ETUDE EXPERIMENTALE ET BACTÉRIOLOGIQUE
et nous avons fait dans ce sens toute une série d'expériences qui ont été communiquées au Congrès de Copenhague en 1884, et dont nous donnons ici le résumé.
La plupart ont porté sur des lésions superficielles observées chez des sujets ayant les apparences extérieures du tempérament dit scrofuleux: c'étaient des impétigos de la face ou du cuir chevelu, des conjonctivites.
Vingt et une expériences faites dans ce sens ont donné des résultats négatifs au point de vue de la tuberculose. Cependant deux inoculations faites avec des croûtes impéligineuses nous ont donné des résultats positifs; nous avions affaire il est vrai, dans ces cas, à un impétigo spécial, de Vimpeligo rodens avec ulcérations et bourgeons. Mais, nous le répétons, toutes les lésions superficielles ont été démontrées non tuberculeuses. Il est facile de prévoir les conclusions auxquelles arriveraient, de par ces expériences, les rares et derniers partisans de la maladie scrofuleuse. « Vos expériences, diraient-ils, n'ont pas produit la tuberculose; pourquoi donc ces lésions ne seraient-elles pasattribuables à la scrofule? » Mais il est aussi simple de répondre que ces inoculations ont laissé les animaux absolument sains et que, par conséquent, si elles n'ont pas produit la tuberculose, elles n'ont pas davantage déterminé la scrofule. Nous reviendrons sur la nature de ces lésions superficielles.
Poursuivons l'étude de nos expériences. En dehors de ces vingt et un faits négatifs, nous avons à présenter neuf cas positifs. Deux concernent des impétigo rodens avec ulcérations et bourgeons, déjà cités. Les sept autres concernent des adénites, des abcès froids, un spiiia venlosa, des ulcérations. Dans ces dernières expériences, la tuberculose des animaux était évidente. Nous avons constamment trouvé le bacille de Koch dans leurs organes.
La conclusion à tirer de ce travail est que toutes les lésions, sérieuses, profondes, rencontrées chez les scrofuleux, sont tuberculeuses et que toutes les manifestations superficielles sont d'or(h'e différent; nous rechercherons leur nature en étudiant les lésions non tuberculeuses des scrofuleux.
Il nous reste à étudier le lupus, dont l'origine bacillaire a été longtemps méconnue. MiNL Cornil, Leloir, ne trouvant pas de bacilles dans les lésions lupiques, restaient dans le doute. Mais par la méthode des inoculations, ils reproduisirent toujours la tuberculose.
Plus tard, la technique de la recherche des bacilles se perfectionnant, Volkmann (I), Cornil, Leloir, trouvèrent presque constamment CCS microorganisme».
Du reste, les recherches bactériologiques doivent toujours venir contrôler les résultats de rexpérimenlalion. Lorsqu'iui animal, ino-
(1) \^)i,KMANN, Liipiis et (ul)crculosc {Berlin, klin. Wochenschr., 1875^
602 p. DE GEXNES. — SCROFULE.
Cillé avec des produits dits scrofuleux, meurt cl que l'autopsie révèle des lésions tuberculeuses, il faut, par l'histologie et par les cultures, démonlrer la présence du bacille de Ivoch, pour qu'on ne puisse objecter que la maladie produite n'est qu'une pseudo-tuberculose. On sait en effet qu'on peut voir survenir sur le péritoine des tubercules après l'inoculation de particules solides et non tuberculeuses. Mais, dans ces cas, on ne trouve pas de bacilles; ce contrôle secondaire ne doit donc jamais être négligé.
L'étude bactériologique primitive des produits scrofuleux est au contraire souvent décevante.
En suivant la méthode de Koch (recherche des bacilles, cultures) on peut arriver, dans certains cas, à démontrer directement la nature tuberculeuse des lésions observées, mais souvent aussi le résultat est négatif; et dans cette dernière éventualité on n'est pas autorisé à rejeter la tuberculose. C'est alors que doit intervenir l'expérimentation qui juge sans appel, ainsi que nous l'avons montré plus haut.
Ainsi donc la bactériologie et surtout l'expérim.entation démontrent que la plupart des lésions attribuées à la scrofule doivent faire retour à la tuberculose, il en est ainsi des scrofulides ulcéreuses, de l'adénite scrofuleuse, des abcès froids, des gommes scrofuleuses, des tumeurs blanches, des lésions osseuses. Je ne parle pas des lésions viscérales, testiculaires, utérines, urinaires, processus dont la nature tuberculeuse est depuis longtemps reconnue.
Nous avons à étudier maintenant nombre d'affections indûment dénommées striimeuses et qui doivent être attribuées à la syphilis. C'est ainsi que certaines lésions osseuses ont été faussement dites scrofuleuses.
M. Lannelongue (1) a clairement démontré que certains enfants présentaient des tuméfactions osseuses des tibias, avec gonflement épiphysaire, évoluant vers la carie et la nécrose avec abcès froids et issue d'esquilles, sans qu'on puisse cependant penser à la scrofule.
L'os change de forme, dit le même auteur, le bord du tibia devient une face sur laquelle on sent des nouures séparées par des dépressions, la surface même de ces proéminences est inégale.
Examine-t-on attentivement ces enfants on trouve souvent chez eux la triade de Hutchinson. Le traitement par l'iodure de potassium à hautes doses vient confirmer ce que l'enquête étiologique avait déjà montré, c'est que ces enfants sont des syphilitiques héréditaires.
Il faut, dans ces cas, inoculer le pus de ces abcès, et si la tuberculose ne se développe pas chez l'animal en expérience, on doit penser à la syphilis et la rechercher avec soin. •
Du reste, si on ne peut faire la preuve de la syphilis, il faut chercher ailleurs, dans les ostéomyélites à streptocoques ou à staphylocoques,
(1) Lannelongue, Bull, de la Soc. de chir., 1881.