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ÉTUDE EXPÉRIMENTALE ET BACTÉRIOLOGIQUE

et on trouvera souvent dans les antécédents du petit malade une ostéomyélite aiguë qui s'est continuée sous le mode chronique.

Mais ce ne sont pas seulement des lésions osseuses qu'il faut restituer à la syphilis, il y a aussi nombre de lésions des muqueuses qui sont susceptibles de la même observation. Que d'angines ulcéreuses, dites scrofuleuses, ne sont en réalité que des ulcérations syphilitiques de la gorge. M. Fournier l'a maintes fois démontré.

Les ulcérations du pharynx, qui ne sont pas syphilitiques, sont tuberculeuses ; ces dernières sont presque toujours reconnaissables aux points jaunâtres qu'on remarque sur les bords de l'ulcération, fait qui a été mis en évidence par Julliard et Trélat, elles sont quelquefois attribuables au lupus de la gorge.

Ne faut-il pas faire la même remarque pour certaines adénites? Certains syphilitiques se présentent avec des masses ganglionnaires cervicales qui se tuméfient, rougissent, s'ulcèrent même, laissant écouler un pus ichoreux ; ces malades ont alors l'aspect de scrofuleux avec écrouelles. Mais si on y regarde de plus près, on voit que le pus qui s'écoule est visqueux, filant, ayant la consistance d'une solution de gomme ou de gélatine, que les bords de l'ulcération sont nettement entaillés, non décollés, à aréole cuivrée ; l'enquête éliologique apprend que le sujet en observation a eu antérieurement des accidents syphilitiques; enfin, sous rinfiucnce du traitement spécifique, les ulcérations se détergent, les bords se dépriment, puis tout se répare.

La syphilis réclame donc aussi toute une série de lésions faussement attribuées à la scrofule.

Il nous reste à classer les manifestations qui ne sont pas susceptibles d'être interprétées dans le sens de la tuberculose ou de la syphilis.

Dans cette catégorie rentrent toutes les scrofulides légères, superficielles, de Bazin. Eh bien, il est facile de démontrer que toutes ces prétendues inflammations scrofuleuses ne sont que des inflammations banales, liées à la présence de microbes pyogènes ou saprophytes.

Prenons par exemple l'impétigo, considéré de tout temps comme manifestement scrofuleux. Kaposi a montré que cette affection cutanée était contagieuse, fait qu'il est facile de vérifier chaque jour. Et Koch, Dubreuilh, Bousquet ont trouvé, dans le pus des pustules d'impétigo, le Slaphylococcus aurens et le Staphijlococciis albiis.

La même démonstration est facile pour les blépharites et les conjonctivites qu'on rencontre chez les scrofuleux. On peut ainsi affirmer la nature parasitaire des scrofulides superficielles des muqueuses. La pi-euve aussi est faite pour le coryza, pour les otites externes. Il faut du reste se défier de ces écoulements d'oreilles, car ils sont souvent l'indice d'une lésion tuberculeuse, ainsi que l'a montré M. Brouardel.

La vulvite des petites filles, si souvent attribuée à la scrofule, est

due au gonocoque et quelquefois aux microbes pyogcnes : Slaplujlococciis albiis et aiireas.

La bactériologie et l'expérimentation démontrent donc : 1» que les lésions, dites scrofuleuses, sont presque toutes imputables à la tuberculose ; 2« qu'on a attribué à tort à cette diathèse certaines lésions de la syphilis héréditaire, et qu'enfin ce qui semblait devoir constituer les dernières lésions de la scrofule, n'est que le résultat d'infections banales vulgaires.

II n'existe donc pas de maladie scrofuleu se, au sens de Bazin. Mais alors que reste-t-il pour justifier ce mot scrofule que nous conservons? II reste, avons-nous dit, une façon d'être de certains sujets, un terrain spécial éminemment propre au développement de certaines bactéries, du bacille de Koch en particulier.

