérine, montrent que les organes génito-urinaires sont également touchés. Du côté de la peau on constate, soit du prurit, soit de l'érythème suivi ou non d'exfoliation épidermique.

D'après Bouchardat, un morceau de foie de ces poissons vénéneux, porté sur les lèvres, y détermine un sentiment d'âcreté suivi d'une sensation de cuisson. Une cuiller d'argent noircit au contact du foie ou de la chair de ces poissons. Un critérium bien plus important consiste à faire ingérer à des animaux domestiques (poules, chats, chiens, etc.) des fragments de foie ou de chair des poissons suspects. Ces animaux sont sensibles comme l'homme à ces poisons.

Dans nos climats, on ne cite guère qu'un poisson de la Méditerranée, le tétragomôre de Guvier dont la chair, blanche et tendre, est vénéneuse pendant l'été.

Le foie de la roussette commune (chien de mer), squale qui, depuis quelques années seulement, est entré dans la consommation parisienne, peut donner lieu à des symptômes d'intoxication.

Chez un certain nombre de poissons d'eau douce, le foie et les œufs sont indigestes et toxiques jusqu'à un certain point, alors que leur chair peut ne donner lieu à aucun accident. Les œufs du barbeau, du brochet passent dans certains pays pour très indigestes, ils peuvent en effet donner lieu à des nausées, des coliques et à une forte diarrhée, si bien que, dans certains pays du nord de l'Europe, on se servirait des œufs de brochet comme d'une drogue purgative. Il est probable qu'il y a là un peu d'exagération, et il est possible que les accidents que l'on a pu observer étaient dus à des vers intestinaux, tels que le bothriocéphale, qui est extrêmement commun dans ces pays (1).

(1) En Ecosse, la chair du saumon qui vient de frayer (Kelt) passe pour être toxique. Il n'en est rien. L'usage de ces poissons dans l'alimentation, usajçe qui n'est 1 aj interdit en France, n'a jamais donné liei' à un accident quelconque.

Einpoîsonnements par les mollusques et les crustacés.

— Les mollusques et les crustacés comprennent quelques espèces vénéneuses par elles-mêmes, mais qui ne sont pas employées dans l'alimentation.

Les moules ont occasionné de nombreux accidents, quelquefois mortels et qui ont suscité de nombreux travaux. On a incriminé, il y a longtemps déjà, les sels de cuivre recueillis par ces mollusques sur les doublages des navires ou sur des fonds cuivreux (Bouchardat). Mais ces sels de cuivre n'existent qu'à l'état de traces dans les moules et peuvent manquer absolument dans des moules ayant déterminé des accidents toxiques. On a également incriminé la présence d'un petit crabe (pinnothère) dans le coquillage. Mais on n'a jamais pu démontrer une relation directe entre la présence de ce parasite et la production de phénomènes d'intoxication. La putréfaction des moules a été également invoquée. Mais on sait actuellement, depuis l'épidémie deWilhelmshafen, étudiée par Virchowet par Brieger, que la toxicité des moules est due à un alcaloïde, la mitylotoxine de Brieger. Cette base n'est pas un produit de putréfaction, c'est une substance séci'étée par des moules malades, vivant dans des conditions de vie anormale : leur foie au lieu d'éliminer ses poisons, les emmagasine dans l'organisme. C'est en effet le foie des moules qui contient la plus forte proportion de mitylotoxine.

Dans certains cas(Cameron, Macweeny), on a pu, avec une certaine apparence de raison, incriminer l'eau malsaine et troublée par des égouts oîi les moules s'étaient nourries.

Les symptômes de l'empoisonnement par les moules débutent généralement trois, quatre ou cinq heures après l'ingestion. Ils sont constitués d'abord par du malaise, des maux de tête, de l'anxiété épigastrique, de la soif, de l'enchifrènement avec sensation de faiblesse générale, puis par des vomissements, de la diarrhée et des syncopes. On observe des frissons avec sensation de froid dans tout le corps. Le pouls est petit, misérable. Le délire, les convulsions et ensuite le coma se déclarent chez certains sujets. Un symptôme assez constant est un exanthème se montrant à la face, qui est tuméfiée. Cet exanthème est le plus souvent ortie, c'est de l'urticaire. C'est à cette éruption que se borne la symptomatologie de l'empoisonnement par les moules,dans bon nombredecas. Mais parfois l'exanthème est constitué par de petites taches d'un rouge sombre sans élevures, irrégulièrement arrondies et pouvant avoir de l'ana'ogie avec la roséole syphilitique. Le malade se plaint de vives démangeaisons, qui persistent avec l'exanthème pendant quelques heures, un ou deux jours. La fièvre est généralement assez marquée pendant toute cette période. La guérison est la règle en France. Il est très rare que ces résultats soient suivis de mort. Cependant, on a vu les accidents gastrointestinaux et la faiblesse générale persister pendant des semaines.

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