‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 60 sur 173 · Slroma d'un carcinome alvéolaire mou · texte numérisé non relu

Slroma d'un carcinome alvéolaire mou

c, cylindres de cellules. — b, faisceaux du stroma. — c, cellule fusiforme. — d, inflltration de cellules jeunes.

de revêtement, produisant en somme un épithéliome mucoïde ou un adrnome.

Seulement il s'agit d'un adénome très végétant et dans lequel les éléments cellulaires s'éloignent d'emblée de la forme typique. Des bords et du fond du cul-de-sac partent des bourgeons épithéliaux ; et le carcinome commence lorsque les bourgeons, ayant détruit la membrane basale, pénètrent directement dans les mailles du tissu conjonctif pour y végéter. Alors la tumeur devient véritablement atypique, tant au point de vue de la forme des cellules que de leur mode d'arrangement et du milieu qui les entoure.

On admet que tous les épithéliums et tous les tissus glandulaires sont susceptibles de donner naissance à la formation carcinomateuse. On doit reconnaître cependant qu'elle relève beaucoup plus souvent des tissus de provenance endodermique. L'ectoderme et surtout l'épiderme cutané lui donnent plus rarement naissance, bien qu'une observation de M. Brault ne permette pas de mettre en doute la possibilité de la transformation carcinomateuse de l'épithéliome lobule.

On sait que MM. Cornil et Ranvier assignaient au carcinome une origine conjonctive. Bien que cette opinion ne soit plus admise par la généralité des observateurs, il est permis de se demander si l'exclusion n'est pas ici trop absolue ; les travées du tissu conjonctif étant normalement tapissées par des cellules endothéliales dont le gonflement et la prolifération peuvent être observés dans maintes circonstances.

Tumeurs de provenance mésodermique. — Sarcomes. — De toutes les tumeurs de provenance mésodermique, ce sont certainement les sarcomes qui prennent le plus souvent le caractère malin. Pour cette raison nous croyons utile de dire un mot de leur histologie sans avoir l'intention de nous étendre longuement sur le sujet. On en reconnaît deux formes : l'une constituée par des cellules rondes, sarcome globo-cellulaire; l'autre par des cellules fusiformes, sarcome fuso-cellulaire. La première pourrait être considérée comme la variété embryonnaire, la seconde comme la variété métatypique ; la variété typique correspondante serait représentée, au moins partiellement, par le fibrome.

Les cellules du sarcome gloho-cellulaire (fig. 23) sont petites, moyennes ou grosses, mais, dans une tumeurdonnée, elles sont toutes à peu près de môme volume. Elles ne sont pas exactement arrondies, le plus grand nombre d'entre elles possédant de courts prolongements. Leur protoplasma est peu abondant, leur noyau relativement volumineux. Elles sont unies solidement les unes aux autres par une substance amorphe ou plus souvent fibrillaire, ce qui explique que la pièce fraîche ne donne pas de suc au raclage ou à la pression, et que la dissociation du tissu s'effectue difficilement. Sur les coupes, ces ■cellules sont disposées côte à côte et forment des nappes uniformes d'étendue variable.

A. GOMBAULÏ. — CANCER.

Le sarcome fuso-cellulaire (fig. 24) est constitué par des cellules fusiformes, allongées, la partie moyenne se renfle, les extrémités s'effilent progressivement, sont parfois très longues et souvent se divisent. La partie moyenne du corps est occupée par un noyau ovalaire. De même que dans la variété précédente, les cellules d'une même tumeur sont uniformément ou petites, ou moyennes ou très grosses. Ici encore elles sont solidement unies par une substance intermédiaire plus ou moins fibrillaire. Leur mode d'agencement est spécial. Les cellules voisines s'orientent toutes dans un môme

sens pourformer desfaisceaux plus ou moins épais, d'où le nom de

Fig. 23. — Sarcome globo-cellulaire.

a, vaisseau. — b, parenchyme.

Fig. 24. — Sarcome fuso-cellulaire ou fascicule, vaisseaux béants.

sarcome fascicule qu'on lui donne aussi. Ces faisceaux s'entre-croisent sous des angles très variés, si bien que, sur les sections histologiques, les cellules constituantes sont coupées soit en travers, soit en long, soit obliquement. Cette remarque a son importance parce qu'on pourrait prendre un faisceau coupé en travers pour un îlot de cellules rondes.

Dans les deux variétés on rencontre souvent, en outre de la masse des cellules fondamentales qui ont toutes à peu près les mêmes dimensions, des cellules volumineuses parfois gigantesques, munies d'un nombre de noyaux plus ou moins considérable. On sait que MM . Malassez et Monod tendent à rattacher leur présence au processus de néoformation vasculaire et considèrent certaines d'entre elles tout au moins comme des cellules vaso-formatives.

Bien souvent la tumeur n'est pas homogène, en ce sens qu'on peut rencontrer sur la même coupe des cellules fusiformes et des cellules rondes groupées de façons diverses. La forme dénommée sarcome alvéolaire, qui du reste est rare, est un cas particulier de cette association. Ici des cellules fusiformes généralement petites s'agen-

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cent pour former des travées assez minces, et ces travées circonscrivent des cavités dans lesquelles sont logées des cellules rondes volumineuses. Le nombre des cellules incluses dans chaque cavité est variable.

Dans les sarcomes purs, la substance intercellulaire est peu abondante et presque amorphe. Elle peut augmenter de quantité, devenir franchement fibrillaire, les fibrilles se réunir en fascicules, ceux-ci grossir et se condenser de façon à devenir fibreux. On arrive à une variété qui se relie ainsi à la précédente, le fîbro-sarcome. Il va sans dire que, se rapprochant davantage des formes adultes, celui-ci a d'habitude une marche moins rapide, une tendance envahissante moins grande que le sarcome embryonnaire.

Pour tous les auteurs, le sarcome est de provenance mésodermique, mais l'accord est moins complet quand il s'agit de décider de quelle partie du mésoderme il tire son origine. Tandis que les uns lui assignent le tissu conjonctif, d'autres y voient plus volontiers le résultat d'une végétation anormale de l'endothélium vasculaire. MM. Monod et Arthaud en 1887, plus récemment M. Pilliet, puis M. Ouénu, ont soutenu cette opinion. La nature vaso-formative des grandes cellules du néoplasme plaiderait dans le même sens. En fait, le développement vasculaire est actif dans le sarcome, et les vaisseaux y affectent un mode de disposition et une structure qu'on ne rencontre pas dans les épithéliomes. Dans le premier, leurs parois ont la même structure que celles du néoplasme et le vaisseau paraît en quelque sorte creusé dans son épaisseur. Dans l'épithéliome, au contraire, quelle que soit sa variété, le vaisseau, dont la paroi est d'habitude adulte, est engainé par un tissu conjonctif qui le sépare de la masse épithéhale.

HISTOGENÈSE. — L'histogenèse du cancer ne peut pas se séparer de celle des tumeurs, bien que certaines théories aient en vue plus spécialement le cancer épithélial. Au commencement du siècle, avec Laënnec, on considérait les tumeurs comme étant des productions accidentelles, n'ayant aucune analogie au point de vue structural avec les tissus normaux et ne dérivant en aucune façon de ces tissus. On disait que le tissu des tumeurs est hétéromorphe. On sait que le microscope sembla plus tard confirmer cette conception en montrant, avec Lebert, que le cancer était formé par une cellule spéciale, on a dit spécifique, distincte morphologiquement de toutes les cellules de l'économie normale. Pour expliquer la formation de cette cellule cancéreuse, on faisait appel à la théorie du blastôme. Celle-ci suppose que les cellules, éléments caractéristiques des tissus normaux ou pathologiques, prennent naissance aux dépens d'un blasirme; c'est-à-dire d'une substance amorphe demi-liquide servant de matrice indifférente aux cellules les plus diverses. La cellule cancéreuse

n'avait donc pour naître rien à emprunter directement aux tissus préexistants et normaux. Elle se formait spontanément si le blastème était de mauvaise qualité.