Sommes-nous en mesure de définir ce qu'est le terrain scrofuleux? Malheureusement, nous ne pouvons répondre ici par une formule scientifique. Il faudrait pouvoir dire ce qu'est chimiquement un scrofuleux. Benecke, cité par M. Bouchard, dit bien que le tissu osseux chez les scrofuleux contient plus d'eau que chez les sujets sains ; que la chaux et la matière azotée sont moins abondantes ; mais ce sont là des données insuffisantes.

11 faudrait pouvoir dire pourquoi tel ou tel sujet est favorable ou réfractaire à une infection déterminée, ce qui serait, on le conçoit, d'une importance capitale au point de vue de la prophylaxie générale des maladies infectieuses. Mais il faut bien avouer que la chimie biologique ne nous a rien appris sur ce sujet.

ÉTUDE CLINIQUE. — Nous sommes donc forcés, pour caractériser objectivement la scrofule d'en revenir à la clinique. Il faut bien se garder cependant de tomber dans les errements anciens.

En effet, si on lit les descriptions de Lugol, de Milcent, on arrive à une confusion absolue. Le scrofuleux serait gros ou mince, grand ou petit, intelligent ou idiot, blond ou brun. La tête serait grosse ou petite. Mais, sans suivre ces exagérations, on peut, il nous semble, arriver à déterminer, ou à peu près, le type strumeux.

Cet état particulier s'accuse dès le jeune Age ; ces enfants sont remarquables par la pâleur et la bouffissure de la face ; le tissu conjonctif se charge aisément de graisse, la lèvre supérieure est volumineuse et proéminente, le nez est tuméfié,les amygdales sont exubérantes; on est frappé du défaut d'harmonie qui existe entre les diverses parties du corps ; on retrouve chez les jeunes gens tous les traits vie l'infantilisme ; le développement des membres et des divers organes est incomplet, le système pileux est peu marqué. Les scrofuleux sont nonchalants, paresseux. Tout dénote, en un mot, une certaine déchéance de l'organisme, une infériorité vitale qui fait de ces sujets une proie facile pour les parasites de tout genre,

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depuis les parasites animaux jusqu'aux bactéries les plus diverses.

On dira peut-être que tous les traits de ce tableau sont ceux du lymphalisme. Nous n'y contredirons point, mais il est facile de se convaincre qu'il n'y a pas de limite tranchée entre le lymphatisme et la scrofule : le tempérament lymphatique des anciens, c'était la scrofule sans ses lésions. Il correspond précisément à l'idée que nous nous eflbrçons de faire prévaloir, en présentant la scrofule comme un terrain spécial auquel nous venons d'essayer d'assigner ses limites.

Cet habitus, ce faciès déjà si particulier dès le premier âge, va encore s'accentuer dès les premières atteintes que subira le scrofuleux de par les maladies les plus légères.

Tous les parasites, avons-nous dit, germent chez lui avec la plus grande facilité. Est-il atteint de phiiriase, on voit les pediciili pulluler avec une rapidité vraiment extraordinaire. Les inflammations banales, l'impétigo par exemple, causées par les microbes pyogènes, couvriront rapidement la face et le cuir chevelu. Les otites, le coryza reviendront à chaque instant et persisteront indéfiniment

Sous l'influence de cette irritation continuelle, le nez se gonfle et s'hypertrophie,la lèvre supérieure devient rouge, tuméfiée, quelquefois exulcérée par les liquides irritants qui s'écoulent des fosses nasales. Ce gonflement du nez et de la lèvre supérieure accentue encore les caractèi'es du faciès scrofuleux.

Les amygdalites sont extrêmement fréquentes; elles se répètent plusieurs fois dans une année ; chaque fois elles laissent les amygdales un peu plus hypertrophiées, si bien qu'au bout de peu de temps elles se touchent, ou à peu près: alors la respiration devient gênée et la voix est nasonnée.

Le scrofuleux est atteint aussi fréquemment d'engelures qui persistent même après l'hiver et qui parfois s'ulcèrent ; tant il est vrai que les inflammations les plus simples se résolvent mal chez lui.

