MARCHE ET DURÉE
rétabli dans les actes de la nutrition, vient à se rompre et le diabète entre dans la deuxième période : la période de consomption ou dautophagie. (Jaccoud.)
A cette période, la glycosurie cesse d'être influencée par l'alimentation. Malgré l'absence complète du sucre et des fécules alimentaires, la glycosurie persiste. Le malade fait du sucre aux dépens des aliments azotés, et même aux dépens de ses propres tissus (car la glycosurie persiste, même si la diète est momentanément absolue). Lorsqu'il en est ainsi l'amaigrissement est excessif et d'une rapidité surprenante, en quelques jours, le malade peut perdre plusieurs kilogrammes de son poids.
La période de consomption est de courte durée, d'autant moins longue que l'amaigrissement est plus rapide. La mort arrive rapidement dans la cachexie. A la fin de la maladie, la polyurie et ia glycosurie peuvent diminuer ou même disparaître complètement.
Dans la marche ordinaire du diabète, évoluant sans complication, on peut donc distinguer deux périodes :
1» Une période de tolérance, pendant laquelle la glycosurie est influencée par le régime. Dans cette période, le sucre urinaire se forme exclusivement aux dépens des aliments sucrés ou féculents ;
2° Une période de consomption, où la glycosurie persiste d'une façon permanente malgré le régime. Dans cette période, le sucre est fabriqué aux dépens des albuminoïdes et de l'organisme du malade,
La durée du diabète est très variable. Dans un premier groupe de faits, le diabète a une marche continue : la glycosurie peut être momentanément supprimée par l'alimentation spéciale. Elle n'en persiste pas moins à l'état latent, car elle reparaît à chaque écart de régime. Les diabètes à marche continue sont relativement courts. Leur durée ne dépasse guère deux ou trois ans. Exceptionnellement elle peut être plus longue et dépasser cinq, dix et quinze ans.
Dans un deuxième groupe de faits, le diabète a une marche remarquablement lente. Sa durée est de dix ans et plus. La maladie présente alors de véritables rémissions. La glycosurie disparaîtsouvent d'une manière absolue, malgré la reprise de l'alimentation, sucrée et féculente, pendant des mois et des années. Senac a vu un malade, chez lequel le sucre disparut pendant trois années, puis reparut à l'occasion d'un violent chagrin. Secgen a vu une rémission durer de cinq à six ans. On a donné à ces diabètes le nom de diabètes intermittents. Ce sont des diabètes vraisemblablement indépendants de toute lésion organique et liés à des troubles passagers de la nutrition.
Quelques diabètes ont une marche toute différente. Ils évoluent avec une telle rapidité qu'ils ont été appelés diabètes aigus. Dans ces diabètes, le plus souvent en rapport avec une lésion du pancréas, le début est rapide. Dès le commencement de la maladie, la polyurie cl la glycosurie sont excessives. L'amaigrissement est excessif elpro-
318 II. RICHARDIERE. — DIABETE SUCRE.
gresse chaque jour. La maladie marche très rapidement, en quelques semaines ou en quelques mois, sans rémission, sans arrêt, vers la terminaison fatale.
Exceptionnellement le diabète, lié à une affection nerveuse, peut avoir une marche très rapide.
TERMINAISONS. — Le diabète est considéré comme incurable par un grand nombre d'auteurs (Bouchardat, Seegen, Durand- Fardel, etc.). Il existe cependant des exemples incontestables de guérison. Frerichs en rapporte douze observations. Cantani dit avoir vu le diabète guérir dans soixante-douze cas. Il est vrai que les guérisons admises par cet auteur dataient souvent de peu de temps et qu'il a pu s'agir de simples rémissions.
La guérison définitive d'un diabète doit donc être considérée comme possible, mais exceptionnelle.
Dans l'immense majorité des cas, la mort est la terminaison de la maladie. La cachexie progressive, la tuberculose, la pneumonie, le coma, la gangrène, l'apoplexie, la néphrite en sont les causes les plus ordinaires.
Il faut aussi tenir compte des maladies intercurrentes accidentelles, dont ou connaît la gravité chez les diabétiques. Toutes les infections (pneumonie, érysipèle, fièvres éruplives, etc.) prennent chez ces malades une gravité exceptionnelle et sont souvent suivies de mort.
FORMES. — Les causes, le groupement des symptômes, l'évolution et les lésions du diabète sont assez variables, suivant les cas, pour qu'il y ait lieu de distinguer plusieurs formes de la maladie.
Au point de vue de la clinique, quatre formes de diabète peuvent être étudiées séparément.
Ce sont:
1° Le diabète arthritique ou goutteux;
2" Le diabète pancréatique;
3" Le diabète nerveux ;
4° Le diabète des enfants.
r Diabète arthritique. — Le diabète arthritique ou diabète goutteux est le plus fréquent. Après trente ans, les autres formes sont exceptionnelles.
Le diabète arthritique est le diabète des malades à hérédité arthritique ou ayant eux-mêmes présenté des crises de goutte plus ou moins fréquentes. A défaut de crises de goutte, ou alternant avec ces crises, on relève souvent, dans les antécédents des malades, quelques-unes des maladies de la nutrition, dont Bouchard a démontré l'étroite parenté. La migraine, l'asthme, les lithiases biliaire et urinaire, l'obésité figurent dans leur histoire pathologique.
Les malades appartiennent généralement à la classe aisée; leurs