On sait que le microscope a aidé à renverser ce qu'il avait aidé à construire. La cellule du cancer n'est plus considérée comme spécifique ; parce qu'on a trouvé, dans l'économie normale, des cellules qui lui ressemblent et surtout parce qu'on a pu constater, dans le cancer lui-même, entre la cellule morphologiquement normale et la cellule cancéreuse ou atypique, toutes les formes intermédiaires. Quant à la théorie du blastème, les études d'embryogénie et d'histogenèse, continuées à l'aide de méthodes perfectionnées et plus précises, ont abouti à deux notions fondamentales : la première, due à Virchow, est que « toute cellule dérive toujours d'une autre cellule et ne se développe jamais aux dépens d'une substance amorphe » ; la seconde est que, si on excepte la phase ovulaire, la cellule jeune tend toujours à reproduire, et par sa forme, et par son mode d'arrangement, peut-être aussi par ses fonctions, les propriétés essentielles de l'élément générateur.

Ainsi donc il n'y a pas de cellule spécifique du cancer, les éléments "d'une tumeur ne diffèrent pas essentiellement des éléments normaux des tissus. Les tumeurs sont homéomorphes, suivant l'expression consacrée, et conformément à la loi de MuUer, d'après laquelle « le tissu qui forme une tumeur a son analogue dans un tissu de l'organisme à l'état embryonnaire ou à l'état de développement complet ». De plus, ces éléments émanent directement des éléments préexistants de ces tissus et non d'un blastème indifférent.

On est moins bien fixé relativement au mode suivant lequel le tissu de la tumeur dérive des tissus normaux de l'organisme.

D'après Virchow^, un seul tissu, le tissu conjonctif,seraitsusceptible de donner naissance aux tumeurs. La cellule du tissu conjonctif est en quelque sorte indifférente, d'où le nom de théorie de V indifférence cellulaire qui a été donnée à cette conception. Elle est indifférente en ce sens qu'elle subit l'influence du milieu dans lequel elle se met à proliférer anormalement, en sorte que, suivant les points, les cellules nées de sa prolifération pourront prendre les formes et les modes d'arrangement les plus divers. Quand un cancer se développe, c'est donc uniquement aux dépens du tissu conjonctif. Les éléments préexistants et caractéristiques du tissu ou de l'organe, à l'état normal, disparaissent étouffés par la végétation du néoplasme.

Une seconde théorie, adoptée par MM. Cornil et Ranvier, porte le nom de théorie du retour à l'état embryonnaire. Ici les cellules caractéristiques du tissu ou de l'organe prennent part à la constitution de la tumeur, mais elles subissent au préalable une modification profonde : elles retournent à l'état embryonnaire. Ainsi, une cellule très hautement différenciée devra, avant de devenir cancéreuse et de pro-

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duire d'autres cellules cancéreuses, perdre son protoplasma spécial de même que ses connexions avec les cellules voisines et redevenir cellule indifférente, pour prendre ultérieurement une forme et un mode d'arrangement souvent très distincts de ceux qu'elle présentait à l'état normal. Il faut ajouter que, dans cette interprétation, on admet implicitement, tout au moins, que les cellules migratrices prennent part à la constitution du nodule embryonnaire et revêtent ultérieurement les caractères des cellules néoplasiques, influencées dans leur transformation par le voisinage des cellules déjà cancéreuses.

Le mécanisme de cette action de présence s'est précisé pour certains auteurs (Klebs) qui ont pensé trouver, dans l'augmentation de la chromatine des noyaux cancéreux et la dispersion de cette chromaline, la preuve d'une sorte de fécondation des cellules les unes par les autres, par conséquent des cellules normales par les cellules cancéreuses.

La théorie de la spécificité cellulaire, soutenue par M. Bard (1), se rattache à une théorie plus générale, exposée par l'auteur dans une série de publications.

Appliquée à l'histogenèse du cancer, elle pose en principe que les cellules des tissus, une fois qu'elles sont différenciées, ne peuvent plus engendrer en se multipliant que des cellules reproduisant le type désormais fixe des cellules dont elles dérivent. Les caractères d'un néoplasme seront donc nécessairement subordonnés à ceux du tissu dans lequel il se développe. Il y aura autant de variétés de tumeurs qu'il existe de tissus et de parenchymes, et celles-ci seront, dès leur début, spécifiquement distinctes les unes des autres. En fait, celle théorie, dans son application au cancer, rejette la métaplasie, c'està-dire la transformation d'une cellule conjonctive ou d'une cellule migratrice en une cellule épilhéliale. Elle n'accepte pas non plus le retour à l'état embryonnaire, en tant qu'on désigne par cette expression un phénomène en vertu duquel une cellule différenciée pourrait, en perdant son protoplasma spécifique, acquérir la propriété 'de se spécifier ultérieurement dans un autre sens. Toutefois il ne faut pas oublier que la théorie du retour à l'élal embryonnaire est fondée sur un fait d'observation : que, lorsque le cancer débute, et aussi dans les points où il s'accroît, il est représenté par des cellules semblables à celles de l'embryon, c'est-à-dire morphologiquement indifférentes, et que l'histologie a été jusqu'ici impuissante à mettre en évidence les caractères spécifiques qui devraient les distinguer. Donc, dans le langage histologique, on doit leur conserverie nom de cellules indifférentes ou embryonnaires.

Par contre la théorie de la spécificité peut s'appuyer sur les travaux de Thiersch, montrant que l'épithéliome lobule se développe aux

(1) Bard, Sem. mêd., 1894, p. 113-120.

dépens des cellules de l'épiderme ; sur ceux de Valdeyer ; sur ceux de Malassez et de ses élèves, qui ont établi que les cellules du carcinome émanaient le plus souvent, sinon toujours, des cpithéliuras glandulaires ou de ceux qui forment le revêtement des muqueuses.

Ainsi appuyée sur des constatations précises, la théorie proposée par M. Bard est très applicable au cancer. Celui-ci se développerait donc aux dépens des éléments mêmes du tissu dans lequel il prend naissance. Il résulterait directement de la multiplication de ces éléments.

Nous sommes donc fixés, provisoirement tout au moins, sur la provenance des éléments constitutifs du cancer. Nous savons aux dépens de quoi il se forme, mais nous ne savons pas pourquoi il se forme. Or les explications proposées ne peuvent encore être considérées que comme des hypothèses, l'accord étant loin d'être fait à leur égard.

A l'heure actuelle, les théories relatives à la genèse des tumeurs se rangent en deux groupes. Dans l'un on les considère comme étant le produit d'une aberration dans la genèse ou dans l'évolution des tissus normaux. Dans l'autre on les envisage comme étant la conséquence de la présence, dans les tissus, de parasites spécifiques. Théories évolutives, théories parasitaires, tels sont les deux grands groupes qu'il nous faut examiner séparément, bien que peut-être ils ne soient pas inconciliables.

Théories de l'évolution cellulaire, — Anomalie du développement embryonnaire ou foetal (théorie deCohnheim). — Le type des théories évolutives est assurément celle qui porte le nom de Cohnheim (1).

