‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 74 sur 173 · L. JACQUET · texte numérisé non relu

L. JACQUET

Médecin des hôpitaux de Paris.

SYNONYMIE. — Maladie bronzée. Asthénie surrénale.

DÉFINITION. — On décrit aujourd'hui sous le nom de maladie d'Addison une cachexie particulière, caraclérisée par quatre symplùmes fondamentaux : la coloration spéciale de la peau, les troubles gastriques, l'asthénie progressive et les douleurs lomboabdominales, cachexie liée, dans la majorité des cas, à une altération des capsules surrénales.

HISTORIQUE. — Les mélanodermies diverses ont été pendant longtemps englobées dans le groupe confus des ictères noirs.

L'une des premières et des plus importantes distinctions réalisées dans ce groupe est due à Addison (1), qui en 1855, décrivit une affection caractérisée par une cachexie anémique extrême, par une coloration spéciale de la peau liées l'une et l'autre à une lésion constante des capsules surrénales.

Cette découverte fut accueillie avec enthousiasme. On était alors dans une ignorance absolue louchant le rôle physiologique et pathologique de ces glandes : selon toute apparence, on touchait au terme de cette obscurité. Le Mémoire d'Addison était basé sur onze faits relatifs à des altérations variées comme nature (moins toutefois qu'on ne le croyait alors), mais de siège constant : c'éisLieniV atrophie simple, l'infiltration tuberculeuse, strumeuse ou cancéreuse de l'une ou des deux capsules surrénales. Un an après le travail d'Addison. Hutchinson relatait vingt-cinq observations àe peau bronzée coïncidant avec des lésions diverses des capsules. Hors d'Angleterre, Trousseau, Second-Féréol, Mettenheimer, Taylor, etc., publiaient des faits consacrant l'existence du syndrome addisonien.

En même temps la physiologie expérimentale montrait, grâce à Brow^n-Séquard, que l'ablation des glandes surrénales est suivie

(1) Addison, On the constitutional and local effects of disease of the suprarenal capsule.s. London, 1855

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d'une mort rapide, et que, chez les animaux décapsulés, il se fait une augmentation notable du pigment et des accumulations pigmentaires en divers points de l'économie.

Cependant des protestations isolées s'élevaient déjà : d'une part on publiait des cas d'altération profonde des capsules sans mélanodermie : telles les observations de Peacock, Kirkes, Bazin, E. Besnier; d'autre part surgissaient des faits de mélanodermie avec intégrité des glandes surrénales : tels les faits de Gharcot et Vulpian, deVirchow^, d'Ollivier.

Corrélativement, les expériences de Harley, Gratiolet, Philippeaux et Martin-Magron semblaient démontrer que ces organes ne sont nullement indispensables à la vie et que chez les animaux albinos leur ablation ne produit aucune accumulation pigmentaire.

Cependant une nouvelle interprétation est née, capable, croyonsnous, d'expliquer les contradictions et les exceptions apparentes : Schmidt(de Rotterdam), puis Martineau, attribuent le rôle principal à la lésion du système sympathique abdominal, coexistant fréquemment avec les altérations capsulaires, mais souvent aussi isolée, indépendante. Cette théorie, soutenue avec vigueur et éclat par Jaccoud (1), étayée sur de nouveaux et ingénieux arguments par Alezais et Arnauld (2), F. Raymond (3), Brault et Perruchet (4), doit peutêtre, pour rendre compte des faits anormaux et serrer de plus près encore la réalité, se concilier, comme l'a indiqué Chauffard (5), avec la théorie surrénale, glandulaire, des premiers observateurs, rajeunie et comme frappée à neuf, grâce aux travaux de Brovs^n-Séquard, de d'Arsonval (6), d'Abelous et Langlois (7).

SYMPTOMATOLOGIE. — L'asthénie progressive, la mélanodermie les troubles gastriques, les douleurs lombo-abdominales : tels sont, avons-nous dit, les quatre symptômes cardinaux de la maladie d'Addison.

