CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET HISTORIQUE
infantile, myélite), les arthrites consécutives aux lésions traumatiques ou spontanées des nerfs périphériques (sections, plaies, contusions, tumeurs), les arthropathies consécutives aux hémiplégies ou autres paralysies, les arthrites des hystériques et celles de Tataxie locomotrice.
Réduit à ces limites plus étroites, le rhumatisme comprend encore deux formes distinctes : le rhumatisme articulaire aigu et le rhumatisme chronique.
Quelques auteurs audacieux, se lançant dans le champ des hypothèses, ont voulu faire du rhumatisme articulaire aigu lui-même, une maladie zymotique infectieuse. C'est la tentative de Hueler, qu'avaient semblé vérifier un instant les recherches bactériologiques de Fleischner. Toute conclusion ferme à ce sujet serait prématurée. Le rhumatisme articulaire aigu est très probablement une maladie infectieuse, évoluant sur un terrain spécial ; mais la démonstration positive n'en est pas encore donnée.
En tous cas, c'est une entité morbide bien nette, comportant des phénomèmes locaux aigus du côté des articulations, et des phénomènes généraux bien définis ayant une évolution cyclique, entraînant des complications de même type du côté des séreuses et de l'endocarde, se jugeant enfin par un traitement spécifique: lesahcylate de soude ou l'antypirine.
Le rhumatisme chronique, au contraire, comprend encore aujourd'hui, dans l'état actuel de la science, les affections les plus disparates.
Tantôt il coïncide avec le rhumatisme articulaire aigu, ou lui succède : il semble n'être alors qu'une de ses modalités cliniques, comportant les mêmes complications cardio-vasculaires.
Tantôt, au contraire, il naît et se développe complètement en dehors de lui, affectant seulement des rapports avec l'arthritisme, avec les maladies générales par ralentissement de la nutrition, avec les dermatoses diverses, avec les dyspepsies, l'asthme, la lithiase biliaire ou la gravelle : Là, pas de complications endocarditiques vulgaires à redouter, mais les localisations cardio-aortiques de l'alhérome, et le cancer ou l'insuffisance rénale comme terminaison habituelle de la maladie.
Dans un troisième cas, enfin, le rhumatisme chronique a des allures plus spéciales encore : à la faveur d'un terrain préparé par la scrofule ou l'albuminurie, sous l'influence directe du froid humide ou des moisissures, il s'installe avec une allure torpide, progresse lentement, dure quinze, vingt, vingt-cinq ans et aboutit à la tuberculose ou à la dégénérescence brightique.
On comprend mal comment on a pu continuer à grouper sous une étiquette nosologique commune de rhumatisme chronique des affections aussi disparates dans leur étiologie, dans leurs parentés morbides, dans leur allure immédiate et dans leurs suites éloignées. Sans doute, entre toutes ces modalités du rhumatisme chronique il y a un
lien commun, c'est la constance des manifestations articulaires et des douleurs qu'elles entraînent: mais on avait su déjà séparer du rhumatisme d'autres arthrites douloureuses, et il n'y avait pas là de motif suffisant pour grouper, à l'aide de ce seul caractère, des maladies d'évolution si dissemblable.
Ce qui a assuré la pérennité de ce vocable de « rhumatisme chronique » , c'est une caractéristique anatomo-pathologique constante, qu'on a cru retrouver dans toutes les formes. C'est l'œuvre de Charcot, qui a montré qu'à des degrés plus ou moins avancés, du côté des cartilages, des synoviales, des os articulaires, les lésions constatées étaient toujours de même type, quelle que fût la forme envisagée du rhumatisme chronique, et qu'elles reproduisaient, à un degré plus ou moins avancé, celles qu'on connaissait déjà dans le rhumatisme articulaire aigu.
Mais l'identité des lésions macroscopiques et microscopiques ne suffit pas à établir que toutes ces arthrites chroniques soient de même origine, ni de même nature. On sait aujourd'hui que l'anatomie pathologique ne peut servir de base absolue à une classification nosologique : Des lésions de même aspect, de même nature peuvent être l'œuvre d'agents pathogènes très dissemblables (microbes on toxines). Le seul examen d'un poumon hépalisé ne permet pas de dire d'où provient l'hépatisation : y a-t-il eu pneumonie hypostatique par stagnation, pneumonie aiguë à pneumocoques, ou grippe à forme pneumonique? on n'en sait rien, on ne voit que la lésion produite, on ne pénètre ni sa cause, ni son origine.
Or, ce qu'il importe de considérer, ce n'est pas la lésion produite, c'est la cause originelle de cette lésion. La base des classifications morbides ne doit pas être fournie par l'anatomie pathologique, mais par la pathogénie. Des lésions très variables d'aspect et de siège peuvent résulter d'un même agent pathogène et être des modalités d'une même maladie, tandis que des lésions identiques de situation et de structure peuvent être causées par des agents différents, et constituer des maladies dissemblables qu'on ne saurait rapprocher ni grouper ensemble.
Les faits observés par Charcot (1) sont d'une incontestable exactitude. Dans toutes les formes du rhumatisme chronique, on retrouve des lésions articulaires ou périarticulaires très semblables les unes aux autres, mais cela ne veut pas dire que ces lésions soient de même nature ni de même origine, qu'elles appartiennent à la même espèce morbide.
Toute la confusion qui a régné dans l'histoire des rhumatismes chroniques vient de ce point de départ. On a voulu identifier, de par l'anatomie pathologique, des affections articulaires d'origine et d'évolution très différentes.
(1) Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards et les maladies chroniqTies,