Elle admet que lors du développement fœtal, à un moment où les feuillets du blastoderme sont déjà distincts et leurs éléments dilTérenciés, un certain nombre de cellules peuvent s'arrêter dans leur développement et rester ainsi enfouies dans les tissus, conservant en puissance toutes leurs énergies originelles, mais sommeillant en quelque sorte pendant un temps plus ou moins long. Elle admet que, plus tard, ces cellules se réveillent et se mettent à proliférer.

Elle mérite bien le nom qu'on lui donne aussi de théorie de Vhétérochronie ou du développement hétérochrone. Elle est du reste très générale et peut s'appliquer à tous les tissus, à tous les organes, partant à toutes les tumeurs. Malheureusement, elle ne compte à son actif aucune constatation directe. On ne peut donc la considérer que comme une théorie ; indiquer les présomptions qui lui sont favorables et ensuite les points qu'elle n'explique pas d'une façon suffisante. Bien qu'elle laisse de côté les anomalies évolutives de l'ovule, elle invoque cependant un phénomène analogue à tous ceux qui ont été décrits sous le nom d'inclusions, car cet arrêt de développement d'une

(1) Cohnheim, Vorlesungen iiber allgemeine Pathol. Berlin, 1887. •— Consulter PiLLiET, Revue de chir., 1888, n° 2, p. 132.

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cellule, ou d'un groupe de cellules persistant vivantes au sein des tissus, constitue bien un phénomène d'inclusion. On peut donc invoquer à son actif le fait que l'inclusion est susceptible de donner naissance à des tumeurs.

Il faut citer d'abord les tumeurs résultant d'une inclusion due à une anomalie du développement de l'ovule.

Ainsi on admet que, lorsque celui-ci a été fécondé par plusieurs spermatozoïdes, son développement ultérieur se trouve modifié et ',ue plusieurs sphères de segmentation peuvent s'y produire. Dans ce cas il peut arriver que l'une d'elles, poursuivant son évolution, aboutisse à la constitution d'un être normal; tandis que sa ou ses voisines, entravées mais non complètement arrêtées dans leur croissance, donneront naissance à un ou plusieurs organismes imparfaits greffés sur le premier et plus ou moins inclus dans sa profondeur. L'être normal sera porteur d'un ou de plusieurs hétéradelphes. Ceci constitue un cas particulier des tumeurs par inclusion, le tératome par excès de fécondation, suivantla dénomination proposée parM. Duval. [ci la cause n'est pas hypothétique. Tout au moins on a directement observé la segmentation anormale de l'ovule coïncidant avec l'introduction simultanée de plusieurs germes mâles.

Il peut arriver, par contre, qu'un ovule se segmente en dehors de toute fécondation préalable, ce qui constitue le phénomène de la parthénogenèse. Si l'accident se produif dans la cavité utérine, l'ovule ainsi segmenté pourra s'y rencontrer avec un autre ovule normalement fécondé, se développant en conséquence, et être englobé dans ce développement. D'oîi la possibilité d'un autre genre d'inclusion aboutissant à une autre variété de tératome, le tératome par absence (le fécondation (1). M. Criztman (2) va plus loin, car il pense qu'une semblable inclusion peut être le point de départ, non d'un tératome, mais d'un cancer. Il se fonde sur deux observations, l'une qui lui est personnelle, l'autre due à M. LetuUe. Elles montrent que, dans une famille, les cas de cancer alternent avec les naissances gémellaires, les jumeaux restant indemnes tandis que les enfants nés de grossesse simple sont atteints par le néoplasme.

A.ssurément il y a, au point de vue de la constitution, de très grosses différences entre le tératome et le cancer, mais il existe des interméoiaires. Ce sont les kystes dermoïdes et les tumeurs mixtes qu'on rencontre plus spécialement dans certaines régions, par exemple dans les organes génitaux, au niveau du coccyx, etc. Or ces tumeurs confinent d'un côté au tératome et de l'autre au cancer. Parmi les téralonies il en existe, en effet, qui renferment un embryon complet ou

(1) M. Duval, Sur la segmentation sans fécondation, Comptes rendus de la Soc. de hiol., 1884, n" 35, t. I, p. 585. — Séance du 20 octobre 1894, t. I, n» 25, p. 656. — lUiMN, Origine pathogcMU'lique des kystes dcrnioïdcs de l'ovaire. ïh. de Paris, 1891.

(2) Criztman, Le Cancer, Encyclopédie des aide-inémoire.

des portions d'embryon faciles à reconnaître, telles que des os qu'oa peut dénommer. Mais,àcôtédeces cas, il en est d'autres où l'embryon est beaucoup plus difficile à discerner, où on doit se contenter de débris, ou bien d'ébauches de viscères qu'on ne peut souvent déterminer qu'avec le secours du microscope. Il est vrai qu'on y trouve en plus, souvent en abondance, des paquets de poils et des dents. Mais ces poils et ces dents se retrouvent aussi dans les kystes dermoïdes. De plus, à côté des kystes dermoïdes simples, c'est-à-dire constitués par une membrane fibreuse tapissée à sa face interne par un revêtement d'épilhclium pavimenteux, il en est d'autres dans lesquels la structure est plus complexe. Le revêtement est mi-partie dermoïde, mi-partie mucoïde. Des glandes sébacées et sudoripares apparaissent dans la paroi. De sa face interne naissent des bourgeons donnant insertion à des fragments osseux; dans ces bourgeons on trouve, au microscope, des formations d'aspect glandulaire rappelant de plus ou moins près la structure de certains viscères ou de l'intestin. Lorsque ces diverses particularités se trouvent réunies dans un même kyste, celui-ci ressemble en réalité beaucoup à un véritable tératome. Mais, par contre, le kyste dermoïde peut végéter à sa face externe, celle-ci se recouvrir de saillies, point de départ de greffes plus ou moins nombreuses. Ces greffes peuvent se faire sur le péritoine s'il s'agit d'une tumeur ovarique, et une généralisation peut s'ensuivre. On a même cité des cas de récidive après ablation de la tumeur primitive (1). De ce côté de la série l'analogie avec le cancer ne paraît guère discutable.

Les tumeurs mixtes s'éloignent assurément davantage que les kystes dermoïdes des tumeurs embryonnées. Elles présentent cependant avec elles cette analogie qu'elles associent dans une même tumeur un très grand nombre de tissus. Par contre elles se rapprochent bien plus du cancer par lequel elles se terminent beaucoup plus souvent. Il est remarquable que, dans l'une et l'autre circonstance, la généralisation ne s'effectue guère qu'aux dépens de l'une des parties constituantes de la tumeur, à savoir l'élément épithélial. C'est là un point sur lequel nous aurons à revenir.

Or, pour expliquer la genèse des kystes dermoïdes et des tumeurs mixtes, c'est encore l'inclusion qu'on invoque. C'est, à côté de la parthénogenèse, la théorie du pincement, dénomination proposée par M. Verneuil. Ici l'ovule serait normal et sa fécondation aurait été régulière : ce n'est donc plus lui qui sei^ait en cause. L'anomalie prendrait naissance plus tard, par le fait d'une aberration évolutive du blastoderme. On sait que, lors du développement, l'embryon, d'abord rectiligne, s'incurve ; que les feuillets du blastoderme se plissent et poussent, dans la direction les uns des autres, des bourgeons

(1) PoupiNEL, Kystes malins de l'ovaire. Th. de Paris, 18S6. — Des tumeius mixtes de l'ovaire [Arch. de physiol., 1887, n" 4, p. 394).