Le mode de début est insidieux. C'est lentement, progressivement,

(1) Lire l'article brillant et très documente de Jaccoud, in Dict. de méd. et de chir. prat., t. V, p. 676, ainsi que celui de Ball, in Dicl. encycl. des se. méd., Ife série, t. XI, p. 75. Ces deux articles renferment des tableaux synthétiques résumant toutes les observations publiées jusqu'à leur apparition. Pour la période contemporaine, lire l'article de Brault, in Traité de méd., t. V, p. 880.

(2) Alezais et Arnauld, Étude sur la tuberculose des capsules surrénales et ses rapports avec la maladie d'Addison {Revue de méd., 1891, p. 283).

(Z) F. Raymond, De la pigmentation dans la maladie d'Addison (Arch. de phi/siol., 1892, p. 429).

(4) Brault et Perruchet, Maladie d'Addison sans lésions apparentes des capsules surrénales; tubercule accolé au ganglion semi-lunaire droit (Sem. méd., 1892, p. 227).

(5) Chauffard, L'intoxication addisonienne (Sem. méd., 1894, p. 74).

(6) Brown-Sûquaro et d'Arsonval, Glandes à sécrétions internes {Arch. dcpht/siol de 1889 à 1894).

(7) Adelous et Langlois, Fonctions des capsules surrénales de la grenouille (Arch. dephysioL, 1892, p. 269 et 465).

que ces troubles apparaissent et leur hiérarchie chronologique n'est pas indifférente. Dans la très grande majorité des cas, Vasthénie ouvre la scène. Jaccoud en a tracé un tableau saisissant, dont voici les traits essentiels : « Cette débilité procède insidieusement et à bas bruit, sans raison saisissable, sans cause suffisante. L'individu touché se plaint d'une fatigue insolite qui lui rend de plus en plus pénible l'accomplissement de ses travaux ordinaires... Contraint tôt ou tard de renoncer à toute espèce de travail, le patient conserve à peine la force de faire un peu d'exercice; bientôt tout mouvement lui devient une fatigue (1), tout déplacement un danger, car sa faiblesse en est arrivée à ce point, que le moindre effort est suivi de lipothymies ou de syncope... »

Aussi les malades à une période avancée se confinent-ils au lit, redoutant jusqu'aux mouvements nécessités par l'articulation de mots et l'alimentation, et les mesurant au strict nécessaire.

De temps à autre, et de préférence après un mouvement plus accentué ou plus soutenu que de coutume, mais parfois aussi sans cause appréciable, une sorte de torpeur les envahit, et ils demeurent, pour un temps variable, affaissés et demi-somnolents. D'ailleurs il est remarquable que, pour excessive qu'elle soit, cette asthénie n'aboutit jamais ou presque jamais à la paralysie (2).

Les troubles gastriques ou mieux gastro-intestinaux, peuvent constituer le symptôme de début de la maladie d'Addison; en tout cas ils sont constants et assez particuliers : ce sont tout d'abord des vomituritions matinales, muqueuses, filantes, glaireuses, très analogues en un mot aux pituites des alcooliques; puis surviennent de véritables vomissements. Ils peuvent revenir incessamment, aux époques avancées de la maladie. Entre temps, l'appétif diminue, puis se perd; la constipation est de règle, la diarrhée fort rare.

Les douleurs lombo-abdominales s'observent parfois à titre de manifestation initiale ; plus fréquemment elles succèdent aux précédents symptômes, très rarement elles font défaut : elles occupent l'épigastre, les flancs, les lombes, les hypocondres. Elles sont surtout spontanées, la pression les exagère peu ; elles ont pu acquérir assez d'acuité pour faire croire à une péritonite. D'ordinaire elles sont fixes, ne s'irradient pas au loin. Martineau a signalé un point douloureuxassez constant àl'extrémité antérieure delà douzième côLe.

Tout cet appareil symptomatique vient se caractérisera un moment donné par l'apparition de la mélanodermie, mais il est à coup sûr possible que l'évolution du mal soit parfois trop rapide, pour qu'elle ait le temps de faire son apparition

(1) Abelous, Charrin et Langlois ont montre, par des tracés pris à rerp-o<rrri'->'ie de Mosso, que de deux sujets tuberculeux au même degré, dont un addisonien, celui-ci était de beaucoup le plus rapidement épuisé.

(2) Martineau, De la maladie d'Addison. Th. de Paris, 1864.

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