Les affections oculaires superficielles prennent aussi le caractère de chronicité. Ce sont d'abord des blépharites persistantes, amenant la chute des cils, laissant le bord des paupières rouge, ou bien des orgeolets se greffant aussi très facilement sur le bord ciliaire, ou encore des conjonctivites toujours lentes à se résoudre et engendrant des granulations, des opacités delà cornée.

Si on ajoute à ce tableau les engorgements ganglionnaires non tuberculeux qui témoignent de la fragilité du système lymphatique et i{\\\ accompagnent si souvent les inflammations de la peau et du cuir chevelu, on s'apercevra que le faciès du scrofuleux s'est très accentué de par la non-rétrocession de toutes ces lésions qui, chez un sujet sain, auraient guéri rapidement sans laisser de traces.

On voit en résumé l'enfant la figure bouffie, la face et le cuir

chevelu couverts d'impétigo, les yeux injectés par places, avec des paupières à bords rouges et privées de cils, les doigts tuméfiés par des engelures persistantes et souvent ulcérées, avec cela le cou plus ou moins tuméfié par des adénites multiples. Ce tableau e^-t des plus typiques et fera dire à tout clinicien : Voilà un scrofuleux ! Mais, qu'on ne s'y trompe pas, il ne faudra pas dire que ces lésions cutanées, ganglionnaires, oculaires, sont des lésions scrofuleuses ; nous ne nous lasserons pas de répéter que ce sont des infections banales pouvant évoluer chez tous les enfants, mais prenant chez les strumeux une allure spéciale en raison du terrain particulier qui leur sert de substratum.

Le scrofuleux va subir plus tard des assauts plus sérieux. L'érysipèle a une certaine prédilection pour le terrain strumeux; il prend, il est vrai, une marche particulière, en ce sens qu'il est peut être un peu plus bénin, mais, par contre, il récidive très facilement. Voilà bien un exemple de maladie infectieuse; personne n'aura cependant l'idée de dire que c'est une lésion scrofuleuse.

Enfin vont survenir les manifestations tuberculeuses, de puisles plus légères j usqu'aux plus graves. Les lésions de la peau et des muqueuses, décrites plus haut, servent peut-être, du reste, de porte d'entrée au bacille de Koch, en raison des érosions et des ulcérations qui les accompagnent.

Les tuberculoses viscérales, si elles sont fréquentes chez les sujets ayant tous les attributs du tempérament scrofuleux, ne présentent vraiment dans ces cas aucune forme spéciale. On a bien dit que la phtisie pulmonaire, chez les scrofuleux, avait une physionomie à part; qu'elle évoluait lentement, que la tendance générale était la caséification. Ce ne sont là, à vrai dire, que des vues de l'esprit non confirmées par les faits.

Parmi les tuberculoses locales, certaines d'entre elles, tout au moins, présentent chez les scrofuleux des caractères assez typiques. Nous voulons surtout parler des adénites tuberculeuses. Ces lésions ganglionnaires, ces écrouelles, comme on disait autrefois, étaient des caractéiùstiques de la scrofule, mais les expériences qui ont démontré leur nature tuberculeuse ne se comptent plus. Il faut dire qu'on les rencontre surtout chez les sujets à tempérament scrofuleux, et quelles impriment au faciès de ces malades un cachet assez particulier.

Elles se montrent sous formes de petites masses indolentes au niveau de l'angle de la mâchoire, plus tard elles se développent le long de la gaine du sterno-mastoïdien. Ces tumeurs grossissent, formant alors des masses saillantes qui déforment toute cette région ; la peau tendue, violacée, quelquefois rouge, s'amincit, s'ulcère et donne issue à un pus jaunâtre, caséeux, contenant de nombreux grumeaux; le tissu cellulaire pei'iphérique suppure également, puis, au bout d'un temps quelquefois très long, la suppuration se tant.

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