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<le pénétration souvent réciproque. De là deux sources d'anomalie : une première procédant de l'enroulement des capuchons céphalique ^t caudal, et ce sont précisément les points où s'observent le plus souvent ces tumeurs ; une seconde procédant des invaginations multiples que présentent les divers feuillets. Qu'un pli ou qu'un bourgeon se forme et persiste en dehors du point qui lui est assigné par l'évolution normale et un groupe d'éléments cellulaires doués de la vitalité embryonnaire va se trouver placé dans des conditions de développement irrégulier. Le mécanisme invoqué est analogue à celui qu'on assigne aux tumeurs de la première catégorie, c'est-à-dire un retard plus ou moins prolongé dans l'évolution, suivi ultérieurement d'une activité proliférative plus ou moins intense.

La seule différence essentielle consiste en ce que la tumeur procède directement non plus de l'ovule, mais de cellules appartenant déjà en propre à l'individu. On peut considérer les premières comme dues à une anomalie de l'évolution des cellules de l'espèce, les secondes comme dues à une anomalie du développementdes cellules de l'individu.

Cependant la théorie du pincement est moins solidement appuyée que la précédente, car on ne peut invoquer à son actif aucune constatation directe. Il y a seulement des présomptions dont quelques-unes ne sont pas sans valeur. La plus forte est assurément tirée du siège qu'occupent de préférence toutes ces tumeurs, soit au niveau des organes génitaux ou dans leur voisinage immédiat, soit dans les points de l'économie correspondant à ceux où les plissements et les pincements sont, théoriquement, plus faciles, lors de la période embryonnaire.

Si donc on admet la réalité de l'inclusion pour expliquer la formation des kystes dermoïdes, on peut tout aussi bien l'admettre comme origine du cancer. Il suffit de lui assigner une époque où le développement est plus avancé. Par des mécanismes il est vrai différents, l'inclusion, accident de l'évolution, pourrait donc survenir soit à la période ovulaire, soit à la période blastodermique, soit à la période fœtale. A la première correspondraient les monstruosités; à la seconde les kystes dermoïdes et les tumeurs mixtes ; à la troisième les tumeurs formées par un seul tissu, groupe auquel appartient le cancer.

Assurément la constitution de ces diverses tumeurs est différente ; mais la théorie explique ces différences. Le tératorae étant de provenance ovulaire et l'ovule possédant toutes les tendances formatrices, renfermant en germe tous les tissus et tous les organes, son évolution, môme anormale, pourra aboutir à la formation d'un être, monstrueux sans doute et peu viable, mais plus ou moins complet. Les kystes dermoïdes et les tumeurs mixtes reconnaissant pour cause une anomalie qui se produit alors que l'être est très petit, on peut toujours supposer que le pincement a été assez large et s'est effectué assez tôt

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pour avoir englobé à la fois des cellules de nature très diverses. On expliquerait ainsi la présence simultanée, dans ces productions, des divers épithéliums, du tissu conjonctif, du cartilage, de l'os. Pour ce qui est du cancer, l'inclusion s'effectue à une autre époque, les éléments sont déjà dilïérenciés, les organes constitués : l'inclusion se fera dans un tissu ou dans un organe à l'exclusion de tout le reste. En conséquence la tumeur qui se développera ultérieurement ne pourra jamais reproduire qu'une ébauche plus ou moins parfaite du seul tissu ou du seul organe où s'est produite l'inclusion.

On peut encore compter à l'actif de la théorie de Cohnheim le fait qu'elle explique, dans une certaine mesure, pourquoi la production cancéreuse est exubérante et désordonnée. Elle suppose en effet que (les cellules jeunes, c'est-à-dire douées de toute leur vitalité originelle, se mettent à végéter au sein d'un tissu dont les éléments déjà vieillis ont usé en partie leur puissance de résistance. On comprend même à la rigueur que les éléments de la tumeur se trouvent ainsi soustraits à l'influence régulatrice du système nerveux, parce que, en raison du retard dans leur développement, elles n'ont peut-être pas pu se mettre en connexion avec lui.

Toujours est-il que certains faits expérimentaux tendent à montrer que lorsqu'on introduit dans un organisme, par greffe ou par injection, des cellules d'un organisme de même espèce, ces cellules ne sont susceptibles de vivre et de se multiplier qu'à la condition d'être jeunes. Les expériences de Zahn, celles de Léopold, celles de Masse qui a obtenu de véritables tumeurs ayant plus d'une analogie avec les kystes dermoïdes, plaident assurément dans ce sens. Il en est de môme, à ce. point de vue, des expériences que M.A. Marie (1) a tentées récemment sous la direction de M. Féré, car les blastodermes de poulet qu'il a insérés ont continué à vivre pemîant un certain temps et sfr sont développés dans une certaine mesure.

Malgré ce qu'elle a d'intéressant, la théorie de Cohnheim est loind'être complètement satisfaisante.

En premier lieu il y a contraste entre la bénignité fréquente des tumeurs dites par inclusion et ia malignité habituelle du cancer. Il faudrait admettre que les cellules sont moins végétantes lorsque l'inclusion s'est faite de très bonne heure que lorsqu'elle s'est faite un peu plus tard ; ce qui à coup sûr n'est pas impossible, mais ce qui, étant donné l'esprit même de la théorie, semble un peu paradoxal. D'autre part les tumeurs par inclusion sont habituellement précoces, tandis que le cancer est souvent très tardif. On comprend à la rigueur un retard de quelques mois, de quelques années même, on imagine moins bien un retard de soixante-dix ans.

Il y a plus. Cohnheim explique ces inclusions en admettant qu'à la

(1) Auguste MAniiî, Th. de Paris, 1805.

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période fœtale il y a exubérance de production cellulaire et que les inclusions seraient formées par les cellules produites en trop et inutilisées. S'il en est ainsi, il n'y a pas de raisons pour que ces inclusions n'existent pas chez tous les individus, pour qu'elles n'y soient pas nombreuses, pour qu'elles n'atteignent pas un peu tous les tissus et tous les organes. Or, chez l'homme, le cancer est, somme toute, exceptionnel, et, quand il frappe un organisme, il débute par un point circonscrit. On peut donc dire que si les inclusions existent, l'immense majorité d'entre elles ne donnent pas naissance à un cancer. La théorie est donc incomplète, puisqu'elle ne nous renseigne en rien sur la cause qui fait que quelques-unes deviennent exubérantes, alors que toutes les autres sont détruites ou demeurent stériles. On peut se demander, d'autre part, si elle est absolument nécessaire, si ce qu'on connaît de l'évolution ou des accidents de l'évolution des tisssu adultes ne permet pas de comprendre qu'ils puissent donner naissance à des productions exubérantes.

Déjà, en ce qui concerne l'ovule adulte, on sait qu'il peut se segmenter en dehors de toute fécondation préalable, ainsi qu'il résulte des observations de Hcnsen,deI\I. Morel(de Nancy), de Mathias Duval. Lorsque cette segmentation se fait sur un ovule parvenu dans la cavité utérine au contact d'un autre ovule normalement fécondé, on admet, nous l'avons rappelé, qu'il peut en résulter une tumeur, tératome ou cancer, qui sera toujours dans ce cas un hétéradelphe. Mais les observations de M. Morel ont porté sur des ovules encore contenus dans l'ovaire, et il suffit de supposer que la segmentation se continue sur place pour comprendre qu'une tumeur puisse en résulter. Dans ce cas celle-ci sera bien développée aux dépens d'un élément adulte de l'organisme porteur du néoplasme. Il n'est pas impossible, en outre, qu'un semblable phénomène puisse se produire dans le testicule aux dépens de l'ovule màlc (1).

Ceci concerne uniquement les cellules de l'espèce. Relativement aux cullules individuelles parvenues à l'état adulte, M. Bard explique la genèse du cancer, à leurs dépens, par la théorie du développement continu, entendant par là que les cellules de l'organisme se multiplient pendant toute la durée de l'exislonce.

Assurément il existe des tissus où le phénomène est très évident. Il en est ainsi des épithéliums de revêtement, surtout de l'épiderme. On sait que sa surface est le siège d'une desquamation incessante et (pie les cellules qui partent sont, au fur et à mesure, remplacées par d'autres qui naissent dans la profondeur. Ceci suppose qu'une cellule épidermique initiale doit, à la phase embryonnaire, renfermer en puissance ce qui est nécessaire pour engendrer une quantité innombrable de cellules-filles. Donc, théoriquement, on doit la sup-

(1) PiLLiET et CosTBS, Étucle histologique sur les épithéliomes du testicule (Revue de chir., août 1895, n» 8, p. 641).

poser tellement riche qu'il n'est pas indispensable qu'elle ait conservé intacte la totalité de sa réserve. Alors même qu'elle en aurait déjà dépensé la moitié, il doit lui en rester assez pour infecter l'économie tout entière, à la condition qu'elle donne, en un court espace de temps, le nombre de cellules dont la genèse devait s'espacer sur un grand nombre d'années.

Cette puissance de prolifération des épithéliums adultes est démontrée par l'expérimentation, par les expériences de Zielonko, par les greffes de Reverdin. Les faits pathologiques fournissent la preuve de leur pénétration fréquente et de leur végétation au sein des tissus voisins. Telles sont les invaginations épidermiques ou muqueuses (Pozzi) qui s'effectuent dans les trajets fistuleux, non seulement à leur surface, mais encore dans la profondeur du tissu embryonnaire qui forme leur paroi. Telles aussi les invaginations épidermiques rencontrées sur les bords et le fond des ulcères variqueux, ou celles qui accompagnent certains lupus. L'épithélium tapisse la surface des cicatrices; il s'introduit partout où se creuse une cavité anormale et en recouvre les parois. Il est bien certain que, dans ces cas, la néoplasie épithéliale ne prend pas les proportions du cancer; il n'en n'est pas moins vrai qu'elle est souvent exubérante et désordonnée. Si bien que, lorsqu'un cancer épithélial se développe sur une ulcération due au lupus, à la syphilis ou aux varices ; quand il succède à une plaque de psoriasis buccal ; à plus forte raison quand il apparaît dans un tissu de cicatrice, puisqu'ici les germes embryonnaires euxmêmes ont dû être détruits, il est difficile de se refuser à admettre que les éléments du néoplasme ont bien pu être fournis par l'épithélium voisin, c'est-à-dire par l'épithélium adulte.

Il est clair qu'on pourrait en dire autant du tissu conjonctif adulte, qui montre, dans des conditions analogues, une puissance de végétation égale à celle des épithéliums de revêtement.

En résumé, la théorie de Cohnheim ne s'appuie pas directement sur l'observation. L'inclusion qu'elle suppose est bien loin d'être improbable, mais elle ne donne pas la raison pour laquelle les cellules incluses entrent en prolifération. Elle explique assez bien pourquoi la production cancéreuse est exubérante et elle compte à son actif certains faits expérimentaux montrant que les éléments embryonnaires sont doués d'une vitalité plus grande que les éléments adultes. Mais ces derniers font preuve, dans certaines conditions, d'une telle activité formative qu'on est en droit de se demander si l'organisme adulte ne peut pas, à l'aide de ses seules ressources, faire éventuellement tous les frais du développement du cancer.

Seulement il serait nécessaire de préciser les conditions dans lesquelles les cellules adultes entrent en prolifération anormale, aucune de ces théories n'est donc complètement satisfaisante. Quelle que soit la supposition à laquelle on s'arrête, force est d'admettre une cause

HISTOGENESE. 437

efficiente ou adjuvante, exaltant la vitalité des cellules ou diminuant la résistance du milieu, agissant peut-être dans les deux sens, en tout cas nécessaire.

On a cru trouver cette cause dans la présence au sem de l'économie de parasites irritant les cellules et déterminant leur végétation anormale.

Théories parasitaires. — La découverte de la provenance microbienne d'un certain nombre de maladies ne pouvait manquer de faire sentir son effet sur les conceptions relatives à la nature du cancer. C'est d'elle que procède la théorie parasitaire. Elle est donc de date récente et on en attribue la priorité à un auteur anglais, Harrison Cripps (1). En 1881, dans une communication relative à l'étude de certaines tumeurs glandulaires du rectum, cet auteur émit l'idée que le cancer pourrait bien être d'origine parasitaire, mais sans en fournir la démonstration. Nedopil (2) en 1883, Butlin (3) en 1884, et Ledoux- Lebard (4) en 1885, reprirent la question plus complètement, mais toujours dans le même esprit et en employant le même procédé. Ils exposèrent les raisons favorables à la thèse en s'aidant des faits connus de par la clinique, l'étiologie, l'anatomie pathologique, l'expérimentation. Ils conclurent qu'il y avait lieu de rapprocher le cancer des maladies infectieuses, mais sans spécifier l'agent de cette infection.

Ces noms marquent une première phase dans l'histoire de la théorie parasitaire, phase qui précéda de quelques années celle des constatations directes histologiques et bactériologiques. Celle-ci date de 1887, avec les travaux de Rappin, Scheurlen, Domingos Freire. Le premier (5)avait trouvé des bacilles dans les coupesde tissus cancéreux; le second (6) avait isolé, cultivé et inoculé avec succès un microorganisme spécifique; le troisième avait non seulement cultivé et inoculé un bacille, mais il était, de plus, arrivé à conférer au cochon d'Inde l'immunité contre l'inoculation cancéreuse. Pour tous ces auteurs, le parasite spécifique était une bactérie, un microbe. Dès lors l'assimilation était aussi parfaite que possible entre le cancer et certaines maladies infectieuses, la tuberculose par exemple, dont on le rapprochait plus volontiers.

Un peu plus tard, principalement sous l'impulsion de M. Malassez, la notion du cancer, maladie parasitaire, se modifia en ce sens <|ue le parasite auquel on attribua sa genèse était complètement dillércnt des microbes, il s'agissait de coccidies. En 1888 et en 1889, M. Albuiran

(1) Harrison Cripps, Med. Times and Gaz., 14 mai 1881.

(2) Neoopil, Carcinom und Infection [Med. Jahr-b., 188.'5).

(3 BuTLiN, Encyclopédie inlernalionale de chirurgie, l. IV, Tumeurs. Paris, 1885, (4) Ledoux-Leiiard, Le cancer maladie parasitaire [Aixli. gén. de mcdecuie avril 1885, p. 413).

(5; Rappin, Étiologic des tumeurs malignes. Nantes, 1887.

(6) S( rnuRLEN, Soc. de méd. inl. de Berlin, 28 novembre 1887, et Sein, med., n» 48.

et M. Darier faisaient connaître la présence de coccidies dans le cancer et les rattachaient l'un à l'autre dans le rapport de cause à effet. Il faut donc distinguer entre la théorie microbienne et la théorie coccidienne.

Théorie MICROBIENNE. — Nous ne nous étendrons pas longuement sur celte partie de la question, parce que provisoirement elle paraît jugée. Le bacille de Scheurlen ne serait nullement pathogène, d'après Pfeiffer (1) et Baumgarten (2). L'immunité qu'avait cru conférer Domingos Freire (3) ne peut avoir beaucoup de valeur, en présence de la difficulté qu'on éprouve à inoculer le cancer et de l'échec qui a suivi la plupart des inoculations qu'on a tentées. Le seul argument qui subsiste est donc tiré de la présence des bacilles dans le tissu cancéreux. Mais cette présence n'est pas constante ; de nombreuses recherches de contrôle ont très souvent montré l'absence de bacilles dans les coupes et l'impossibilité d'en obtenir par la culture (4). Enfin la dissemblance des microorganismes décrits par chacun des auteurs s'explique bien mieux si on suppose, non pas qu'ils sont cause de la genèse du cancer, mais qu'ils s'y sont développés parce que celui-ci leur offrait un terrain favorable. Le fait constaté par M. Nepveu (5), que les cancers ulcérés en contiennent beaucoup plus souvent et en bien plus grand nombre que ceux qui ne le sont pas, plaide assurément dans ce sens.

Il est donc démontré que les microbes peuvent se rencontrer dans le cancer, mais leur présence y serait contingente : ils seraient surajoutés. La voie d'introduction la plus fréquente est sans doute la surface des ulcérations quand elles se sont produites ; mais rien n'empêche d'admettre qu'ils puissent trouver accès, dans la tumeur fermée, à l'aide des voies sanguine ou lymphatique. Leur présence au sein de la tumeur n'est assurément pas indifférente : ils y produisent les phénomènes inflammatoires notés depuis longtemps par tous ceux qui ont étudié le cancer : les obstructions vasculaires, les suppurations, les nécroses. Il n'est pas impossible que parfois ils aient une 'influence bienfaisante, car, en produisant des éliminations et peut-être la sclérose, ils peuvent réduire le volume du néoplasme. Il est probable que plus souvent leur action est nocive ; non seulement parce que leur évolution locale peut devenir le point de départ d'une infection microbienne généralisée ; mais aussi parce que, ainsi que l'admet M. Verneuil, ils semblent activer la marche locale du néoplasme à lui créer des voies vers la généralisation.

(1) Pfeiffer, Der Scheurlensche Krebsbacillus, ein Saprophyte {Deutsche med, Wochenschr., 1888).

(2) Baumgarten, Ueber Scheurlen's Garcinombac illus {Centralbl. fur Bakteriol. 1888).

(3) Domingos Freire, Soc. de mèd. int. de Berlin, 1887.

(4) Ballaane et Schattock, British med. Journ., 1887.

(5) Nepveu, GontribiiUon à l'étude des bactériens dans les tumeurs {Gaz. hebdom., 4 mai 1888, p. 278).

HISTOGENÈSE. 439

Théorie coccidienne ou psorospermique. — L'étude de cette théorie nécessite quelques notions d'histoire naturelle, que nous allons résu» mer d'après un important travail de M. Fabre-Domergue (1) sur la question.

Les coccidies font partie du groupe des sporozoaires et ce groupe a été divisé en cinq familles : grégarinides, coccidies ou psorospermies oviformes, myxosporidies, sarcosporidies, microsporidies. M. Fabre-Domergue propose d'y ajouter une sixième famille constituée par les hématozoaires de Laveran.

« Les sporozoaires sont des organismes unicellulaires qui vivent ■en parasites dans les tissus et dans les liquides de l'économie animale. Ils présentent toujours, d'une façon permanente ou temporaire, la forme de masses plasmiques nues, amiboïdes, nucléées, quelquefois munies de flagella, susceptibles soit de s'entourer d'une membrane flexible et parfois contractile, soit de sécréter une membrane kystique. Il se multiplient par segmentation totale ou partielle de leur masse •en un nombre variable de spores nucléées. » (Fabre-Domergue.)

Chacun de ces organismes cellulaires naît donc d'une spore ; puis il se développe, prend la forme qui correspond à l'état jeune, puis celle qui correspond à l'état adulte, puis il prolifère d'une façon particulière à chaque famille. De là, dans son développement, un certain nombre de phases. A chacune de ces phases il a une forme spéciale, constante pour chaque espèce, les dimensions ne varient que dans des limites fixes. Le nombre de spores est si constant que ce nombre est un des meilleurs caractères taxonomiques.

Il semble, si on tient compte de cet ensemble, qu'un naturaliste exercé ne puisse avoir aucune hésitation en présence d'un semblable parasite pris à une phase quelconque de son développement. En outre il existe des familles dont on n'a pu observer encore toutes les phases évolutives, ce qui indique, il est vrai, que l'observation complète du cycle évolutif est d'une constatation malaisée, mais aussi qu'on a cru pouvoir so passer de la connaissance complète de ce cycle pour arriver à une classification; que, par conséquent, il n'est pas nécessaire de constater toutes les phases de ce cycle pour identifier un de ces parasites.

De toutes ces familles il n'y a guère que celle des coccidies qui intéresse l'espèce humaine. Les grégarinides ont été observées chez les invertébrés, les arthropodes principalement ; les myxosporidies surtout chez les poissons; les microsporidies chez les insectes. Seules les sarcosporidies touchent l'homme de plus près, parce qu'elles ont été rencontrées dans les muscles d'un certain nombre de vertébrés, le bœuf, le mouton, le chevreuil.

Quoi qu'il en soit, il nous faut rappeler quelques traits morpholo-

(1) FAnnE-DoMF.nGUE, Origine coccidienne du cancer {A nn. de microgr., t. II, 1894, p. 49). — Voy. Mauiuoe Cazin, Les Sporozoaires {Sein, méd., 1891, p. 355).

'j40 a. GOMBAULT. — CANCER.

giqnes ou biologiques plus spéciaux aux coccidies. Elles peuvent sfr présenter dans l'intérieur des cellules de l'organisme qui les héberge ou en dehors de ces cellules. Leur cycle évolutif se diviserait en deux périodes et chacune de ces périodes nécessiterait un habitat différent. (Balbiani.) Ce point a une grande importance et il nou& faudra y revenir. A une première période, qui correspond à la période jeune, elles sont petites, amœboïdes, leur noyau est peu apparent; elles sont toujours intracellulaires. La seconde période corresponde l'âge adulte et à la phase de reproduction : à ce moment elles s'entourent d'une membrane à double contour, c'est le stade kystique; puis leur substance se divise en un nombre de spores toujours restreint, c'est le stade de sporulation. Ces spores, qui sont de véritables cellules possédant un noyau, une masse protoplasmique et une membrane d'enveloppe, prennent la forme d'un croissant doué de mouvements amœboïdes. Ces corps falciformes, mis en liberté parla rupture de la cellule qui sert d'habitat au parasite, prendront ultérieurement les caractères de la coccidie jeune, à la condition sans doute qu'ils soient transportés dans un milieu favorable à cette transformation.

Il résulte de tout ceci que la coccidie, corps cellulaire, présente pendant une bonne partie de son existence des caractères morphologiques tels qu'il n'est pas toujours facile de la distinguer des cellules de l'organisme qu'elle habite. Si on excepte le corps en croissant qui a une forme spéciale, présentée toutefois assez souvent parles noyaux de certaines cellules; et les mouvements amiboïdes qui ne sont plus appréciables quand on étudie sur des coupes, il n'y a guère que la membrane dont la coccidie s'entoure qui puisse aider à la différenciation histologique. M. Malassez (1), dans une étude très complète de la coccidie oviforme du lapin, a insisté sur les principales propriétés de cette membrane.

Elle est très résistante, ne se dissout ni dans la potasse à 40* ni dans l'acide acétique, ni dans l'acide sulfurique à froid (Fabre- Domergue); elle ne se laisse traverser que par certaines matières colorantes à l'exclusion des autres. Dans le picrocarmin elle ne laisse passer que l'acide picrique qui colore en jaune la coccidie.

Les coccidies ne sont pas toutes du même type. Celles qui intéressent plus spécialement la question du cancer sont la coccidie oviforme du lapin dont on connaît mal le stade embryonnaire, et une coccidie parasite de la souris dont on a pu établir complètement le cycle évolutif. Il faut ajouter que les coccidies auraient été observées chez l'homme, en dehors de toute néoplasie cancéreuse, par Gublcr (2) dans le foie, par Pitres et Kunstler (3) dans une humeur pleurélique. Ces

(1) Malassez, Arch. de méd. expêrim., 1891, n» 1. (2^ GuBLER, Soc. de biol., 1858, t. V.

(3) Pitres et Kunstler, Sur une psorospermie trouvée dans une humeur pleuréf.jue {Journ. de microgr., 1887).

HISTOGENESE. 441

deux exemples sont peut-être les mieux établis. On en cite un certain nombre d'autres, dont on trouvera l'énumération dans la thèse de M. Fabre(l). Tous ces faits prouvent que les coccidies sont essentiellement parasites de l'homme, ce qui peut compter à l'actif de la théorie psorospermique du cancer; ils prouvent aussi qu'elles y produisent des lésions diverses et autres que le cancer, ce qui est moins favorable à la thèse.

Ainsi que nous le montrerons plus loin, c'est uniquement sur les caractères morphologiques qu'on s'est appuyé pour cherchera établir la présence des coccidies dans le tissu cancéreux. Les coccidies qu'on a décrites sont comme forme et comme volume très différentes les unes des autres, ce qui se comprend si on admet qu'on peut avoir eu sous les yeux le parasite, tantôt à l'état adulte, tantôt à l'une des phases de son évolution. Cependant ce n'est guère à ce point de vue que se sont placés les auteurs, car, à peu d'exceptions près, chacun d'eux ne considère comme vraie coccidie que celle qu'il décrit et ne la rattache en aucune façon aux formes différentes déjà indiquées.

C'est pourquoi M. Fabre-Domergue propose de les diviser en quatre variétés, auxquelles il donne le nom des auteurs qui les ont décrites en premier lieu.

Il distingue donc : 1° le type Darier; 2° le type Albaran; 3° le type Thoma, Nils Sjôbring; 4° le type Russel. Nous nous contenterons ici de les diviser en deux groupes : un premier correspond aux types Darier et Albarran, il comprend les grosses coccidies; un second correspond au type Thoma et renferme toutes les coccidies de petit volume. Nous laisserons complètement de côté le type Russel, qui n'a plus, à ce point de vue, qu'un intérêt historique.

Il a été clairement démontré, ce dont nous sommes redevables surtout aux travaux de M. Cazin et de M. Nepveu, que les corps à fuchsine décrits par l'auteur sont dus à une dégénérescence "spéciale des tissus.

Les grosses coccidies ont été observées par M. Darier et par M. Albarran dans les tumeurs épithéliales. Les formes relatives au type Darier sont complètement étudiées dans deux Mémoires et dans une thèse dus à M. Wickham (2). Ces différents travaux, qu'il faudra toujours consulter quelle que soit la solution h intervenir relativement à la nature du cancer, ont été faits sous l'impulsion de M Malassez.

Déjà, en 1888,Neisser (3) avait publié un travail dans lequel il considérait les grosses cellules que renferme l'acné varioliforme comme étant de nature coccidienne. En 1889, M. Darier, dansplusieurs publi-

(1) J. Fabre, De la contagion du cancer. Th. de Lyon, 1892, n° 703.

(2) Wickham, Th. de Paris, 1890. — Ann. de dermat. et de 5,i//j/uL, 1890. — Arch. de méd. expérim., 1890.

(:<) Nëisser, Ueber das Epilhelionia {sive Molluscum contagiosum) [Vierleljahrs. fur Dermal. und SyphiLigr., 1888, p. 553).

cations successives, avait décrit la présence de coccidies dans l'acné sébacéeconcrète(l) etavaitproposé d'appliquer à la forme qu'il étudiait le nom de psorospermose folliculaire végétante, indiquant ainsi la présence et l'espèce du parasite ainsi que son rôle dans la prolifération épittîéliale. Peu de temps après, M. Darier, en étudiant la maladie dénommée maladie de Paget du mamelon, établissait que l'eczéma superficiel et le cancer consécutif étaient dus au même parasite coccidien, végétant d'abord dans l'épiderme, pénétrant ensuite dans la profondeur de la glande. Un peu auparavant, M. Albarran(2) avait montré la présence de coccidies dans deux tumeurs kystiques du maxillaire; puis M. Vincent, M. Hache, plus tard Korotneff, décrivirent des parasites semblables dans les tumeurs du même genre : ce dernier retrouva même toutes les formes de l'évolution du parasite.

Ce sont des corps d'aspect assez variable, arrondis ou ovalaires, nus ou, plus souvent, entourés d'une membrane à double contour, laquelle

Fig. 25. Fig. 26. — La psorosperinie est moins avancée dans

A, contour de la cellule qui con- ^^n évolution. - Le protoplasma, incomplètement

lient le parasite; — B, noyau cellulaire (L. Wickham).

rétracté, présente encore quelques adhérences au kyste, sous forme de filaments.

est parfois nettement striée. Ces corps peuvent être contenus dans une cellule du néoplasme ou, au contraire, occuper l'intervalle de ces cellules : ils sont alors isolés ou groupés en petits amas. Libres ou intracellulaires on les rencontre très souvent dans l'intérieur des globes épidermiques et souvent au centre de ces globes : il en est un grand nombre qui ont manifestement le caractère cellulaire et possèdent un noyau bien visible ; il en est d'autres dont le caractère cellulaire est infiniment moins net. Le volume enfin est très variable, habituellementsupérieuràcelui d'unegrossecellule malpighienne ; quelquefois énorme, la formation prenant alors l'apparence d'un petit kyste ou d'une cellule à noyaux multiples; d'autres fois notamment inférieur à celle-ci.

Les figures 25 à 28, empruntées à M. Wickham, donnent une idée des principaux aspects observés. II est juste de reconnaître que les

(1) Dahier, Sem. méd., 1889, p. 101 et Soc. de bioL, 1SS9, p. 234. — Sur la m£il. de Paget (i'of. de ibioL, 13 avril 1889, p. ':94 et ."^^em. med., 1889, p. 125 et 331).

(2) Aluahran, Soc. de bioi., 6 aviil 1S89 et Sem. méd., 1889, p. 117.

HISTOGENESE.

aspects en question n'avaient pas, jusque-là, passé complètement inaperçus et que les histologistes n ont pas eu beaucoup de difficulté à retrouver sur leurs anciennes coupes des images conformes à cette description. La notion nouvelle qui intervenait, et c'était une révélation, était donc relative, non pas à l'existence de ces corps, mais à l'interprétation qu'il convenait d'en donner. Il est vrai qu'à côté de l'interprétation nouvelle, on apportait une étude histologique beaucoup plus complète. Mais, en fin de compte, ce qui légitimait l'assimilation c'était simplement le caractère morphologique, la ressemblance avec les formes coccidiennes.

Presque immédiatement les contradicteurs ont surgi. Dès 1890, M. Kiener (1) rattachait les formes décrites soit à une déviation dans

Fig. 27. — Deux cellules bien distinctes possédant Fig. 28. — Enorme psorovisiblement leur noyau et contenant chacune leur spermie au centre de lapsorospermie.

A, kyste vidé, double contour très net ; — B, kyste plein le proloplasma central contient trois corps nucléaires, bien distincts (L. Wickham).

quelle le protoplasma désagrégé semble formé de petites masses distinctes (L. Wickham).

le processus de kératinisation, soit à un trouble de la karyokinèse. Puis M. Borrel (2) distinguait deux variétés parmi les corps décrits par MM. Darier, Albarran et Wickham. Une première variété n'était pour lui que le produit d'une nécrose cellulaire ; l'autre était bien représentée par des éléments vivants, mais il les considérait comme les éléments mêmes de la tumeur évoluant d'une façon particulière. La signification des grosses formes coccidiennes a donc été presque tout de suite contestée. Depuis cette époque, un grand nombre de noms est venu s'adjoindre à la liste des contradicteurs. Tous sont d'accord pour les considérer comme étant des formes anormales des cellules du néoplasme et pour admettre soit un trouble dans le processus de kératinisation, soit une dégénérescence du protoplasma, dégénérescence colloïde ou granulo-albumineuse, soit une anomalie dans la division du noyau ou la répartition de la chromatine.

(1) KiBNBR, Conffrès de Berlin, 1890, t. III, p. 114.

(2) BonnEL, Sur la signification des figures décrites comme coccidies dans le? épithéiiomes (Arch. de méd. ex/jc'/im., novembre 1890, n» 6, p. 78G. — Th. de Montpellier, avril 1892, n» 38).

M. PilHet (1) a montré de plus que des figures très analogues se rencontraient dans les tissus normaux en particulier dans le thymus à l'état d'involution physiologique.

hespetites coccidies, celles du typeThoma, sont des corps beaucoup plus petits que les précédents ; ils sont toujoursintracellulaires, parfois même intranucléaires. Quelques auteurs se sont demandé si on devait les ranger dans les coccidies ou les rattacher à une autre famille des protozoaires. M. Fabre-Domergue fait observer que ce point n'a, pour le moment, qu'une importance relative ; qu'il s'agit avant tout de déterminer s'il s'agit de corps vivants, distincts de la cellule qui les renferme, en un mot de véritables parasites. D'ailleurs Pfeiffer (2) qui semble les avoir décrits le premier en 1888, les comparait aux microsporidies de la maladie des vers à soie. Ils ont été décrits ensuite par Thoma (3) en 1889, puis vus par un grand nombre d'auteurs. Nils Sjôbring(4)enl890, Foa (5) (1891), Soudakewitch (6) (1892), Podvsryssotzki et Sawtchenko (7), Ruffer et Plimmer. M. Metchnikoff doit être aussi compté au nombre des partisans de la nature parasitaire des corps en question. Il faut ajouter que, tandis que les grosses coccidies ont été rencontrées dans des tumeurs provenant de l'épithélium pavimenteux, les petites coccidies appartiennent au contraire le plus souvent aux cancers à point de départ glandulaire. Leurs formes sont beaucoup plus variées que celles des grosses coccidies. Leur étude est plus difficile et exige une technique plus minutieuse (8) ; elles doivent être examinées à l'aide de grossissements plus considérables. Leur interprétation est plus délicate et on peut dire qu'à l'heure actuelle elles sont à peu près seules invoquées par les partisans de la doctrine parasitaire.

Ils sont le plus souvent logés dans une vacuole arrondie, creusée au sein du protoplasma. Celui-ci se condense à son pourtour; la vacuole est ainsi limitée par une sorte de membrane simple ou à double contour quelquefois strié (fig.29 et 30). Si la vacuole est volumineuse, elle refoule le noyau qui s'aplatit en croissant et la coiffe sur une étendue plus ou moins grande. Le parasite est représenté au centre de la vacuole par une masse protoplasmique arrondie ou bien étoilée et poussant des pointes qui vont s'insérer sur la paroi. Cette masse peut être ou

(1) PiLLiET, Sur quelques formes de dégénérescence épithéliale rappelant les coccidies {Trib. méd., 1891, p. 360),

(2) Pfeiffer, Zeitschr. fur Hygiène, 1888, t. III.

(3) Thoma, Forschr. der Med., 1889, no in, p. 41.

(4) Nils Sjôbring, Forschr. der Med., 15 juillet 1890.

(5) Foa, Sur les parasites et l'histologie pathologique du cancer {Arch. italde biol., t. XX, p. 44 et Rapport au Congrès de Rome : Parasites dans le cancer^ Sem. mêd. 31 mars 1894, n» 19, p. 145).

(6) Soudakewitch, Ann. de l'Inst. Pasteur, 25 mars 1892.

[1] PoDWYSsoTZKi et Sawtchenko, Ueber Parasitismus bei Carcinomen, etc. (Ce/ij! iralbl. fur Bakteriol., 1892, n° 16).

(8) A. Marie, Th. de Paris, 1895, où sont indiquées plusieurs méthodes techniques.

HISTOGENESE. 445

formée de stries radiées, ou homogène et réfringente, ou au contraire très pâle. Généralement elle possède un noyau fixant vivement les colorants; celui-ci est arrondi, ou allongé, ou en croissant. La masse protoplasmique est parfois si peu abondante que le parasite n'est plus représenté que par un noyau. D'autres fois, au contraire, le noyau manque et il n'existe qu'une masse protoplasmique. Enfin la vacuole peut manquer et le parasite est au contact immédiat de la substance cellulaire, ou bien la vacuole existe mais elle est vide de corps cellulaires. Une même cellule cancéreuse peut renfermer un grand nombre de parasites ou n'en renfermer qu'un seul. C'est dire que les formes reproduites par les auteurs sont tellement variées qu'il nous est

Fîg. 29 et 30. — Parasites du cancer (D'après Soudakewitch).

impossible ici de faire autre chose que d'en donner une idée très sommaire. Il faut bien dire que cette diversité même ne semble pas plaider en faveur delà nature parasitaire des corps en question, les parasites présentant d'habitude une remarquable uniformité quant à la forme et au volume. Cependant dans un mémoire récent (1894) M. Sawtchenko (1) n'admet plus qu'une seule forme parasitaire représentée par des corps extrêmement petits, ayant la forme de navicelles et logés dans une vacuole creusée au sein du protoplasma. Sans rien vouloir préjuger de leur nature îl propose de les dénommer histozoon neoplasmatis (fîg. 31 à 33).

Il est certain que ces corps étaient déjà en partie connus, décrits et figurés dans les cellules du cancer. On les considérait comme résultant d'anomalies dans l'évolution cellulaire ou de processus dégénératifs. Or l'existence de ces anomalies et de ces dégénérescences n'est pas niée par les partisans des coccidies; mais s'ils les admettent on ne voit pas nettement dans leurs descriptions et dans leurs dessins à quels caractères certains ils les distinguent des formes parasitaires. Aussi nombre d'auteurs rejettent-ils d'une façon absolue l'existence des parasites. Il va sans dire que, dans leurs examens de contrôle, ils se sont astreints à suivre la technique la plus rigoureuse. Pour ces auteurs, les formes pseudo-coccidiennes

(1) Sawtchenko, Weilcre Untersuchungen ûber die Krebsparasiten {Centralbl. fur lialderiol, p. 485, n° 13 et 14, 1894). D'après la Presse méd., 29 février 1896, p. 106.

A. GOMBAULT

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